Hallucinant : le LSD ne serait pas délétère pour la santé mentale

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

22 août 2013

Trondheim, Norvège — Pris sur le long terme, les drogues hallucinogènes (LSD, champignons et mescaline) n'auraient pas d'effets négatifs sur la santé mentale des consommateurs, et peut-être même des effets positifs. Aussi surprenant soient-ils, ces résultats sont issus d'une vaste étude portant sur plus de 130 000 adultes américains dont 13,4 % ayant consommé ce type de drogues tout au long de leur vie. Ces résultats viennent d'être publiés dans PlosOne[1].

Hallucinogènes mais non addictives

Très en vogue au cours des années 60, les drogues psychédéliques (LSD, diéthylamide de l'acide lysergique, psilocybine, substance hallucinogène tirée des champignons et mescaline, drogue hallucinogène tirée du cactus peyotl) sont toujours consommées par près de 30 millions de personnes vivant aux Etats-Unis. Ces substances ne sont pas connues pour provoquer des dommages cérébraux, ni pour entrainer des addictions, expliquent les auteurs norvégiens, Teri S. Krebs, PhD, and Pal-Orjan Johansen, PhD, (Département de neurosciences, Norwegian University of Science and Technology). Elles seraient même classées par les experts comme moins nocives pour l'individu et la société que des drogues légales, comme le tabac et l'alcool ou d'autres substances à usage récréatif.

En dépit d'un large usage au cours des 40 dernières années, les auteurs font remarquer que les études ayant trait à des usages au long cours des substances psychédéliques sur la santé mentale sont pratiquement inexistantes.

L'étude a porté sur 130,152 participants de la National Survey on Drug Use and Health (NSDUH) dont 21 967 (13,4%) ont rapporté un usage de substances psychédéliques (LSD, psylocybine, mescaline) tout au long de leur vie. Tous ont été évalués d'un point de vue psychologique via l'échelle K6 de détresse psychologique, psychiatrique via le Composite International Diagnostic Interview (CIDI-SF) de l'Organisation Mondiale de la Santé et leurs traitements en rapport avec la santé mentale colligés.

Effets positifs chez les uns, négatifs chez les autres ?

Dans cette population, après ajustement sur les différents facteurs de risque, aucun lien n'a pu être mis en évidence entre la consommation de drogues psychédéliques et une flopée de pathologies psychiatriques incluant une détresse psychologique grave, les traitements psychiatriques et les symptômes pour 8 troubles psy (attaques de panique, épisode dépressif majeur, épisode maniaque, phobie sociale, trouble d'anxiété généralisée, agoraphobie, syndrome de stress post-traumatique et psychose non affective), et 7 symptômes de psychose non affectives.

En réalité, l'utilisation sur le long terme (sur toute une vie) de psylocybine, de mescaline et la consommation au cours de l'année passée de LSD ont même été associées à des taux moins élevés de problèmes psychologiques sévères.

« Nous ne pouvons pas exclure la possibilité que l'utilisation de drogues psychédéliques aient un effet négatif sur la santé mentale de certains individus ou groupes d'individus, peut-être contrebalancé à plus large échelle, par un impact positif chez d'autres » notent les auteurs qui précisent que « les études cliniques récentes n'ont pas réussi à mettre en évidence d'effets délétères à long terme des drogues psychédéliques».

Une étude qui n'est pas sans renvoyer à l'histoire des drogues hallucinogènes et à leur utilisation première. Une piste de recherche possible contre les pathologies psychiatriques à l'heure où la recherche de nouvelles thérapeutiques dans ce domaine est en berne.

Drogues psychédéliques : futurs médicaments psychiatriques ?

Le LSD a été synthétisé pour la première fois en 1938 par deux chimistes suisses, Arthur Stoll et Albert Hofmann, qui travaillent alors pour l'industrie pharmaceutique Sandoz (actuel Novartis) [2]. Son principe actif est un composé de la famille des lysergamides, dérivé de composés issus de l'ergot de seigle (Claviceps purpurea). Un brevet est déposé en 1948 pour le d-lysergic acid diéthylamide aux Etats-Unis dans le but de traiter les troubles mentaux. Le LSD est alors utilisé dans les milieux psychiatriques et en psychologie : de nombreuses études sont menées à son sujet. La molécule apparaît alors prometteuse. Puis, dans les années 60-70, le LSD sort du cadre scientifique, son usage prend de l'essor et la drogue est finalement interdite. En 2007, il n'existe pas de pays avec des médicaments utilisant le LSD qui soit autorisé ou commercialisé, même si d'autres dérivés de l'ergot de seigle ont trouvé des applications médicales [2].

Néanmoins, le LSD été utilisé avec succès comme thérapie de l'alcoolisme et de l'héroïnomanie, ainsi que de la douleur, de l'anxiété et de la dépression des patients cancéreux en fin de vie [2]]. Et en 2012, une méta-analyse réalise réalisée par Teri S Kreb, qui porte sur 6 études regroupant 536 patients, a mis en évidence un lien entre une prise unique de LSD et la baisse d'abus d'alcool chez des sujets alcoolo-dépendants [3].

De son côté, la psylocybine des champignons hallucinogènes fait actuellement l'objet d'études dans le domaine de la dépression [4].

 

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