Sevrage alcoolique : progression des effets secondaires liés au baclofène

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

29 août 2013

Baclofène et sevrage alcoolique : des effets secondaires nouveaux et en augmentation

Selon l'ANSM, en 2012, les effets secondaires liés au traitement de l'alcoolo-dépendance par le baclofène sont en augmentation et de nouveaux effets indésirables ont été rapportés. 29 août 2013

Saint-Denis, France - Le compte rendu du suivi national de pharmacovigilance du baclofène (Liorésal®, Novartis ; Baclofène Zentiva®, Sanofi) dans son utilisation hors AMM dans le sevrage alcoolique a été publié sur le site de l'ANSM le 23 août [1].

Le rapport, présenté lors de la séance du Comité technique de pharmacoviglance (CRPV) du 16 avril 2013, indique une augmentation des ventes de la molécule pour 2012, une forte progression des effets secondaires et l'apparition de nouveaux effets indésirables.

Augmentation des prescriptions en 2012


Le nombre de comprimés de baclofène vendus a progressé de 52% en 2012 par rapport à l'année 2011. Et, « d'après les estimations des laboratoires, la proportion de l'usage hors AMM dans le traitement de l'alcoolo-dépendance correspondrait à environ 50% des ventes de baclofène sur le territoire national en 2012 », rapporte le CRPV/CEIP de Grenoble, en charge du dossier.

Les doses utilisées sont très hétérogènes, avec une dose médiane de 120 mg par jour. Les principaux prescripteurs seraient les addictologues, les psychiatres et les généralistes.

Une nette progression des effets indésirables attendus


Au cours de l'année 2012, 263 cas (93 graves et 170 non graves) correspondant à 405 effets indésirables ont été rapportés avec le baclofène dans le traitement des addictions, soit 163 cas de plus que pour l'année 2011. « Cette augmentation peut s'expliquer par une moindre sous-notification et/ou une augmentation de la fréquence de survenue des effets indésirables », note le rapport.

Les types d'effets indésirables les plus souvent rapportés sont les troubles neurologiques (33,6%), les troubles psychiatriques (21,2%) et les troubles gastro-intestinaux (10,1%).

Alors que les ventes ont progressé de 50% en 2012, les effets secondaires, notamment neurologiques et psychiatriques, ont augmenté dans des proportions bien plus élevées. Les troubles mnésiques ont été multipliés par 7, alors que les troubles dépressifs et le syndrome de sevrage ont été multipliés par 10. Les problèmes d'abus et de dépendance ont augmenté d'un facteur 8.

De nouveaux effets secondaires


En parallèle, de nouveaux signaux sont observés, témoignant d'un profil d'effets indésirables différent dans le traitement des addictions.

Il s'agit de troubles sensitifs et sensoriels (24), d'erreurs de prise (19), de xérostomie (16), d'insomnie (14), de décompensation maniaque (14), d'accidents (11), de syndrome de sevrage sur le mode confusionnel et hallucinatoire se rapprochant du delirium tremens alcoolique (10), de sudation excessive (10), d'abus-dépendance (8) et de syndrome oedémateux (5).

Aussi, d'après le rapporteur, d'autres signaux plus faibles émergent et devront faire l'objet d'une surveillance : l'hypertriglycéridémie (3), la prise de poids (3), les troubles anxieux paradoxaux (3), le rétrécissement du champ visuel (2), l'allongement du QT en cas de surdosage (2), le diabète insipide en cas de surdosage (2), et le syndrome d'apnée du sommeil (2 dont 1 à réévaluer).

« Ces nouveaux signaux témoignent de notre connaissance limitée dans les diverses fonctionnalités du récepteur GABA-B dont la pharmacologie est complexe et non élucidée. La notification spontanée doit être encouragée et la poursuite du suivi national est indispensable. Certains effets indésirables déclarés apparaissent clairement comme des effets indésirables limitants : décompensation maniaque, dépression et risque suicidaire, risque convulsif, ainsi que toutes les formes d'abus », insiste le rapport.

La présence de troubles mnésiques et de l'abaissement du seuil épileptogène en cours de traitement en particulier lors d'alcoolisation sont confirmés.

En revanche, le suivi national 2012 ne confirme pas certains signaux attendus tels que les troubles extrapyramidaux et les syndromes des jambes sans repos, le syndrome amotivationnel, l'hémorragie digestive, le syndrome sérotoninergique ou l'abus à des fins dopantes par analogie avec le GHB.

Modification des RCP


Face à ces résultats, le rapport préconise la poursuite du suivi national de pharmacovigilance et l'accès à une RTU (Recommandation Temporaire d'Utilisation) pour permettre la mise en place de mesures de minimisation de risques. La RTU devrait être votée d'ici à la fin de l'année, a indiqué l'ANSM à Medscape France.

Le rapporteur propose également de ré-analyser les études de phase 1 et 2 déposées par les laboratoires, et de voir si des études complémentaires sont nécessaires à des doses élevées.

Enfin, une harmonisation et actualisation des RCP est recommandée. Les risques de décompensation maniaque, de dépression et de passage à l'acte suicidaire devraient désormais être indiqués dans la rubrique « mise en garde et précaution d'emploi ». Le syndrome oedémateux, la sécheresse buccale, les troubles anxieux paradoxaux, et le syndrome d'apnée du sommeil dans les effets indésirables. Et le diabète insipide et l'allongement du QT dans la rubrique surdosage.

Les résultats des études BACLOVILLE et ALPADIR, qui devraient préciser le profil de sécurité et l'efficacité du baclofène dans la prise en charge de l'alcoolo-dépendance, sont attendus pour 2014. En attendant, aux médecins de tenter de cibler les patients qui pourraient vraiment bénéficier du traitement sans oublier que les effets secondaires de l'alcool sont, eux, parfaitement bien connus…

Un suivi national de pharmacovigilance depuis 2011

Le suivi national de pharmacovigilance du baclofène dans son utilisation hors AMM dans le sevrage alcoolique a été mis en place en mars 2011. Pour analyser le profil de tolérance, les chercheurs ont utilisé les données de la littérature scientifique, les cas de la Base Nationale de Pharmacovigilance reçus ou survenus au cours de l'année 2012, les cas français déclarés aux laboratoires Novartis et Sanofi en 2012 et les chiffres de vente 2012 des spécialités à base de baclofène.


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