Nuits de pleine lune et insomnies : un lien démontré

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

26 juillet 2013

Insomnies et pleine lune : des effets démontrés

Perte de 20 minutes de sommeil et 5 minutes de délai d'endormissement en plus : tels sont les effets démontrés lors des nuits de pleine lune.
26 juillet 2013

Bâle, Suisse - La pleine lune provoque-t-elle des troubles du sommeil ? La question ne devrait plus vous empêcher de dormir. Des mesures objectives et subjectives du sommeil publiées par une équipe suisse dans Current Biology prouvent pour la première fois que les cycles de la lune (29,5 jours) influent sur la qualité du sommeil et le délai d'endormissement [1]. Les insomnies de la pleine lune n'étaient donc pas qu'une vue de l'esprit. Plus étonnant, ce travail rapproche l'homme de certaines espèces marines et de l'iguane des Galapagos dont la physiologie est influencée par les rythmes circadien, circannuel et circalunaire.

Une cohorte de volontaires étudiée rétrospectivement


L'équipe du Dr Christian Cajochen, un psychiatre de Bâle associé au centre du sommeil de Zollikon (Suisse), a eu l'idée « un soir de pleine lune dans un bar, d'analyser de façon rétrospective l'influence des rythmes lunaires sur le sommeil dans une cohorte de 33 volontaires sains. Le sommeil de ces personnes réparties en deux groupes d'âge était enregistré de façon régulière dans le cadre d'un travail sur les rythmes veille-sommeil en luminosité constante (moins de 8 lux sans lumière extérieure et sans vision de la lune) associés ou non à une privation de sommeil de 40 h.

Les volontaires restaient sans sortir au laboratoire du sommeil pendant une durée moyenne de 6 jours. Au total, nous disposions de 128 enregistrements EEG associées à des mesures du cortisol et de la mélatonine pour des patients qui n'étaient pas informés de l'étude sur le lien entre leur sommeil et le cycle lunaire. Les techniciens n'étaient pas non plus informés, ce qui garantit l'absence de biais ».

20 mn de sommeil en moins les nuits de pleine lune 


Les cycles lunaires ont été divisés en trois moments distincts : la pleine lune, la lune montante ou descendante et la nouvelle lune.

Globalement, lors des nuits de la pleine lune, la durée de sommeil était abaissée de 20 minutes, le délai d'endormissement augmenté de 5 minutes et l'activité delta à l'EEG indiquant les périodes de sommeil profond au cours du sommeil NREM (non-rapid-eye-movement) était abaissée de 30 %. La sécrétion de mélatonine était abaissée au moment de pleine lune, alors que celle de cortisol demeurait inchangée.

Interrogés sur la qualité de leur sommeil, les participants qualifiaient les nuits de pleine lune comme plus mauvaises que celles correspondant au croissant lunaire.

Cette influence de la pleine lune avait déjà été signalée chez les patients épileptiques dont le risque de crises est majoré à cette période.

29,5 jours, une réminiscence animale ?


Pour les auteurs, « l'effet de la pleine lune ne peut pas être expliqué par les forces gravitationnelles qui s'exercent sur l'eau et influent sur les marées puisque ce phénomène n'est pas retrouvé pour des quantités d'eau plus limitées telle que les lacs ou les mers de petite taille. L'eau contenue dans le corps humain ne peut donc pas être sensible aux variations gravitationnelles. L'horloge circalunaire pourrait avoir été conservée - du moins en partie - dans l'évolution humaine. Certaines personnes pourraient être plus sensibles que d'autres et une étude EEG ou par IRM fonctionnelle pourrait permettre de mieux comprendre les mécanismes neuronaux en cause chez les personnes les plus réceptives ».

Reste encore à prouver que la pleine lune influe sur l'humeur et le risque de passage à l'acte suicidaire et certaines idées reçues en médecine pourraient encore être confortées.

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