Péricardite aiguë : la colchicine réduit les récidives de 50%

Muriel Gevrey

Auteurs et déclarations

10 septembre 2013

Péricardite aiguë: la colchicine réduit les récidives de 50% dans ICAP

L'étude multicentrique randomisée ICAP montre que la colchicine associée à l'aspirine ou l'ibuprofène réduit de moitié les récidives de péricardite aiguë, diminue la persistance des symptômes et les hospitalisations.

10 septembre 2013

Turin, Italie — Après l'étude CORP (Colchicin for Recurrent Pericarditis) sur une première récidive de péricardite, l'étude ICAP (Investigation for Colchicine for Acute Pericarditis), présentée au congrès de l'ESC 2013 et publiée dans le New England Journal of Medicine montre que la colchicine réduit de moitié le risque de récidive mais, cette fois, lors d'un premier épisode de péricardite aiguë [1].

« Notre étude confirme les résultats préliminaires avec un niveau de preuve plus fort apporté par une étude multicentrique en double aveugle avec un nombre plus important de cas » écrivent les auteurs.

En 2011, l'étude CORP a confirmé le bénéfice de la colchicine dans la péricardite récidivante. Dans la péricardite aiguë, une étude monocentrique en ouvert COPE (Colchicin for Acute Pericarditis) a suggéré que la colchicine pouvait aussi diminuer de moitié les récidives. L'étude ICAP a souhaité vérifier ce bénéfice sur un effectif plus important dans un travail randomisé, multicentrique et en double aveugle.

1 mg/j ou 0,5 mg/j de colchicine pendant 3 mois


L'étude a inclus 240 patients, la moitié recevant 0,5 mg de colchicine deux fois par jour pendant trois mois en cas de poids supérieur à 70 kg (seulement 0,5 mg/j si < 70 kg), l'autre moitié recevant le placebo. A l'inverse d'études antérieures, les auteurs n'ont pas utilisé de dose de charge.

L'ensemble des patients, âgés en moyenne de 52 ans, recevaient soit de l'aspirine (800 mg trois fois par jour) soit de l'ibuprofène (600 mg 3 fois par jour), soit des corticoïdes en cas de contre-indications aux AINS avec une réduction progressive de posologie des anti-inflammatoires au-delà de 7 à 10 jours.

Tous les patients étaient sous inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) à visée gastroprotectrice. Le critère de jugement principal était le taux de récidives ou de persistance de la péricardite aiguë.

Un bénéfice cohérent sur plusieurs critères


La récidive ou la persistance de la péricardite aiguë a concerné 16,7 % des patients du groupe colchicine contre 37,5 % des patients sous placebo, soit une réduction du risque relatif de 56 % (IC 95 % [0,30-0,72] ; p < 0,001).

Cliniquement, la colchicine réduit la persistance des symptômes au-delà de 72 heures : 19,2 % contre 40 % sous placebo (p = 0,001).

De même, le nombre de récidives par patient est significativement réduit (0,21 contre 0,52, p = 0,001) comme le taux d'hospitalisation (5 % contre 14,2 %, p = 0,02). Le taux de rémission à sept jours est lui aussi très amélioré par la colchicine (85 % contre 58,3 % ; p < 0,001).

Bonne tolérance


Côté tolérance, le principal effet indésirable limitant est la diarrhée qui a concerné moins de 10 % des patients sous colchicine. Le taux global d'effets indésirables rapportés était toutefois comparable dans les deux groupes (11,7 % dans le groupe colchicine contre 10 % dans le groupe contrôle). Et même en ce qui concerne l'incidence comparative des effets de type gastro-intestinaux, les fréquences sont superposable dans les deux groupes (respectivement 9,2 % contre 8,3 %, p = 0,67).

On note qu'en l'absence de dose de charge, la colchicine semble aussi efficace et probablement mieux tolérée.

Les auteurs soulignent qu'il faudra déterminer la durée optimale de traitement, et estiment qu'une durée plus longue que les trois mois testés pourrait peut-être venir à bout des 10 % de récidives.

Un autre point est l'extrapolation des résultats à la population des péricardites en pratique courante. La population d'ICAP est en effet très sélectionnée, sans insuffisance hépatique, ni autres comorbidités.

Que disent les recommandations sur la colchicine ?

Recommandations européennes de grade IIa en 2004 pour la péricardite aiguë (et ceci avant les résultats de l'étude COPE et, bien sûr ICAP)

Recommandations européennes de classe I en 2004 pour la péricardite récurrente (avant les études CORE et CORP).

A noter que la colchicine n'est pas approuvée dans la prévention des récidives de péricardites en Europe et en Amérique du Nord. Elle est donc hors AMM.


Etude financée par un organisme public Azienda Sanitaria Locale 3 de Turin (aujourd'hui Azienda Sanitaria Locale 2) et Acarpia, société portugaise qui a fourni la colchicine et le placebo.

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