Alzheimer et démences apparentées : tous les indicateurs sont au rouge

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

11 septembre 2013

Alzheimer et démences apparentées : tous les indicateurs sont au rouge

L'InVS dresse un état des lieux inquiétant de la maladie d'Alzheimer et autres démences (MAAD) en France: ALD, hospitalisations et décès sont en augmentation.
11 septembre 2013

Saint Maurice, France -Une nouvelle étude parue dans le Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire met en lumière le poids considérable, et en augmentation, de la maladie d'Alzheimer et des démences apparentées (MAAD) en France métropolitaine [1].

D'après les résultats de l'analyse menée par Nicolas Duport et coll. (Institut de Veille Sanitaire, InVS), entre 2007 et 2010, le nombre de patients en affection de longue durée pour MAAD (ALD15) a augmenté de 14,6%, le nombre de personnes hospitalisées avec une MAAD de 23,6% et le nombre de décès avec une MAAD de 13,9%.

En 2010, 316 115 personnes étaient en ALD15 ; 228 190 ont été hospitalisées avec une MAAD et 54 291 sont décédées avec une MAAD.

Alzheimer : quatrième cause de décès pour l'année 2008

« D'après le CépiDc (Centre d'épidémiologie sur les causes médicales de décès, Inserm), la maladie d'Alzheimer et les démences apparentées sont la quatrième cause de décès (cause initiale) pour l'année 2008 après les tumeurs, les pathologies cardiovasculaires et les accidents, avec une progression de +71,8% depuis 2000. Aussi, en 2010, en France, le nombre de personnes atteintes de MAAD a été estimé, après extrapolation de données issues d'études françaises et européennes, entre 750 000 et 1 000 000, selon les hypothèses, avec des projections entre 1,29 et 1,40 million de personnes en 2030. »


Les données colligées et analysées par l'InVS portent sur deux années (2007 et 2010) et sont issues des bases des affections de longue durée (ALD) de l'assurance-maladie, des hospitalisations (séjours et patients) et des certificats de décès. L'algorithme de sélection correspond aux codes CIM-10 relatifs aux MAAD (G30, F00, F01, F03). Les résultats « confirment l'intérêt de l'analyse des bases médico-administratives, si possible en les croisant, et des causes médicales de décès dans la surveillance de ces pathologies, en complément des cohortes », commentent les rapporteurs.

ALD, hospitalisations, mortalité : une croissance à 2 chiffres en très peu de temps


En 2010, comparativement à 2007, le nombre total de personnes en ALD15 a augmenté de 14,6% et celui des nouvelles mises en ALD15 a augmenté de 14,0%.

Concernant les hospitalisations avec une MAAD, elles ont augmenté de 23,6% en trois ans. Les trois-quarts des patients n'ont été hospitalisés qu'une seule fois au cours de l'année et la proportion de séjours multiples ne varie pas selon l'âge. Sur l'ensemble des patients hospitalisés avec une MAAD, 8,7% (n=16 100) en 2007 et 9,0% (n=20 577) en 2010 sont décédés à l'hôpital.

Enfin, d'après l'analyse des certificats de décès, entre 2007 et 2010, le nombre de certificats mentionnant une MAAD en « causes multiples » a augmenté de 13,9%.Parmi ces décès, plus d'un sur 2 mentionne ces pathologies en « cause initiale », en 2007 comme en 2010. En effet, les décès spécifiquement liés à la maladie d'Alzheimer (codes F00 et G30) représentent 52,9% des décès en « causes multiples » (n=25 197) en 2007 et 53,4% (n=28 984) en 2010. La quasi-totalité (>99%) des décès survient chez des personnes de 65 ans et plus.

En 2007, les décès avec une MAAD représentaient 11,4% de l'ensemble des 418 760 décès toutes causes survenus chez les personnes de 65 ans et plus. En 2010, cette proportion était de 12,6% (sur 430 007 décès).

D'après les auteurs, l'ensemble de ces augmentations sont imputables, en grande partie, au vieillissement de la population.

Une forte prédominance féminine


L'étude confirme la prédominance féminine de ces pathologies, en particuliers aux âges avancés.

Les femmes représentent presque les trois-quarts du nombre total des ALD15 en 2007 et 2010, et plus de 70% des nouvelles mises en ALD15.

En termes d'hospitalisations, elles sont, là encore, largement majoritaires, représentant 69% et 66% des patients hospitalisés en 2007 en 2010 respectivement. Le sexe-ratio F/H est proche de 2 pour les hospitalisations.

Enfin, en nombre absolu, les décès avec une MAAD concernent aussi environ deux fois plus souvent les femmes que les hommes, en 2007 comme en 2010.

Des données très sous estimées


Pour les auteurs, ces bases de données ont cependant plusieurs limites, qui conduisent à une sous-estimation importante du poids des MAAD. « La principale est le fait de ne sélectionner que les personnes qui ont bénéficié d'une prise en charge médicale de leur pathologie », expliquent-ils.

Ils ajoutent que, dans certains cas, la MAAD est secondaire par rapport à la comorbidité et n'est pas codée, soit par méconnaissance, soit parce que le médecin estime qu'il n'y a pas de lien de cause à effet.

Ils précisent que dans plusieurs pays, dont la France, on estime que seulement la moitié des patients avec une MAAD sont repérés par le système de santé. 

Les auteurs n'ont pas déclaré de liens d'intérêt en rapport avec le sujet.

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