Hôpital : faut-il arrêter la mesure routinière des signes vitaux la nuit ?

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

15 juillet 2013

Une étude questionne la mesure systématique des signes vitaux à l'hôpital la nuit

Une étude prospective montre que les patients hospitalisés considérés à faible risque en soirée pourraient être dispensés des mesures systématiques de leurs signes vitaux la nuit.
15 juillet 2013

Chicago, Etats-Unis — A l'hôpital, les signes vitaux des patients sont mesurés le jour comme la nuit. Cette pratique, qui date du XIXème siècle, permet de détecter précocement un état de santé qui se détériore. Cependant, dans la plupart des cas, les multiples réveils nocturnes suscitent non seulement un stress pour les patients, mais, ils ont aussi un effet délétère sur la santé. La fragmentation du sommeil des patients hospitalisés a été associée à l'hypertension et à la survenue plus fréquente de délires [1,2].

Face à ce constat, Jordan C, Yoder BA, Trevor C., Yuen BA et coll. (Pritzker School of Medicine, University of Chicago, University of Chicago Medicine, Chicago, Etats-Unis) ont mené une étude prospective pour déterminer si les mesures nocturnes pourraient être épargnées aux patients considérés à faible risque dans la soirée d'après le score Modified Early Warning Score (MEWS). Le but étant de les laisser dormir sans leur porter préjudice ! [3]

Le score MEWS a été conçu pour le personnel soignant des services hospitaliers afin de savoir quand demander l'intervention d'un spécialiste en raison d'une aggravation. Il prend en compte la FR, la FC, la PA, la diurèse, la température et la vigilance.

« A notre connaissance, il s'agit de la première étude qui évalue de façon critique la mesure systématique des signes vitaux à l'hôpital », indiquent les auteurs.

L'étude de cohorte prospective a été menée sur 550 lits d'un même centre entre le 4 novembre 2008 et le 31 aout 2011. Les données sur les signes vitaux (température, pouls, respiration et pression artérielle…) ont été extraites des fichiers électroniques (Epic) et un score MEWS correspondant au risque des patients un peu avant 11 heures du soir a été calculé pour chaque participant.

Le nombre de réveils nocturnes engendrés par la mesure des signes vitaux entre 23h et 6 heures du matin et l'incidence des effets secondaires définis par un transfert en unité de soins intensifs ou un arrêt cardiaque de 23 heures à 23 heures ont été comparés en fonction des différents niveaux de risque MEWS.

La survenue des effets secondaires est associée au niveau de risque en soirée


En tout, 54 096 patients ont été enrôlés dans l'étude, représentant 182 828 patients-jours d'hospitalisation et 1699 effets secondaires. Les participants avaient 56 ans en moyenne (40 à 68 ans) et 43% étaient des hommes.

Résultats : l'incidence des effets secondaires augmente avec le score MEWS d'un taux de 5 pour 1000 patients-jours lorsque le score MEWS est de 1, à 157,3 pour 1000 patients-jours lorsque le score MEWS est de 7 (p=0,003). En revanche, avec une moyenne de 2 mesures des signes vitaux par nuit, la fréquence de l'altération des signes vitaux est similaire dans les deux groupes. Les auteurs observent au moins une perturbation des signes vitaux pour 99,3% des nuits quel que soit le risque MEWS. Enfin, près de la moitié des perturbations nocturnes des signes vitaux (45%) surviennent chez des patients qui ont un risque de 1 ou moins.

Il semble donc que les patients identifiés par le score MEWS comme à faible risque dans la soirée ont moins d'effets secondaires ce qui ne les empêche pas de subir autant de mesure des signes vitaux que les patients à haut risque.

Ces résultats suggèrent qu'il est possible d'abaisser la fréquence des mesures nocturnes des signes vitaux des patients à faible risque, ce qui pourrait fortement améliorer leur sommeil.

« En plus d'avoir un impact négatif sur la santé et sur le moral des patients pendant l'hospitalisation, le manque de sommeil pourrait être un paramètre important du syndrome post-hôpital : un stress induit par la prise en charge hospitalière qui est une cause de réadmission dans les 30 jours [6] », notent les auteurs. Ils ajoutent qu'adopter cette stratégie permettrait aussi de faire des économies de ressources, en particulier sur le personnel infirmier de nuit et d'allouer plus de ressources pour les patients les plus à risque.

Sur le terrain, la nuit, certains services privilégient déjà le sommeil, plutôt que les prises de mesure des signes vitaux.

Les limites de l'étude


Bien que cette cohorte soit de grande taille, l'étude est limitée à un seul hôpital. En outre, le score MEWS ne tient compte que des signes vitaux et pas de marqueurs cliniques plus fins.

Toutefois, ces données montrent qu'il faut continuer à étudier « les différentes façons de mesurer les signes vitaux en fonction du risque de détérioration clinique afin d'améliorer le confort et la sécurité des patients hospitalisés », concluent les auteurs.

A l'avenir, le développement de mini capteurs électroniques capables de détecter les signes vitaux et de transmettre les données à distance du lit du patient pourraient aussi changer la donne.

Le Dr Edelson a reçu des financements pour ses recherches de Philips Healthcare et LaerdalMedical, et a des actions chez Quant HC, qui a l'exclusivité des droits avec l'université de Chicago sur des produits associés à la stratification du risque de patients (brevets en cours).
Mr Yoder a reçu des financements du Fentress Award de la Pritzker School of Medicine.
Le Dr Churpek a reçu des financements du NIH.
Le Dr Arora a reçu des financements du National Institute on Aging.
Le Dr Edelson a reçu des financements du National Heart, Lung, and Blood Institute.

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