L'Agence Mondiale Antidopage assouplit sa position sur le cannabis

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

18 juin 2013

L'Agence Mondiale Antidopage assouplit sa position sur le cannabis

L'Agence Mondiale Antidopage devient plus tolérante sur la consommation de cannabis. Désormais, les athlètes ne seront plus contrôlés positifs à 15 ng/mL mais à 150 ng/mL.
18 juin 2013

Montréal, Canada ; Sao Paulo, Brésil — Le 11 mai 2013, l'Agence Mondiale Antidopage (AMA) a décidé de relever son seuil de tolérance au cannabis de 15 ng/mL à 150 ng/mL.

Une décision prise parce que les « tests coûtent cher et occupent trop de temps aux laboratoires », selon l'agence.

Une manière de dire que le cannabis n'est pas à mettre dans le même panier que les autres agents dopants ?

Le Cannabis : vrai « agent dopant » ?


L'AMA a ajouté le cannabis à sa liste d'agents dopants interdits en 2004. Il est interdit et recherché uniquement en compétition. Pour l'agence, le cannabis peut améliorer les performances dans certains sports et est illégal dans la plupart des pays : deux bonnes raisons de l'interdire.

Si certaines de ses caractéristiques le font ressembler à tout sauf à un agent dopant : baisse des fonctions cognitives et des performances, pertes de mémoire, altération des fonctions exécutives et motrices…le cannabis a d'autres atouts, indiquent Mateus M Bergamaschi et José-Alexandre S. Crippa, dans un article intitulé : « Why should Cannabis be Considered Doping in Sports? » et publié récemment dans la revue Fontiers in Psychiatry[1].

Fumer du cannabis peut « aider, dans certains sports extrêmes, à améliorer le relâchement musculaire, à réduire le stress et à contrer la peur et les souvenirs anxiogènes (expériences négatives). Il est également important de souligner que fumer du cannabis améliore le temps de sommeil et la récupération, ce qui peut contribuer à améliorer la performance lorsque l'athlète doit se rendre à plusieurs compétitions sur une courte période de temps », précisent les auteurs.

Le cannabis peut donc être considéré « comme un agent dopant qui relaxe l'esprit et qui améliore la récupération » [2].

Autre problématique, les effets délétères sur la fonction cognitive et la performance peuvent impacter la prise de décision et la vigilance qui sont indispensables dans des sports à haut risque et peuvent induire des accidents et/ou des blessures.

Enfin, le dopage est contraire à l'éthique sportive et à « l'esprit du sport », souligne l'AMA.

Juste une drogue récréative ?


Il semble peu probable que les athlètes consomment du cannabis régulièrement en raison de ses effets délétères sur les performances, la concentration et la motivation. Yves Cormier et AM Renaud ont montré que les cyclistes qui fumaient du cannabis perdaient une minute sur leur meilleure performance 10 minutes après avoir fumé [3].

Cependant, la longue durée de détectabilité du cannabis pose le problème de la détection d'un usage sporadique dit « récréatif » longtemps avant la compétition.

Le delta-9-tetrahydrocannabinol (THC), le principal composé psychoactif du cannabis, peut être détecté très facilement et très longtemps après la consommation car il est stocké dans les graisses. Ses métabolites actifs sont rediffusés pendant plusieurs jours voir plusieurs semaines.

Le cannabis peut être détecté dans le sang et dans les urines pendant au moins un mois chez les fumeurs chroniques selon Lowe et coll. [4]; et Bergamaschi et coll. [5]]. Et, des études ont montré que fumer occasionnellement ou même une seule fois peut suffire à être testé positif au seuil de 15 ng/mL jusqu'à 5 jours après [6].

Par conséquent, au seuil de détection de 15 ng/mL, fumer du cannabis même des semaines avant une compétition faisait courir un grand risque d'être détecté positif.

Pour éviter les sanctions, certains utilisateurs se sont même tournés vers des cannabis de synthèse dits « Spice ». Ces analogues, qui ont une action plus puissante que le cannabis naturel, sont pourtant mals connus et potentiellement dangereux[7].

Désormais, l'élévation du seuil de 15 ng/mL à 150 ng/mL permettra de ne pas épingler systématiquement les usages « festifs ». Globalement, avec cette nouvelle mesure, seuls 10% des cas testés resteraient positifs, estiment les autorités.

Protéger les sportifs


Reste que le cannabis est une drogue qui peut induire des troubles psychiatriques et somatiques.

Pour protéger au mieux la santé des athlètes et préserver l'éthique du sport, Mateus Bergamaschi et José-Alexandre Crippa insistent pour que les différentes institutions sportives participent à la création de programmes d'éducation des jeunes et des athlètes.

Ils recommandent aussi d'inclure toutes les drogues illicites, leurs composés et leurs analogues dans le programme anti-dopage.

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....