Pas de risque accru de cancer avec l'insulinothérapie précoce dans l'essai ORIGIN

Aude Lecrubier, Lisa Nainggolan

Auteurs et déclarations

1er juillet 2013

L'essai ORIGIN montre que l'insulinothérapie précoce de patients pré-diabétiques ou diabétiques de type 2 n'augmente pas le risque de cancer. Des résultats qui font débat. 1er juillet 2013

Chicago, Etats-Unis- Une nouvelle analyse de l'essai Outcome Reduction with an Initial Glargine Intervention (ORIGIN) montre que débuter un traitement par insuline basale au stade du pré-diabète ou au début du diabète de type 2 n'augmente pas le risque de cancer.

Ces données ont été présentées au congrès annuel de l'American Diabetes Association 2013 (ADA) par le Dr Louise Bordeleau (McMaster University, Hamilton, Canada) [1].

« Il s'agit d'un vaste essai contrôlé et randomisé chez des patients recevant de l'insuline glargine (Lantus®, Sanofi-Aventis). Il est rassurant que le suivi soit de plus de 5 ans et qu'il n'y ait pas d'augmentation de l'incidence des cancers », a commenté la co-présidente de session le Dr Bessie A Young (VA Pugent Sound Healthcare system, Etats-Unis).

Il y a tout juste 4 ans, 3 registres, publiés dans la revue Diabetologia, avaient montré une élévation du risque de cancer avec l'analogue de l'insuline glargine Lantus® [2, 3 , 4]. Le rationnel physiopathologique étant que l'insuline stimule les facteurs de croissance (IGF1…) et qu'elle pourrait donc initier ou stimuler la croissance tumorale.

Les résultats de l'étude ORIGIN sont rassurants et viennent confirmer ceux de l'étude cas-témoins International Study of Insulin & Cancer (ISICA), présentés lors du congrès annuel de l'EASD en 2012 et qui ont montré une absence d'association entre l'insulinothérapie et la survenue du cancer du sein, notamment avec la glargine [5].

Certains, cependant, font observer que l'étude a des limites et insistent pour que ces résultats ne soient pas pris pour argent comptant.

Un effet neutre sur le risque de cancer


ORIGIN est un essai international réalisé en double aveugle chez 12 537 patients atteints d'une maladie cardiovasculaire ou à haut risque cardiovasculaire présentant des anomalies de la glycémie à jeun, une intolérance au glucose (12% des cas) ou un diabète de type 2 précoce.

Les participants ont été randomisés pour recevoir des injections quotidiennes d'insuline glargine ou un traitement hypoglycémiant classique (aucun ou un seul agent antidiabétique oral). Les doses moyennes d'insuline étaient de 0,31 U/kg à un an et 0,4 U/kg à 6 ans.

Dans le cadre de l'étude, un plan factoriel 2x2 a été utilisé pour déterminer si l'administration séparée d'insuline glargine pour normaliser la glycémie à jeun (glycémie à jeun < 95 mg/dl) et d'acides gras polyinsaturés oméga-3 pouvait réduire la morbidité et (ou) la mortalité cardiovasculaires.

Les premiers résultats publiés ont montré que l'insuline glargine ne modifie pas le risque relatif de maladie cardivasculaire ou de mortalité cardiovasculaire par rapport au traitement standard. Ces résultats devraient bientôt figurer dans la notice européenne du produit [6].

Les résultats concernant l'association entre le traitement par glargine et la survenue de cancers ont été présentés par le Dr Bordeleau à Chicago.

Globalement, l'ensemble des décès et des hospitalisations attribués à un cancer ont été comptabilisés à partir de la randomisation et à chaque consultation. Les cancers ne nécessitant pas d'hospitalisation et tous les autres types d'événements cancéreux ont été répertoriés à partir de janvier 2010.

Sur l'ensemble du suivi, le cancer a touché 953 patients (7,6% de la population totale) pour une incidence d'1,32% par an.

Après ajustement pour les facteurs confondants, aucune augmentation du risque de cancer n'a été observée chez les patients qui ont été traités par l'insuline glargine par rapport à ceux qui ont reçu un traitement classique (R=0,94 ; p=0,52).

« L'exposition quotidienne à l'insuline glargine, pendant 6,2 ans en moyenne, a eu un effet neutre sur la survenue de cancers indépendamment des traitements par metformine ou sulfamides, des taux d'HbA1c et du poids des patients », a précisé l'oratrice.

En outre, aucun sur-risque n'a été mis en évidence pour les différents cancers pris individuellement (poumon, colorectal, sein, prostate, peau et autres). A noter : le nombre de cancers pancréatiques était trop faible pour être évalué.

La messe n'est pas dite!


Interrogé par l'édition internationale de Medscape, le Pr Craig Currie (Cardiff University, Royaume Uni) explique que le problème n'est pas que l'insuline induit le cancer mais qu'elle en accélère la survenue. « J'en suis personnellement convaincu… et il y a pléthore de données qui mettent en évidence qu'il y a des problèmes avec l'insuline en termes de mortalité toute cause, de maladies cardiovasculaires, de cancer et de complications microvasculaires [dans le diabète de type 2] mais aussi que ce traitement est pire que d'autres alternatives. »

Lors de la session question/réponse, le Dr Currie a fait remarquer que « les taux de cancers rapportés sont 3 à 4 fois inférieurs à ce qui est attendu pour cette tranche d'âge. »

En outre, il a demandé au Dr Bordeleau s'ils avaient analysé les résultats en fonction de la dose de glargine et elle a répondu que cela n'était pas le cas car les doses d'insuline étaient « assez faibles » et que cette analyse n'était pas pré-spécifiée. Elle a toutefois indiqué que cela pourrait être fait.

Le Dr Currie a également souligné que les doses d'insuline étaient très faibles parce que les participants étaient au début de leur maladie.

« Je ne peux pas en dire trop mais, des données devraient bientôt être communiquées qui pourraient inquiéter un peu plus les gens. Le vent tourne. Je pense que dans 2 à 3 ans, certainement dans 5, l'utilisation de l'insuline dans le diabète de type 2 sera fortement limitée. L'insuline est encore un sujet tabou », a-t-il ajouté.

Ce sujet a fait l'objet d'une publication dans Medscape.com

L'essai ORIGIN trial a été financé par le laboratoire Sanofi, fabriquant de l'insuline glargine. Le Dr Young et le Dr Currie n'ont pas rapporté de liens d'intérêts avec l'industrie pharmaceutique.

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