La FFR réduit de 20 % le nombre de lésions à ponter

Muriel Gevrey

24 mai 2013

Paris, France — Selon une étude rétrospective belge présentée à EuroPCR 2013, la mesure de la Fraction de Flux de Réserve coronaire (FFR) permet de ponter uniquement les lésions significatives sur le plan hémodynamique (FFR < 0,80) soit près de 20 % de lésions en moins par rapport à une évaluation angiographique classique [1]. Les suites à 36 mois montrent qu'il n'y a pas plus d'évènements cardiovasculaires dans cette stratégie guidée par FFR et que la perméabilité des artères « légitimement » pontées est meilleure que celle des artères hémodynamiquement non significatives à la FFR.

Pr Gérard Finet

Pour le Pr Gérard Finet
(CHU de Lyon) qui modérait la session, « cette étude est très intéressante et nous avons d'ailleurs lancé depuis un mois l'étude FUTUR qui va tester la stratégie guidée par FFR sur des patients ayant au moins deux lésions à revasculariser par angioplastie ou pontage ».

 
Cette étude est très intéressante et nous avons d'ailleurs lancé depuis un mois l'étude FUTUR qui va tester la stratégie guidée par FFR sur des patients ayant au moins deux lésions à revasculariser par angioplastie ou pontage - Pr Gérard Finet (CHU de Lyon)
 

L'étude rétrospective présentée à EuroPCR a comparé l'évolution clinique de patients revascularisés par pontage guidé par FFR ou par angiographie. Le critère primaire regroupait la mortalité toutes causes, les infarctus et les revascularisations du vaisseau cible à 36 mois. Les patients devaient avoir au moins une sténose intermédiaire comprise entre 30 et 70 %. L'étude a exclu les infarctus et les patients devant aussi subir une intervention valvulaire.

Pas de perte de chance

Les patients étaient comparables dans les deux groupes avec quelques nuances : légèrement plus âgés dans le groupe évalué par coronarographie (70 versus 65 ans) avec un peu plus de diabétiques (30 % vs 22 %).

Au départ, 94 % de l'ensemble des patients étaient considérés comme multitronculaires. Mais la stratégie de FFR permet d'être nettement plus conservateur sur le nombre de vaisseaux pontés.

Pour 10 % des cas revascularisés sur une seule coronaire sur décision angiographique, ce sont 20 % des cas évalués par FFR qui ont été pontés sur une coronaire. Le pontage à deux vaisseaux concerne, lui, 51 % des patients évalués par angiographie contre 57 % des patients évalués par FFR. Enfin, les tritronculaires considérés comme tels et pontés sur trois vaisseaux sont 40 % sur des données angiographiques contre 23 % des cas évalués par FFR.

On note également que les cas pontés hors CEC sont 31 % dans le groupe évalué par coronarographie contre 51 % des cas évalués par FFR.

Sur les symptômes, il n'y a pas de différences à 36 mois. « Il n'y a pas plus de symptômes même si moins de vaisseaux sont revascularisés » a indiqué le Dr Gabor Toht (Alost, Belgique), en présentant l'étude. « Il vaut mieux ne pas toucher à une sténose non fonctionnelle car il y a toujours un risque de déclencher une sténose sur une lésion en faisant l'anastomose avec le greffon ».

 
Il n'y a pas plus de symptômes même si moins de vaisseaux sont revascularisés. Il vaut mieux ne pas toucher à une sténose non fonctionnelle car il y a toujours un risque de déclencher une sténose sur une lésion en faisant l'anastomose avec le greffon - Gabor Toht (Alost, Belgique)
 

En analyse post-hoc sur les 234 patients vérifiés par coronarographie, la perméabilité est meilleure pour les vaisseaux pontés sur les bases d'un caractère significatif de la FFR par rapport à ceux non significatifs à la FFR. « Ce résultat est en accord avec les données de Botman[2] qui a montré que la perméabilité des greffons sur des lésions significatives est meilleur que celle des greffons sur des lésions non significatives », a souligné le Dr Toht.

Interrogé par heartwire, le Pr Finet a précisé qu'il s'agit d'un problème de mécanique des fluides, avec une compétition au niveau vasculaire : « si l'on ponte une lésion non fonctionnelle, on pénalise le réseau global et le pontage devient finalement moins perméable qu'un greffon réalisé sur une lésion parlante sur le plan hémodynamique », explique-t-il.

Une incidence économique ?

Le Dr Toht a ajouté qu'il pourrait y avoir des incidences économiques de la stratégie guidée par FFR sur les durées de séjour, mais ce travail ne permet pas de le savoir. « On peut supposer qu'en étant moins invasif, on va réduire la durée de séjour mais il faut poursuivre les investigations de manière prospective » a indiqué le Dr Toht.

 
On peut supposer qu'en étant moins invasif, on va réduire la durée de séjour mais il faut poursuivre les investigations de manière prospective - Dr Toht
 

Dans sa conclusion, le présentateur a noté des limites à son étude : son caractère rétrospectif, l'absence de données de tests non invasifs avant la revascularisation, l'absence de score SYNTAX et de suivi systématique post-pontage par angiographie. Mais cette étude accrédite l'intérêt de la FFR dans les pontages coronaires.

Gabor Toth a indiqué ne pas avoir de liens d'intérêt.

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....