Le vaccin antigrippe préviendrait l'infarctus du myocarde

Dr Isabelle Catala

29 août 2013

Sydney, Australie — La vaccination contre la grippe protège significativement de l'infarctus du myocarde (IDM), selon une étude cas-témoin australienne dont les résultats sont publiés dans Heart [1]. L'effet préventif du vaccin est estimée à 45 % (CI 95% : 15 à 65 %) chez les 40-64 ans et à 33 % (CI 95% : 20 à 63 %) chez les plus âgés. Autrement dit, dans cette population de 275 patients victimes d'IDM et de 284 sujets contrôles hospitalisés à la même époque de l'année mais pour une intervention chirurgicale programmée, le risque de pathologie coronarienne était quasiment doublé chez les non vaccinés.

Extension de la vaccination aux 45-64 ans


Pour le Pr Raina McIntyre (Sydney, Australie), « l'extension de la vaccination aux 45-64 ans en Australie pourrait permettre de diminuer le nombre d'infarctus (IDM) qui surviennent chaque année et qui concernent dans 24 % des cas des personnes de cette tranche d'âge.

Cette vaccination pourrait aussi être proposée à titre systématique chez les personnes hospitalisées pour IDM car le risque de ré-infarctus s'établit à 6 % dans le mois qui suit une première admission à l'hôpital et à 27 % dans l'année qui suit, chez des patients sous traitement médical ».

Une très bonne couverture vaccinale en Australie


L'étude australienne a inclus pendant 3 saisons d'hiver austral (2008 à 2010) un total de 559 patients : 275 cas (IDM) et 284 témoins. En moyenne, les cas d'infarctus étaient significativement plus jeunes que les témoins, il s'agissait plus souvent d'hommes, fumeurs, stressés et mariés ou vivant en couple.

Dans la population globale de l'étude, un peu plus de 50 % des patients déclaraient avoir été vaccinés contre la grippe et une vérification auprès de leur médecin traitant a confirmé que c'était le cas pour 49,9 % d'entre eux : 41,4 % chez les 40-64 ans et 71,7 % au-delà de 65 ans.

Ces chiffres sont bien meilleurs que ceux de la vaccination en France et ils correspondent à une période particulière puisque concomitante à l'épidémie de grippe A/H1N1.

Le statut vaccinal antigrippal, facteur prédictif d'infarctus


Les auteurs se sont attachés à rechercher des signes de grippe ou d'infection respiratoire basse dans les jours précédant l'hospitalisation, puisque ces pathologies sont suspectes de majorer le risque de décompensation d'une pathologie cardio-vasculaire sous-jacente.

Une analyse sérologique a été effectuée afin de rechercher des signes d'infection grippale récente. Au total, 9,5 % des patients de l'étude avaient été infectés dans les jours précédant l'hospitalisation : 12,4 % dans le groupe IDM et 6,7 % chez les témoins. Cependant, après ajustement sur les variables démographiques, cette différence n'est plus significative.

Le seul facteur prédictif d'infarctus que les auteurs ont retrouvé dans tous les groupes d'âge et quels que soient les facteurs de risques cardio-vasculaires préexistants (âge, sexe masculin, tabagisme, hypercholestérolémie) est le statut vaccinal antigrippal.

Facteurs prédictifs d'infarctus du myocarde après ajustement multivarié


Variable
OR
IC à 95 %
Valeur de p
Preuve d'une infection grippale récente
1,07
0,53 à 2,19
0,849
Age
0,96
0,94 à 0,97
<0,001
Sexe masculin
3,83
2,54 à 5,78
<0,001
Hypercholestérolémie notifiée par le patient
2,00
1,35 à 2,97
0,001
Tabagisme actif
2,11
1,25 à 3, 56
0,005
Vaccination antigrippale
0,55
0,35 à 0,85
0,008

Les auteurs soulignent que la préexistence d'une infection grippale était particulièrement importante mais que la grande majorité des patients ne l'avaient pas signalé aux soignants.

Induction d'un état pro-thrombotique ou auto-immun


Pour le Dr Christian Devaux (Unité interaction virus cellule hôte, CPBS, CNRS Montpellier), interrogé par Heartwire, « les études animales et cliniques ont mis en évidence une interaction entre l'inflammation liée aux infections virales comme au moment d'une grippe, et le développement ou la déstabilisation d'une pathologie athérosclérotique. L'infection, en effet, induit un état prothrombotique ou auto-immun qui peut majorer les phénomènes inflammatoires au niveau de plaques coronaires déjà existantes.

Par ailleurs, l'infection virale s'associe aussi à des modifications physiologiques : tachycardie, fièvre, hypertension… qui pourraient à elles seules majorer le risque de décompensation de pathologie coronarienne préexistante.

C'est pour ces raisons que promouvoir la vaccination antigrippale chez des patients à haut risque cardio-vasculaire ou qui ont déjà présenté un infarctus du myocarde peut être bénéfique, en particulier chez des patients relativement jeunes, qui habituellement ne sont pas concernés par les campagnes vaccinales ».

L'étude a été financée par GlaxoSmithKline Belgique
Le Pr Macintyre a reçu des honoraires de GSK, CSL, Sanofi Pasteur, Merck et Pfizer. Le Dr Heywood a reçu des honoraires de GSK et Sanofi-Pasteur. Le Dr Seale a reçu des honoraires de GSK, CSL et Sanofi Pasteur. Les autres auteurs ne déclarent pas de conflits d'intérêt.

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