Cancers du poumon de la femme : une participation hormonale probable

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

12 juillet 2013

Cancers du poumon de la femme: une participation hormonale probable

Les cancers bronchopulmonaires de la femme présentent des particularités qui appuient l'hypothèse d'une participation hormonale à l'oncogénèse et qui inciteraient à traiter spécifiquement.
12 juillet 2013

Paris, France — En France, l'incidence et la mortalité par cancer du poumon chez la femme ne font que croitre depuis plusieurs décennies. D'ici 2015, le cancer du poumon pourrait devenir la première cause de mortalité par cancer des européennes, devant le cancer du sein, selon une étude récente publiée dans les Annals of Oncology[1].

« Cette évolution, conséquence de l'augmentation du tabagisme féminin, est comparable dans la plupart des pays occidentaux », a commenté le Pr Virginie Westeel (Service de Pneumologie, CHRU Hôpital Jean-Minjoz, Besançon, France) lors d'une présentation consacrée aux spécificités des cancers du poumon de la femme au congrès EuroCancer 2013[2].

« Cette évolution croissante est une bonne raison de s'intéresser aux particularités des cancers du poumon chez la femme », a souligné l'oratrice.

Le poids du tabagisme passif


Première différence notable : les facteurs de risque de cancer du poumon varient en fonction du sexe [3] : « Les femmes sont moins souvent des fumeuses actives et plus souvent soumises à un tabagisme passif. » Aussi, à tabagisme égal, le risque de développer un cancer du poumon est supérieur chez la femme. En outre, elles sont moins souvent confrontées à une exposition environnementale professionnelle que leurs homologues masculins.

Une présentation anatomoclinique et biologique spécifique


La présentation anatomoclinique du cancer du poumon diffère, elle aussi, de celle de l'homme par : un âge plus jeune, des symptômes moindres au diagnostic, plus de stades précoces, plus d'adénocarcinomes, une meilleure réponse aux traitements et un meilleur pronostic indépendamment du statut EGFR.

Les caractéristiques biologiques moléculaires des tumeurs chez la femme sont également un peu différentes avec plus de mutations activatrices d'EGFR, de mutations sur le gène de la GSTM, de mutations P53, et de mutations de KRas. Des facteurs de susceptibilité génétiques associés au sexe ont également été rapportés.

Une participation hormonale 


Il existe des arguments épidémiologiques en faveur de facteurs de risques hormonaux du cancer bronchopulmonaire. Une étude de plusieurs registres européens a montré que les femmes qui ont eu un cancer bronchopulmonaire sont plus à risque de développer un cancer du sein ou de l'ovaire [4]. « C'est surtout vrai chez les femmes les plus jeunes, celles qui ont moins de 56 ans, ce qui appuie la thèse d'un risque hormonal », précise l'oratrice.

Concernant le traitement hormonal substitutif (THM), les études sont discordantes. Mais, une méta-analyse de deux essais randomisés semble indiquer que le THM oestroprogestatif est associé à une augmentation du cancer du poumon [5].

« En revanche, il y a actuellement quelques données qui suggèrent que les THM à base d'oestrogènes seuls sont moins à risque que les THM oestroprogestatifs », note le Pr Westeel.

Un rationnel biologique 


Des arguments biologiques corroborent l'hypothèse d'une participation hormonale à l'oncogenèse bronchopulmonaire.

« Nous avons mis en évidence des récepteurs aux oestrogènes dans les cancers bronchopulmonaires comme dans le cancer du sein. Dans le cancer du poumon, il semble que les récepteurs importants sont ceux de type bêta », indique le Pr Westeel.

Des études sur des lignées cellulaires de cancers du poumon ont, de plus, montré que l'introduction d'un anti-œstrogène indiqué dans le cancer du sein, le fluvestran (Faslodex®, AstraZeneca), permet de diminuer la prolifération cellulaire dans le cancer du poumon [6].

Le rôle du récepteur aux oestrogènes (RE) dans la prolifération cellulaire est bien démontré in vitro, mais les résultats contradictoires d'études réalisées in vivo témoignent du caractère encore méconnu de cette voie d'activation.

Associer des traitements hormonaux aux inhibiteurs de TKI EGFR ?


D'autres études sur des lignées cellulaires d'adénocarcinome ont mis en évidence une interaction entre les voies du récepteur aux oestrogènes et celles des récepteurs du facteur épidermique de croissance EGFR, dont la dérégulation est impliquée dans le cancer du poumon.

In vivo, une étude sur 22 patientes ménopausées (dont 3 cas de mutation activatrice de l'EGFR) traitées par un inhibiteur de la tyrosine kinase de l'EGFR, le gefitinib (Iressa®, AstraZeneca) et par du fulvestrant en 1ère, 2ème ou 3ème ligne a rapporté un taux de réponse de 15 % et un taux de survie à 1 an de 41 % [7].

« Ce qui n'est pas négligeable puisque dans cette étude, un tiers des patientes sont en troisième ligne de traitement », souligne l'oratrice.

La survie médiane des patientes dont l'expression tumorale du RE bêta atteignait au moins 60 % était de 65,5 semaines contre 21 semaines chez les autres.

« En parallèle, des études sur des lignées cellulaires [8] suggèrent qu'il existe un effet synergique lorsque l'anti-œstrogène est associé à un l'inhibiteur de la tyrosine kinase de l'EGFR », ajoute Virginie Westeel.

« Il existe chez la femme des particularités biologiques qui commencent juste à être explorées et qui plaident pour une prise en charge différente du cancer du poumon. La voie la plus avancée est celle des traitements hormonaux, en particulier associés aux inhibiteurs de la tyrosine kinase de l'EGFR. De nouveaux travaux sont nécessaires pour tenter d'y voir plus clair », conclut le Pr Westeel.

L'Intergroupe francophone de cancérologie thoracique (IFCT) conduit actuellement une étude, l'étude LADIE, dont l'objectif est d'évaluer l'efficacité de l'association anti-œstrogène et inhibiteur de la tyrosine kinase de l'EGFR dans le traitement des adénocarcinomes chez la femme ménopausée avec EGFR muté ou sauvage.

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....