« Trop de prescriptions hors AMM », alerte le rapport Bégaud

Jacques Cofard

Auteurs et déclarations

20 septembre 2013

Paris, France - C'est au lendemain des crises sanitaires liées aux mésusages des pilules de 3e et 4e génération que Marisol Touraine, ministre de la Santé, avait commandé aux Prs Bernard Bégaud et Dominique Costagliola avec le concours de la Direction générale de la santé (DGS), un rapport sur la pharmacovigilance [1]. Rapport remis à la ministre en ce début de mois de septembre qui dresse un état des lieux assez inquiétant de l'usage des prescriptions hors AMM en France.

« La France est l'un des pays dans lequel les prescriptions et l'usage irrationnels des médicaments sont les plus prévalents ». Sans avancer de chiffres précis sur ces prescriptions atypiques, tout en rappelant malgré tout que « la France se classait en tête pour 6 des 9 classes étudiées (entre autres pour les antibiotiques, les hypocholestérolémiants, les antidépresseurs et les « tranquillisants ») » dans une comparaison avec l'Espagne, le Royaume Uni, l'Allemagne et l'Italie », le rapport fait le point sur certaines « affaires » de mésusage qui ont défrayé la chronique.

Exemples : vaccin hépatite B, antibiotiques, statines, psychotropes, pilules …


Au premier rang desquels le vaccin contre l'hépatite B. En 1994, le ministre de la Santé de l'époque, Philippe Douste-Blazy, avait décidé d'une vaccination massive contre l'hépatite B, en ciblant nourrissons et enfants de 10 à 11 ans compris. Ce n'est que trois ans plus tard que l'on s'est aperçu que les personnes vaccinées étaient aux deux tiers des adultes et non les nourrissons et enfants de 10 à 11 ans. Résultat : il a été signalé un millier de cas d'atteintes démyélinisantes de tous types chez des adultes, ce qui a créé une situation de crise majeure.

Autre exemple, les antibiotiques. « La France avec 36,5 doses quotidienne standard (DDD) pour 1000 habitants et par jour se classait largement en tête du groupe des « mauvais élèves » (France, Espagne, Portugal, Belgique, Italie, Grèce), notamment pour la consommation de pénicillines à large spectre d'action ». Conséquence : la France s'est longtemps classée en tête des pays où la prévalence des souches bactériennes résistantes aux antibiotiques était la plus élevée.

Les rapporteurs prennent aussi pour exemple la consommation d'hypocholestérolémiants, en s'appuyant sur une étude de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees). « La France se situait en 2004 légèrement derrière le Royaume-Uni du fait d'un prix de vente plus élevé dans ce pays, mais se plaçait, avec 47 millions de boîtes, parmi les tout premiers consommateurs européens ». Cette forte consommation de statines serait due à une prescription en prévention primaire, pour des sujets sans accidents cardiovasculaires antérieurs, pas toujours justifiée. Cette gabegie, selon les auteurs de l'étude, se chiffrerait en milliards d'euros.

Les auteurs citent d'autres mésusages, comme ceux des psychotropes, prescrits pour une durée moyenne de 7 mois en population générale, « quand les recommandations officielles fixent 1 mois pour les hypnotiques et 3 mois pour les anxiolytiques ». Et reviennent bien évidemment sur les contraceptifs oraux.

Deux tiers des prescriptions des personnes âgées non justifiées


Principales cibles de ces prescriptions peu ou mal justifiées : les sujets âgés et les jeunes enfants. Deux tiers des prescriptions des personnes âgées seraient non justifiées, tandis que l'on continue, chez 10% des nourrissons, à prescrire un antihistaminique H1 contre-indiqué depuis 2011.

Difficile de mesurer les conséquences sanitaires de ces mauvaises prescriptions, tant il est vrai qu'aucune étude d'ampleur sur ce sujet n'a été menée en France. Mais, selon le réseau des centres régionaux de pharmacovigilance, « le nombre d'hospitalisations dans les seuls hôpitaux publics français motivées par un effet indésirable médicamenteux s'élève à 134 159 [intervalle de confiance : 85 263 - 182 637], à l'origine de 1,28 millions de journées d'hospitalisation ». Le coût de ces mauvaises prescriptions serait estimé à plus de 10 milliards, selon les auteurs du rapport…

Favoriser la formation et l'information


Pour lutter contre ce phénomène, les auteurs privilégient la connaissance de ce qui est prescrit, la formation des professionnels de santé et l'information immédiatement disponible pour ces professionnels.

Pour mieux connaitre les prescriptions, les auteurs en appellent aux différentes bases de données disponibles : bases de données de l'assurance maladie, cohortes, dossiers pharmaceutiques, centres de pharmacovigilance et de pharmacodépendance… Il faudrait ainsi créer une plateforme capable de fédérer l'ensemble de ces bases de données.

En matière de formation, les auteurs recommandent de repenser l'enseignement sur les médicaments des professionnels de santé. En matière de formation continue, le rapport propose le développement du e-learning.

Enfin, un portail d'information unique à destination des professionnels de santé doit être créé rapidement.

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