Contre toute attente, les cyclistes du Tour de France vivent plus longtemps 

Stéphanie Lavaud

5 septembre 2013

Amsterdam, Pays-Bas - Le sport en mode intensif est-il mauvais pour la santé ? L'étude dite « Tour de France » présentée par le Pr Xavier Jouven du Centre d'expertise des morts subites au congrès de l'European Society of Cardiology appporte une réponse claire. Les cyclistes de la grande boucle, considérée comme une épreuve, sinon l'épreuve, la plus difficile sur le plan physique, ont un risque de mortalité 41% moindre que la population française du même âge et une longévité additionnelle estimée à 6 ans.

786 cyclistes français ayant participé au moins une fois le Tour de France

Pr Xavier Jouven

L'étude a inclus 786 cyclistes français ayant participé au moins une fois le Tour de France (2,5 en moyenne) entre 1947 et 2012. « Cela correspond à 30% de la totalité des participants mais nous nous sommes limités aux coureurs français pour être bien sûr de ne passer à côté d'aucun événement. Mais les résultats peuvent probablement être extrapolés aux autres nationalités » a précisé le Pr Jouven lors de la conférence de presse. Les coureurs ont été suivis pendant 37,4 ans en moyenne et avaient 25 ans au moment de leur premier tour.

Au total, 208 décès ont été recensés (26%), soit une réduction de mortalité de 41% par rapport à la population française du même âge (taux de mortalité standardisé de 0,59 [IC 95%, 0,51-0,68, p < 0,0001]). Les principales causes de décès sont les néoplasmes (32,2%) et les pathologies cardiovasculaires (29%), qui surviennent néanmoins moins fréquemment que dans la population générale. Pour les cancers, les localisations les plus fréquentes sont digestives (35%), pulmonaires (22%) et prostatiques (7%). Les causes externes (15,9%), principalement les traumatismes, constituent la troisième cause de décès. Le bénéfice sur les taux de mortalité est retrouvé sur les différentes tranches d'âge, à l'exception du groupe de moins de 30 ans chez qui on observe un taux de mortalité plus élevé (non significatif).

Le dopage contre-balancé par les effets bénéfiques du sport intensif

Des résultats qui peuvent surprendre au vu de la pratique du dopage, si souvent associé à cette épreuve sportive de renom, et de son impact a priori délétère sur la santé des sportifs. Les auteurs de l'étude n'éludent d'ailleurs pas la question et constatent, de façon somme toute rassurante, que la réduction de la mortalité est observée en dépit des pratiques dopantes rapportées ou suspectées suivant les époques : cocaïne et amphétamines (1947-1970), androgènes et stéroïdes anabolisants (1971-1990) ainsi qu'hormone de croissance et érythropoïétine (1991-2012). « L'impact négatif du dopage est contre-balancé par les bénéfices du sport pratiqué de façon intensive » commente le Pr Jouven.

« Les résultats s'expliquent des considérations génétiques, il s'agit d'une population particulière, athlétique. Par ailleurs, des études ont montré que ces sportifs ont aussi un mode de vie sain, en dehors des périodes de courses » ajoute-t-il.

Faites du sport !

Si l'étude fait grand bruit, c'est probablement qu'elle tord le cou aux idées reçues, en vogue ces dernières années, qui ont attribué des conséquences délétères au sport en mode intensif. Un résultat qui n'est pas sans déplaire au sportif professeur Jouven, qui ne déclare comme lien d'intérêt, que sa participation à des triathlons ! « Il faut arrêter de dire aux gens de faire attention, de marcher lentement, d'aller voir leur médecin…Au contraire, dites-leur de faire du sport. A l'exception des personnes vraiment à risque, qui doivent faire l'objet de précautions lors de la pratique d'une activité sportif, les autres doivent être encouragés à pratiquer du sport à un niveau d'intensité adapté. Je suis ravi de relayer un tel message de santé publique » déclare-t-il à heartwire.

« Au vu de l'engouement qu'elle suscite, l'étude, lancée il y a 5 ans pourrait connaître des prolongements », ajoute-t-il.

L'étude a été financée principalement par l'Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM) and Institut de Recherche BioMédicale et d'Épidémiologie du Sport (IRMES).
Le Pr Xavier Jouven ne déclare aucun lien d'intérêt (si ce n'est celui de participer à des triathlons).

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