Douleur chronique post-AVC : facteur de mauvais pronostic présent chez 10% des patients

Aude Lecrubier, Sue Hughes

Auteurs et déclarations

3 juin 2013

Douleur chronique post-AVC : facteur de mauvais pronostic présent chez 10% des patients

Une analyse de l'essai PRoFESS montre qu'après un AVC, même peu sévère, un patient sur dix souffre de douleur chronique ce qui aggrave déclin cognitif et handicap.
3 juin 2013

Hamilton, Canada- Si la douleur chronique est un phénomène connu en post-AVC ischémique, une vaste étude canadienne précise que ce type de douleur ne concerne pas que les patients qui ont subi un AVC ischémique sévère.

« Nous avons constaté que la douleur chronique se développait fréquemment après un AVC ischémique non sévère. Elle concerne [approximativement] un patient sur dix », précisent-ils.

En outre, les chercheurs ont pu observer que la douleur chronique est associée à un déclin cognitif et à une augmentation de la dépendance fonctionnelle [1].

Face à ce constat, les auteurs, le Pr Martin O'Donnell et coll. (McMaster University, Hamilton, Canada) appellent à réaliser des essais pour évaluer diverses stratégies de prévention : « une cible évidente pour les futurs essais cliniques. »

Jusqu'ici les études sur la douleur chronique post-AVC étaient de petite taille, portaient sur des populations de patients non-homogènes et avaient des méthodologies et des définitions de la douleur chronique différentes.

Cette étude de grande taille permet de mieux connaître l'incidence de la douleur chronique en fonction de la sévérité de l'AVC mais aussi de mieux comprendre ses conséquences cliniques.

Les résultats ont été obtenus à partir des données du vaste essai de prévention secondaire des AVC Prevention Regimen for Effectively avoiding Second Stroke (PRoFESS). Ils ont été publiés dans la revue Stroke le 4 avril [1].

10,6 % des patients de ProFESS souffrent de douleur chronique post-AVC


L'essai randomisé PRoFESS a enrôlé 20 332 patients victimes d'un AVC ischémique non-sévère récent. Ils ont été suivis pendant une moyenne de 30 mois. Au cours de l'avant-dernière consultation de suivi, l'ensemble des participants qui rapportaient souffrir de douleur chronique depuis leur AVC alors qu'ils n'en avaient jamais souffert avant ont répondu à un questionnaire sur la douleur chronique.

L'objectif était de déterminer les facteurs de risque de douleur post-AVC, les différents sous-types de douleur et l'association entre la douleur chronique post-AVC, le déclin cognitif et le déclin fonctionnel.

Les facteurs confondants identifiés à l'entrée dans l'étude étaient : la sévérité de l'AVC ; l'ethnie ; les antécédents d'infarctus du myocarde, d'AVC, d'hypertension, de diabète de type 2, d'hypercholestérolémie, de fibrillation auriculaire, d'insuffisance cardiaque chronique, ou de maladie vasculaire périphérique ; la dépression ; le tabagisme ; l'exercice ; la consommation d'alcool ; la façon d'administrer le traitement à évaluer ; et l'indice de masse corporelle.

En tout 15 754 participants ont été inclus dans cette étude et parmi eux 1665 (10,6%) ont rapporté avoir développé des douleurs chroniques suite à leur AVC.

Des douleurs centrales et périphériques


Parmi eux, 431 (2,7%) avaient des douleurs centrales, 238 (1,5%) des douleurs périphériques neuropathiques, 208 (1,3%) des douleurs spasmodiques et 136 (0,9%) des douleurs associées à une luxation de l'épaule. 86 patients ont rapporté souffrir de plus d'un autre type de douleur (0,6%).

Les résultats des analyses multivariées ont montré que les facteurs de risques significativement associés à la douleur post-AVC sont : la sévérité de l'AVC, le sexe féminin, la consommation d'alcool, les antécédents de dépression, la consommation de statine, l'hyperlipidémie, le diabète et les maladies vasculaires périphériques.

Le diabète de type 2 et le tabagisme sont des facteurs prédictifs de douleurs neuropathiques périphériques mais pas de la douleur centrale post-AVC. Les auteurs suggèrent donc que les facteurs de risque sont différents en fonction de la douleur chronique post-AVC.

Douleur chronique post-AVC, déclin cognitif et progression du handicap associés


Le déclin cognitif, défini comme une perte d'au moins 3 points sur l'échelle Mini-Mental State Examination, est survenu chez 8,8% des patients sans douleurs chroniques post-AVC et chez 10,7% des patients qui en souffraient.

En outre, 8,7% des patients qui n'ont pas développé de douleur chronique ont vu leur handicap progresser (perte d'au moins un point du score de l'échelle Modified Rankin Scale) contre 13,7 % des patients qui souffraient.

Risque de déclin cognitif et de progression du handicap en fonction des différents types de douleurs post-AVC


Type de douleur
Risque relatif de déclin cognitif (IC 95%)
Risque relatif de progression du handicap (IC 95%)
Tout type de douleur
1,16 (0,98-1,38)
2,16 (1,82-2,56)
Douleur centrale
1,10 (0,79-1,53)
1,66 (1,17-2,37)
Neuropathie périphérique
1,8 (1,24-2,62)
2,58 (1,77-3,76)
Douleur spasmodique/de l'épaule
1,44 (1,02-2,02)
3,19 (2,19-4,66)


Les chercheurs précisent aussi que les événements vasculaires sévères sont plus fréquents chez les patients qui ont développé une douleur chronique.

L'équipe du Dr O'Donnel note que l'estimation de 10,6% en post-AVC est plus faible que la prévalence rapportée dans les études plus anciennes (8% à 55%). Mais, que dans ces études, les AVC étaient plus sévères. En outre, l'étude actuelle a exclu tous les patients avec des antécédents de douleur chronique, limitant les biais.

Ce sujet a fait l'objet d'une publication dans Medscape.com

L'étude PRoFESS a été financée par Boehringer Ingelheim. Le Dr O'Donnel a reçu une subvention éducative sans restriction de Boehringer Ingelheim et des honoraires de Boehringer Ingelheim et sanofi-aventis. Les liens d'intérêts des co-auteurs de l'étude figurent dans l'article original.

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