Tumeurs rares, traitements ciblés et financements des innovations au coeur de l'ASCO 2013

Alain Perez

Auteurs et déclarations

30 mai 2013

Traitements des tumeurs rares et compliquées et médecine personnalisée au coeur de l'ASCO 2012.

L'accent est mis sur les thérapies ciblées destinées aux tumeurs rares et aux traitements des cancers complexes. Mais la question des coûts et de l'accessibilité reste d'actualité.
30 mai 2013

Chicago, Etats-Unis — Au cours de l'édition 2013 de l'American Society of Clinical Oncology (ASCO) qui se tient à Chicago du 31 mai au 4 juin, plus de 4500 communications scientifiques vont être présentées aux 35 000 oncologues venus dans la Windy City [1]. Si cette année l'accent est mis sur les thérapies ciblées destinées aux tumeurs rares et les traitements des cancers complexes, la médecine personnalisée et les thérapies ciblées continuent de faire l'actualité du congrès, non sans soulever la question du financement de ces innovations, et son corollaire, garantir un accès égal à tous.

La médecine personnalisée continue de progresser


«C'est un congrès destiné avant tout aux cliniciens. Cette année, l'accent sera mis sur les traitements des tumeurs rares et compliquées » indique Agnès Buzyn, la présidente de l'Institut national du Cancer (Inca). Malgré la crise, l'innovation thérapeutique reste très soutenue dans une pathologie devenue la première cause de mortalité dans le monde. Entre 2004 et 2012, 38 nouvelles molécules dont 16 thérapies ciblées ont été mises sur le marché. «La médecine personnalisée continue de progresser et plusieurs études vont confirmer cette tendance. Le vrai problème des thérapies ciblées c'est la naissance des résistances. Il s'agit donc de contourner ces problèmes en potentialisant des traitements existants ou en faisant appel à des associations de médicaments » précise Fabien Calvo, directeur du pôle recherche et innovation de l'Inca.

En fait, la prise en charge des cancers en 2013 pose deux défis majeurs aux responsables de la santé publique. D'abord un défi médical et scientifique : mettre en place les moyens pour dresser la carte d'identité biologique de chaque cancer avant le démarrage de la prise en charge. «Aujourd'hui tous les essais cliniques sont guidés par la biologie» explique Agnès Buzyn.

Le second défi est de nature politique. Comment garantir l'accès aux molécules innovantes pour tous en luttant contre les inégalités sociales et comment financer ces évolutions inéluctables ? Cette «stratification» biologique des patients est déjà très fréquente dans le cancer du sein où une dizaine de mutations majeures justifiant des traitements spécifiques ont été identifiées. Elle commence à se développer dans le poumon. «Une étude internationale à dominante française qui sera présentée à l'Asco confirme l'intérêt du dabrafenib dans les patients atteints d'un cancer du poumon avec un Braf muté. En France cela représente 3% des malades c'est-à-dire 600 patients sur un total de 20 000» assure Fabien Calvo.

Revers de la médaille : financer ces innovations

Problème, cette course aux innovations pèse de plus en plus lourdement sur les comptes des centres de traitement. Récemment, une centaine de cancérologues américains a lancé un véritable cri d'alarme dans une tribune parue dans la revue Blood, en dénonçant le «prix excessif de certains anticancéreux » qui pénalise l'accès aux soins. Selon ces spécialistes, sur les 12 nouveaux anticancéreux homologués récemment par la Food and Drug Administration (FDA), 11 dépassent le seuil des 100 000 dollars par an et par patient. En France, Josy Reiffers, le président d'Unicancer indiquait récemment que plusieurs centres de lutte contre le cancer (CLCC) ne pouvaient plus faire face aux prix des traitements. Soumis à des pressions institutionnelles très fortes, les industriels de la pharmacie vont probablement être contraints de revoir leur copie. Récemment, le laboratoire suisse Roche pionnier et leader de la discipline a annoncé qu'il acceptait de réduire de 30 à 50% le prix de certains de ses anticancéreux ciblés sur le marché indien.


L'inclusion précoce des maladies dans les essais : un enjeu de taille


Dans ce contexte, l'inclusion dans des essais précoces faisant appel à des molécules en développement chez les industriels devient un enjeu majeur pour les malades et les praticiens. «En situation métastatique, la survie dépend uniquement de l'accès aux nouveaux médicaments » résume le Pr Jean-Charles Soria, chef du service des innovations thérapeutiques précoces (Sitep) à l'Institut Gustave Roussy (IGR). En fait, les nouveaux anticancéreux possèdent un taux de réussite largement supérieur à celui rencontré dans toutes les autres pathologies (moins de 5%). Près de 11% des médicaments testés en phase I obtiennent finalement une autorisation de mise sur le marché (AMM) et ce taux atteint 29% pour les essais de phase II. «Ces résultats sont spécifiques à la cancérologie. Ils confirment que les essais de phase II donnent une réelle chance supplémentaire aux patients»  juge Agnès Buzyn. Le bilan d'étape de l'étude Moscato (Molecular Screening for Cancer Treatment Opmization) réalisée par l'IGR qui doit être présenté samedi devrait confirmer l'intérêt clinique des techniques d'analyse à haut débit utilisées pour établir le portrait moléculaire de la tumeur de chaque patient. Une autre étude sur le cancer du sein réalisée sur une cohorte beaucoup plus large (Saphir 01) qui sera présentée lundi prochain semble démontrer l'intérêt et la faisabilité à grande échelle de la médecine personnalisée.

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