BPCO : l'essai TIOSPIR innocente le tiotropium Respimat à l'égard du risque CV

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

19 septembre 2013

BPCO : l'essai TIOSPIR innocente le tiotropium Respimat à l'égard du risque CV

Mise en cause début d'année 2013, la sécurité cardiovasculaire du tiotropium Respimat® vient d'être confirmée par l'étude TIOPSIR chez le patient BPCO.
19 septembre 2013

Barcelone, Espagne — Un travail publié à la mi-2013 avait alerté les pneumologues sur la mortalité et l'incidence des effets indésirables cardiaques avec le tiotropium Respimat® par rapport au tiotropium HandiHaler® (majoration de 27 % des décès) [1]. Mais l'essai TIOSPIR, présenté au congrès de l'European Respiratory Society et publié simultanée dans le New England Journal Medicine ne confirme pas ce signal [2][3].

En effet, le profil de sécurité des deux dispositifs d'inhalation du tiotropium - Respimat Soft Mist Inhaler® (Boeheringer Ingelheim) à la dose de 2,5 microgrammes et 5 microgrammes et Spiriva HandiHaler® (Pfizer/Boehringer Ingelheim) à la dose de 18 microgrammes est similaire chez les patients BPCO.

Cette publication écarte tout sur-risque cardio-vasculaire d'un de ces dispositifs par rapport à l'autre, mais elle montre aussi que l'incidence des événements cardiovasculaires dans la population des patients BPCO est élevé : au cours des 2,3 années passées sous tiotropium, l'incidence des évènements cardio-vasculaires majeurs (MACE) est comprise entre 3,6 et 3,9 % et le risque d'arythmie se situe entre 2,1 et 2,3 %.

Globalement, la question de la surmortalité cardio-vasculaire des patients BPCO ne peut pas être expliquée par cette seule étude et comme le précise le Pr Jean-Louis Pepin (laboratoire d'explorations fonctionnelles, CHU de Grenoble) à Medscape.fr, « le patient BPCO n'est pas un patient simple en raison de l'incidence importante des comorbidités. Aujourd'hui 30 à 40 % des personnes atteintes de BPCO décèdent d'un accident cardio-vasculaire ».

Match nul donc pour les 2 dispositifs, mais il n'en reste pas moins qu'un autre travail, également publié en 2013, avait lui aussi jeté le doute sur les risques cardio-vasculaires liés à l'utilisation du tiotropium, tous dispositifs d'administration confondus [4].

Les pneumologues français peu convaincus


Si cette étude a enthousiasmé le Pr Francesco Blasi (Milan, Italie), président de l'ERS qui l'a présentée en conférence de presse comme l'une des trois sessions essentielles de l'ERS 2013, il est difficile de trouver des pneumologues français positifs : « peu d'intérêt », « un labo qui compare deux de ses produits, c'est étrange », « deux dispositifs gadgets qui se différentient plus par leur présentation que par leurs résultats », « une ultime tentative de lutter contre le passage dans le domaine public du tiotropium », « beaucoup d'argent dépensé pour rien », « une réaction de peur par rapport aux produits qui vont arriver dans la BPCO », « un sujet particulièrement délicat »…


Une étude menée dans la vie courante


L'étude TIOSPIR a été menée en sur 17 135 patients non sélectionnés, c'est à dire dans les conditions réelles d'utilisation, contrairement aux études randomisées habituelles. L'ensemble de ces patients a été randomisé en trois groupes - tiotropium Respimat® 2,5 µg ou 5 µg et tiotropium HandiHaler®18 µg - et le suivi a duré 2,3 ans.

Cette étude était dotée de 3 objectifs principaux :

  • comparer la sécurité d'utilisation (mortalité) du tiotropium HandiHaler ® par rapport au tiotropium Respimat ® 5 et 2,5 µg ;

  • comparer l'efficacité (nombre d'exacerbations) du tiotropium HandiHaler® 18 µg et du tiotropium Respimat ® 5 µg ;

  • et comparer l'efficacité (par analyse du VEMS) du tiotropium HandiHaler® 18 µg à celle du tiotropium Respimat ® 5 et 2,5 µg.

Les patients étaient âgés en moyenne de 65 ans, il s'agissait d'hommes dans 71 % des cas et 90 % d'entre eux prenaient quotidiennement un autre traitement (bêta-agonistes à longue durée d'action ou corticostéroïdes inhalés).

Incidence identique des décès et des exacerbations


A l'issue de 835 jours de suivi, 23 % des patients avaient suspendu leur traitement (3 917 soit de 22,6 à 23,1 % selon les bras de l'étude). Un total de 1 302 patients est décédé pendant le suivi soit 3,2 à 3,4 % par an avec un pourcentage total de 7,4 à 7,7 % selon les sous-groupes analysés.

Chez les patients aux antécédents d'arythmie, la mortalité a été estimée à 13,1 % dans le groupe tiotropium Respimat® 2,5 µg, à 10,6 % dans le groupe tiotropium Respimat® 5 µg et à 12,9 % enfin dans le bras HandiHaler® 18 µg.

L'incidence des exacerbations s'est établie à 49,4 % (dont 15,2 % d'exacerbations sévères) pour les patients sous tiotropium Respimat® 2,5 µg, à 47,9 % (dont 14,5 % de formes graves) pour les patients traités par tiotropium Respimat® 5 µg et à 48,9 % (dont 14,3 % de formes sévères) pour les personnes utilisant le tiotropium HandiHaler®18 µg.

Enfin, les chiffres de VEMS étaient meilleurs avec le dispositif Respimat® 5 µg et HandiHaler® 18 µg qu'avec le Respimat® 2,5 ug.

L'étude a été financée par Boerhinger Ingelheim.
Les conflits d'intérêt des auteurs sont détaillés sur le site nejm.org

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....