Les antidépresseurs augmentent les risques d'hémorragie du post-partum

Aude Lecrubier, Caroline Cassels

Auteurs et déclarations

28 août 2013

Les antidépresseurs augmentent les risques d'hémorragie du post-partum

L'utilisation d'antidépresseurs dans les mois qui précèdent l'accouchement est associée à un risque accru d'hémorragies du post-partum.
28 août 2013

Greenville, Etats-Unis — L'utilisation d'antidépresseurs juste avant ou au moment de l'accouchement augmente le risque d'hémorragie du post-partum, d'après une vaste étude de Kristin Palmsten et coll. (Harvard School of Public Health, Boston, Etats-Unis) publiée en ligne le 21 août sur le site du BMJ [1].

D'après les chercheurs, le risque d'hémorragie du post-partum augmente d'un facteur proche d'1,5 chez les femmes qui sont sous antidépresseurs au moment de l'accouchement et ce, quelle que soit la classe d'antidépresseurs, inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) ou non.

« Il s'agit de la première étude à montrer une association entre l'exposition aux antidépresseurs au moment de l'accouchement et le risque d'hémorragie du post-partum dans une population de femmes vivants aux Etats-Unis et souffrant de dépression ou de troubles anxieux », indiquent les auteurs.

Auparavant, des études ont montré une association entre les ISRS et le risque de saignements, notamment gastrointestinaux et périopératoires.

Mais, à ce jour, seules deux études, l'une au Canada et l'autre en Suède, ont évalué l'association entre les antidépresseurs et l'hémorragie du post-partum. Bien qu'elles suggèrent un lien entre les deux critères, les biais méthodologiques et le manque de puissance statistique n'ont pas permis de confirmer le lien.

Dans la nouvelle étude américaine, les chercheurs ont utilisé la base de données nationale Medicaid pour évaluer l'association entre antidépresseurs et hémorragie du post-partum.

Ils ont enrôlé 106 000 femmes enceintes de 12 à 55 ans souffrant de troubles anxieux ou de l'humeur.

Présence de sérotonine dans les plaquettes

Les auteurs rappellent que les ISRS sont supposés augmenter les saignements en inhibant la recapture de la sérotonine par les plaquettes. La sérotonine est en effet stockée dans les plaquettes sanguines qui n'en synthétisent pas et libérée dans certaines circonstances comme au moment de l'agrégation plaquettaire.

En outre, en dehors des interférences hémostatiques, les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine pourraient interférer avec les contractions utérines médiées par la sérotonine et provoquer des hémorragies du post-partum liées à un utérus atone.

D'après les auteurs, l'augmentation du risque d'hémorragie du post-partum avec les antidépresseurs non-ISRS est étonnante et requiert d'autres recherches.


Evaluation du risque en fonction de diverses expositions


Les femmes ont été classées dans quatre groupes d'exposition aux antidépresseurs en fonction des données de délivrance des médicaments en pharmacie.

  • Exposition actuelle: la prescription d'antidépresseurs chevauche la date d'accouchement.

  • Exposition récente : délivrance d'antidépresseurs pour au moins une journée dans le mois précédent l'accouchement mais pas le jour J.

  • Exposition antérieure : antidépresseurs arrêtés entre 5 mois et un mois avant l'accouchement.

  • Pas d'exposition: pas de délivrance d'antidépresseurs dans les 5 mois précédent l'accouchement (groupe de référence).


Une augmentation du risque hémorragique plus marquée avec les ISRS


En tout, 12 720 femmes recevaient une monothérapie d'ISRS (12%) et 1495 (1,4%) des antidépresseurs non-ISRS en monothérapie.

Le risque d'hémorragie du postpartum était de 2,4% chez les femmes sans diagnostic de troubles de l'humeur ou de troubles anxieux et ne recevant pas d'antidépresseurs dans les 5 mois avant l'accouchement. Il était de 2,8% chez les femmes souffrant de troubles de l'humeur et de troubles anxieux mais ne recevant pas d'antidépresseurs, de 4% chez les femmes qui recevaient des ISRS au moment de l'accouchement et de 3,8% chez les utilisatrices d'antidépresseurs autres que les ISRS. Chez les utilisatrices récentes, les risques étaient respectivement de 3,2% et de 3,1% et pour les anciennes consommatrices, ils étaient de 2,5% et de 3,4%, respectivement.

Après ajustement pour les facteurs confondants, les femmes qui recevaient un ISRS au moment de l'accouchement avaient 1,47 fois plus de risque de faire une hémorragie du post-partum comparées aux femmes qui ne recevraient pas d'antidépresseurs [IC 95% : 1,33 à 1,62]. En parallèle, les femmes qui recevaient un antidépresseur non-ISRS avaient 1,39 fois plus de risque de faire une hémorragie du post-partum que celles qui ne recevaient pas de traitement antidépresseur [IC 95% : 1,07 à 1,81]. En valeur absolue, les sur-risques après ajustement sont faibles : 1,26% pour les femmes recevant un ISRS (0,90 à 1,62) et 1,03% pour les femmes qui reçoivent un autre type d'antidépresseur (0,07 à 1,99%).

Toute exposition à un antidépresseur dans le mois précédent l'accouchement était associé à une augmentation du risque d'hémorragie du post-partum d'un facteur 1,2.

Informer des risques


En conclusion, les auteurs indiquent que l'augmentation du risque en valeur absolue est faible mais que les femmes et les médecins devraient être informés de ces risques potentiels lorsqu'ils prennent la décision de (se) traiter par antidépresseurs en fin de grossesse.

Dans un éditorial accompagnant l'article, le Dr Eibert Heerdink (professeur assistant de pharmaco-épidémiologie clinique, Utrecht Institute for Pharmaceutical Science, Pays-Bas) qualifie l'étude de « bonne facture » et note que bien que le risque absolu soit faible, il reste préoccupant.

Avec une incidence de 2,1 à 8% de l'ensemble des naissances, le Dr Heerdink note que l'hémorragie du post-partum n'est pas une complication peu fréquente et qu'elle est l'une des causes principales de la mortalité et de la morbidité maternelle.

Il souligne que « même une augmentation modeste d'un risque relativement élevé au départ peut avoir un impact considérable sur la santé publique. Les femmes enceintes et leurs médecins devraient être informés du risque potentiel associé à l'utilisation des antidépresseurs peu de temps avant l'accouchement. »

Ce sujet a fait l'objet d'une publication dans Medscape.com

Les auteurs et le Dr Heerdink n'ont pas rapporté de liens d'intérêts en rapport avec le sujet.

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