Anorexie mentale : le premier facteur de risque de mortalité est la durée

Caroline Cassels, Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

9 septembre 2013

Anorexie mentale: le premier facteur de risque de mortalité est la durée

Mené sur 20 ans, un suivi de patientes confrontées à une anorexie mentale a montré que la durée de ce trouble constituerait le principal facteur de risque de décès.
6 septembre 2013

Washington, Etats-Unis - La durée de l'anorexie mentale semble être le principal facteur de risque de décès prématuré chez les adolescentes et les femmes souffrant de troubles du comportement alimentaire, a rapporté une étude prospective conduite sur 20 ans.

Les résultats ont montré que le risque était multiplié par 3, par rapport à la population générale, pour une anorexie s'étalant sur une période de 0 à 15 ans, et multiplié par 7 environ pour une période comprise entre 16 et 30 ans.

« Nos analyses ont révélé que le risque de décès prématuré était plus élevé au cours des dix premières années de suivi et chez les patientes avec les plus longues périodes d'anorexie », ont commenté les auteurs de l'étude dirigée par le Dr Debra Franko (Northeastern University, Boston) et publiée dans American Journal Psychiatry.

S'il est bien connu que, parmi les individus présentant des troubles psychiatriques, ceux souffrant d'anorexie mentale ont le taux de mortalité le plus élevé, la littérature ne permet pas d'identifier clairement un pic de mortalité pendant la maladie, ni d'établir des différences pouvant expliquer pourquoi certains décès surviennent plus tôt que d'autres, soulignent les chercheurs.

Un risque de décès quatre fois plus élevé chez les anorexiques


Afin de mieux comprendre l'évolution du risque de décès lié à la maladie et de déterminer les facteurs de mortalité, ils ont lancé en 1987 une étude longitudinale incluant 246 patientes sous traitement, atteintes d'anorexie ou de boulimie.

Les patientes ont été interrogées tous les six mois, sur une période médiane de près de dix ans, pour connaitre la fréquence hebdomadaire des symptômes, la comorbidité, leur participation aux traitements, ainsi que leur situation psychosociale.

Parmi les participantes, 51 présentaient une anorexie mentale de type restrictif, 85 une anorexie mentale avec crises de boulimie/vomissements et 110 une boulimie nerveuse. En considérant les épisodes d'anorexie diagnostiqués chez les patientes souffrant de boulimie, 186 patientes (76%) avec anorexie mentale ont été, au total, identifiées.

Pendant l'étude, 16 femmes sont décédées, dont quatre par suicide. Parmi elles, 14 avaient développé une anorexie. Les deux autres femmes présentaient une boulimie, sans antécédents d'anorexie.

Comparativement à la population générale, le taux standard de mortalité était de 4,37 (95%, 2,4-7,3), pour les patientes avec anorexie mentale, contre 2,33 (95%, 0,3-0,8) pour celles avec boulimie n'ayant pas connu d'épisodes d'anorexie.

La plupart des décès sont survenus au cours des dix premières années de suivi (10 décès parmi les 186 patientes). Le taux de mortalité s'élevait à 7 (95%, 3,7-14,2). Entre la dixième et la vingtième année de suivi, le ratio est tombé à 0,7 (95%, 0,2-1,7), avec quatre décès parmi les 176 patientes.

Chez les patientes ayant déclaré une durée d'anorexie comprise entre 0 et 15 ans, le taux de mortalité standardisé était de 3,2 (95%, 0,9-8,3). Il passe à 6,6 (95%, 3,2-12,1) pour celles qui ont été confrontées à la maladie pendant 16 à 30 ans.

Dépistage précoce des troubles et initiation précoce du traitement


La forte mortalité observée pendant les dix premières années de suivi peut s'expliquer par le fait que la plupart des femmes avaient déjà une longue histoire d'anorexie au moment de leur inclusion dans l'étude. A l'exception d'un cas, les décès sont survenus chez ces patientes après une période d'anorexie de 7 à 25 ans.

Parmi les facteurs de mortalité figurent l'abus d'alcool, un faible indice de masse corporelle (IMC), une situation psychosociale dégradée, en particulier en ce qui concerne l'emploi, des relations amicales et familiales insatisfaisantes et le célibat.

« Nos résultats mettent en évidence la nécessité d'identifier la pathologie et d'intervenir rapidement. Ils suggèrent que chez les personnes présentant une anorexie mentale de longue durée, le risque de décéder augmente fortement, en particulier lorsque s'ajoutent une toxicomanie, un poids faible ou une situation psychosociale limitée », concluent les auteurs.

Dans un éditorial accompagnant l'étude, le Dr Scott Crow (Université du Minnesota, Minneapolis) estime que ces résultats « confortent la place des troubles du comportement alimentaire dans les problèmes de santé publique ».

Selon lui, « l'observation d'une évolution de la mortalité selon la durée de la maladie plaide fortement pour un renforcement du dépistage précoce des troubles du comportement alimentaire et la nécessité d'initier un traitement au plus tôt ».

Il ajoute que les psychothérapies proposées aux adolescents peuvent s'avérer plus efficaces que les thérapies administrées aux adultes et peuvent par conséquent réduire la mortalité.

Enfin, bien que le suicide soit reconnu comme un risque associé à de nombreuses maladies psychiatriques, il peut être sous-estimé dans le cas des troubles du comportement alimentaire, souligne-t-il.

L'étude rapporte une mortalité par suicide dans cette population « très élevée » et « concentré en début de maladie ». Par conséquent, «  une surveillance intensive des tendances suicidaires est capitale ».

Les auteurs n'ont déclaré aucun lien d'intérêt.

Ce sujet a fait l'objet d'une publication dans Medscape.com

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