Deux fois plus d'embolies pulmonaires avec les pilules 3G

Jacques Cofard

Auteurs et déclarations

28 juin 2013

L'ANSM vient de rendre publique une étude sur les risques d'embolie pulmonaire, d'accidents vasculaires ischémiques, et d'infarctus du myocarde suite à la prise de pilules 3G. 28 juin 2013

Paris, France - C'est une étude attendue depuis janvier dernier [1]. En début d'année, la ministre de la Santé et des Affaires sociales a saisi l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) pour déterminer les risques absolus et relatifs d'embolie pulmonaire, d'accident vasculaire cérébral ischémique, et d'infarctus du myocarde consécutifs à la prise de contraceptifs oraux combinés (COC) de 1re, 2e, 3e générationS.

L'ANSM, pour ce faire, a saisi l'assurance maladie, qui a mis à contribution sa base de données du Système National d’Information Interrégimes de l'Assurance Maladie/SNIIRAM, croisée avec la base du Programme de Médicalisation des Systèmes d’Information/PMSI. L'analyse prend aussi en compte, a précisé l'assurance maladie lors d'une conférence de presse organisée le 26 juin dernier, le type de progestatifs et le dosage d'éthinylestradiol. L'étude a concerné une cohorte de 4 343 692 femmes, entre 15 et 49 ans, résidant en France et ayant pris au moins un contraceptif oral combiné remboursé par l'assurance maladie entre le 1er juillet 2010 et le 31 décembre 2011.

69,2% de ces femmes avaient été exposées à un COC de 1re et 2e génération, 27,2% à un COC de 3e génération, et 3,6% avaient été exposées alternativement à des COC de 1re/2e génération et 3e génération.

Des résultats conformes à ceux des précédentes études

Les résultats ne contredisent pas les données de la littérature générale. Au sujet de l'embolie pulmonaire, les données de cette étude démontrent que les COC3G sont associés à un risque deux fois plus élevé que les COC1G et 2G. Au global, 991 embolies ont été constatées pour 4,3 millions de femmes sous COC pendant 8,2 mois, soit un risque absolu de 33 pour 100 000 personnes-années. En revanche, un dosage de 20 microgrammes d'œstrogène, comparé à un dosage de 30 ou 40 microgrammes, réduit le risque d'embolie pulmonaire de 26%, alors qu'il existe un sur-risque en fonction de l'âge de l'ordre d'un facteur 4, entre le groupe le plus âgé (45-49 ans) et le groupe le plus jeune (15-19 ans).

Infarctus du myocarde et risque ischémique artériel

Si les risques d'embolie pulmonaire sont deux fois plus élevés pour les COC3G que pour les COC2G, il n'existe pas de différence de risque en ce qui concerne l'accident vasculaire cérébral ischémique et l'infarctus du myocarde entre les différentes générations de pilules. A une nuance près : pour l'infarctus du myocarde, les dosages à 20 microgrammes induisent un risque significativement inférieur de 39%, par rapport aux dosages à 30 ou 40 microgrammes. Bien évidemment, à la fois pour l'infarctus du myocarde et pour l'accident vasculaire cérébral ischémique, un sur-risque en fonction de l'âge a été constaté, de l'ordre d'un facteur 22 pour l'AVC, et de 81 pour l'infarctus du myocarde.

L'assurance maladie a également travaillé sur un risque composite qui associe embolie pulmonaire, accident vasculaire cérébral ischémique, et infarctus du myocarde. Le risque absolu est de 58 pour 100 000 habitants. Au total, les pilules 3G sont associées à une augmentation de 50% du risque de survenue d'embolie pulmonaire, d'accident vasculaire cérébral ischémique ou d'infarctus du myocarde.

Autre enseignement : les progestatifs d'ancienne génération combinés à 20 microgrammes d'éthinylestradiol (Leeloo®, Lovalulo®, et Optilova®) sont associés à un moindre risque thromboembolique veineux et artériel.

Evolution logique du marché des pilules

Pendant ce temps, les ventes de COC3G et 4G continuent de dégringoler : sur la période décembre 2012 - mai 2013, les ventes ont baissé de 29% par rapport à la même période un an auparavant, et de 43% sur les deux derniers mois.

Dans le même temps, les ventes de COC1G et 2G augmentent de 34% sur la période décembre 2012-mai 2013. « La vente de COC de 2ème génération avec une teneur en estrogènes de 20 microgrammes d'éthinylestradiol a augmenté de plus de 90 % sur la période », indique l'ANSM. En proportion, la consommation de COC1G et 2G est actuellement de 73%, contre 52% un an plus tôt.

Les autres contraceptifs estroprogestatifs non oraux, comme les anneaux vaginaux, baissent de 11% sur la période, tandis que les autres dispositifs augmentent de 25%, avec un pic remarqué pour les dispositifs intra-utérins au cuivre, qui augmentent de 43%. La vente des contraceptifs d'urgence a, elle aussi, augmenté de 5% sur la même période.

Selon la Drees, le nombre d'IVG est resté stable. D'environ 210 000 chaque année, la Drees n'a pas constaté d'augmentation, ni en décembre 2012 - suite aux annonces de Marisol Touraine - , ni en janvier et février 2013.

Dominique Maraninchi, directeur général de l'ANSM, s'est félicité du plan d'action mis en place par l'ANSM : « Nous avons constaté un changement dans les pratiques des prescripteurs, qui privilégient désormais les COC1G et 2G », a-t-il notamment déclaré. Il a également rappelé que les autorités françaises avaient introduit un dossier auprès des instances européennes, pour une modification de l'AMM des 3G et 4G, afin qu'elles soient prescrites en deuxième intention. Les conclusions de l'Europe sont attendues à l'automne.

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