Effets néfastes du fructose : la preuve par l'imagerie cérébrale

Adélaïde Robert-Géraudel

Auteurs et déclarations

11 juin 2013

Effets distincts du glucose et du fructose : la preuve par l'imagerie cérébrale

Le fructose est suspecté de contribuer à l'épidémie d'obésité et cette première étude d'imagerie cérébrale apporte un nouvel élément à charge. Le fructose n'agit pas comme le glucose sur les centres de régulation de l'appétit.
11 juin 2013

New Haven, Etats-Unis - Le fructose a différents chefs d'inculpation. Sa consommation, en hausse depuis les années 70, a été associée à une hausse des triglycérides, à un risque accru de goutte et d'hypertension artérielle mais aussi à un risque accru de prise de poids. Et ce, notamment du fait d'un effet délétère sur l'appétit.

Le fructose agirait de manière assez distincte du glucose. Il ne stimulerait que faiblement la sécrétion d'insuline -or l'insuline augmente la satiété et atténue l'effet de récompense procuré par la nourriture - et atténuerait la libération de GLP-1 - une autre hormone de satiété.

De plus, une étude a montré que l'administration de fructose dans le cerveau de rongeurs leur donne faim tandis que celle de glucose semble les rassasier.

Cerise sur le gâteau, le Dr Kathleen A. Page (Yale University School of Medicine, New Haven) et ses collègues apportent la preuve par l'image, chez l'homme, que, contrairement au glucose, le fructose n'inhibe pas les régions cérébrales impliquées dans la régulation de l'appétit et les processus de motivation et de récompense [1].

L'étude a été menée auprès de 20 adultes en bonne santé. Chacun d'entre eux a suivi deux séances d'imagerie par résonnance magnétique, l'une où il leur était donné une boisson contenant du glucose, l'autre une boisson contenant du fructose.

Seul le glucose a initié une réponse coordonnée du réseau neuronal impliqué dans le comportement alimentaire (appétit, système de récompense, satiété).

Le fructose ne rassasie pas


Le fructose, lui, a bien traversé la barrière hémato-encéphalique, mais sans provoquer les mêmes effets que le glucose. En particulier, il n'a pas diminué l'activité de l'hypothalamus et du striatum. Or cette « désactivation » a lieu lorsque des personnes ayant faim atteignent un état de satiété, rappellent les auteurs.

De fait, les auto-évaluations de la sensation de faim ou de satiété avant et après ingestion sont en accord avec ces enregistrements : les scores de sensation de satiété étaient plus élevés après ingestion de glucose que de fructose.

L'étude confirme par ailleurs que le fructose est associé, comparé au glucose, à une moindre libération d'insuline et de GLP-1 et à une moindre hausse de la glycémie mais à des taux de lactate et de peptide YY plus élevés. Les taux de leptine et de ghréline n'étaient en revanche pas significativement différents.

Enfin, l'étude montre que la hausse d'insuline plasmatique est corrélée à la baisse de flux sanguin au niveau du striatum après ingestion de glucose.

« Cette découverte confirme les études menées chez l'animal montrant que l'insuline agit au niveau central en diminuant l'effet de récompense procuré par la nourriture et suggère que le striatum humain réponde à l'hyperinsulinémie », concluent les auteurs.

Où se cache le fructose ?

Le fructose est un sucre que l'on trouve naturellement dans les fruits et le miel. Mais il est aussi largement utilisé dans les produits manufacturés. Le sirop de fructose ayant un pouvoir sucrant très élevé, l'industrie agroalimentaire s'en sert pour offrir un goût sucré puissant sans augmenter le nombre de calories. Il est fréquemment utilisé sous la forme d'un sirop de glucose-fructose (HFCS pour High Fructose Corn Syrup, sirop de maïs riche en fructose ou encore isoglucose) notamment dans des boissons. Il est également très utilisé dans les glaces et sorbets car il offre une meilleure texture que les autres sucres.

Enfin le fructose se cache… dans le saccharose, à savoir le sucre blanc, extrait de la betterave sucrière ou de la canne à sucre. Le saccharose est, en effet, hydrolysé dans l'estomac en un mélange équimolaire de glucose et de fructose par une enzyme, l'invertase.

Les auteurs de cette étude n'ont rapporté aucun conflit d'intérêt.

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