Recommandations européennes sur l'HTA : réactions du Pr Blacher

Vincent Bargoin

17 juin 2013

Milan, Italie - L'European Society for Hypertension et l'European Society of Cardiology viennent de publier de nouvelles recommandations sur la prise en charge de l'HTA[1]. Heartwire a demandé au Pr Jacques Blacher (Hôtel-Dieu, Paris) ses commentaires sur les aspects marquants des nouvelles recommandations.

Heartwire : A de rares exceptions près, les nouvelles recommandations retiennent les valeurs cibles de 140/90 mm Hg. Qu'en pensez-vous ?

Pr Jacques Blacher

Pr Jacques Blacher -
J'applaudi des deux mains : cette décision est scientifiquement fondée. Dans les recommandations de 2007, le seuil de 130/80 mm Hg retenu pour les patients diabétiques ou à très haut risque, reposait sur un niveau de preuve très faible. On est allé plus vite que la musique. Il est légitime de revenir sur ce point.

Les experts de l'ESH/ESC ont reconduit les cinq classes d'antihypertenseurs déjà proposées en 2007, sans établir de hiérarchie entre elles, laissant au médecin traitant le soin de décider. Cette attitude vous paraît-elle justifiée ?

Pr J.B. - Cette position me parait discutable. Je ne dis pas qu'il s'agit d'un mauvais choix. Mais s'agissant de l'équivalence entre IEC et ARA-II notamment, des méta-analyses semblent indiquer que les IEC font un peu mieux.

Il y a aussi la question du coût…

Pr J. B. - Mélanger le médical et le médico-économique n'est jamais une bonne idée.

S'agissant de la dénervation rénale, les recommandations 2013 semblent un peu paradoxales : elles qualifient la technique de « prometteuse », mais insistent sur la nécessité d'études beaucoup plus complètes qu'aujourd'hui, et par ailleurs, limitent à trois le nombre d'antihypertenseurs requis pour caractériser la résistance au traitement.

Pr J. B. - S'agissant de la dénervation rénale, la prudence est la moindre de choses. Il faut même parler d'extrême prudence. On ne se permettrait pas de mettre sur le marché un médicament aussi mal évalué. En l'état actuel des choses, cette technique ne devrait pas être diffusée au plus grand nombre.

Quant à l'effectif de traitements à partir desquels on peut déclarer un patient résistant … Un essai de grande envergure va démarrer en Australie où l'on n'exigera la résistance qu'à une bithérapie. On met la charrue avant les bœufs. De gros intérêts sont en jeu.

Que penser, enfin, de l'insistance des recommandations sur la qualité de la prise en charge ?

Pr J. B. - Elle est parfaitement légitime : il faut faire mieux qu'aujourd'hui. Il y a urgence à développer des stratégies plus efficaces. La télémédecine et les paramédicaux pourraient aider les acteurs de la lutte contre l'HTA.

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