Encore beaucoup de coronariens sous diclofénac

Aude Lecrubier

21 juin 2013

Madrid, Espagne -Une étude de registre irlandaise, présentée lors de l'édition 2013 du congrès de l'European League Against Rheumatism (EULAR) montre qu'en soins primaires, plus d'un tiers des personnes à risque cardiovasculaire élevé reçoivent un AINS [1]. Dans 56% des cas, l'AINS prescrit est le diclofénac (Voltarène®).

Présence d'une coronaropathie chez 36% des patients sous AINS

L'analyse présentée à l'EULAR a porté sur 10 000 participants ayant consulté le grand centre de soins primaires rattaché à l'hôpital universitaire de Dublin.

Grâce à un logiciel, les auteurs ont pu repérer les patients de plus de 50 ans ; recevant un traitement par AINS, quelle que soit la durée ; ayant un antécédent de maladie cardiaque ischémique documentée  ou un facteur de risque de maladie coronaire (diabète de type 2, hypertension).

Sur une période de deux mois fin 2012, 108 patients ont reçu des AINS. Parmi eux, 36% avaient une maladie cardiaque ischémique ou des facteurs de risque cardiovasculaire. Chez ces patients, la durée moyenne de traitement était de… 265 jours ! 56% recevaient des AINS depuis plus d'un mois et 15% depuis au moins un an. Dans 56% des cas, l'AINS prescrit était le diclofénac.

« Nous trouvons déconcertant que le diclofénac soit prescrit dans 56% des cas. En accord avec ce que l'on sait du risque cardiovasculaire des AINS, il est impératif de prescrire des alternatives moins dangereuses », a commenté le Dr Carl Orr (Département de médecine, Royal College of Surgeons, Dublin, Irlande), auteur de l'étude.

AINS et risque cardiovasculaire: rappel des faits

Le constat est d'autant plus alarmant que l'Agence Européenne du Médicament (EMA) vient de confirmer que le risque cardiovasculaire du diclofénac (commercialisé sous le nom de Voltarene) est identique à celui des coxibs[2].

Rappelons qu'un peu plus tôt cette année, le groupe CNT (Coxib and traditional NSAID Trialists) a publié une étude menée sur plusieurs méta-analyses qui a conclu que les patients qui recevaient du diclofénac à fortes doses avaient un risque de décès vasculaire augmenté de plus de 60% comparés à ceux qui recevaient du naproxène[3]. Ils ont estimé que le risque de décès vasculaire associé au diclofénac était similaire à celui du rofécoxib (Vioxx®, Merck), retiré du marché mondial en raison de sa toxicité cardiovasculaire.

En 2011, une étude publiée dans Circulation a également précisé que même une courte durée de prescription était délétère : prescrire des AINS même moins d'une semaine, à des patients avec des antécédents d'infarctus du myocarde ou d'AVC augmente le risque de mortalité immédiate et de récidive d'IDM de 45% ; les risques étant plus particulièrement importants avec le diclofénac [4].

Le Dr Orr n'a pas de lien d'intérêt à déclarer.

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