Crise pilules: le gouvernement revoit sa communication sur la contraception

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

16 mai 2013

Crise des pilules : le gouvernement revoit sa communication sur la contraception

Fiches HAS et campagne de communication : les Autorités de Santé délivrent des outils et des messages plus adaptés pour informer les professionnels de santé et les femmes sur la contraception.
16 mai 2013

Paris, France — Va-t-on vers un changement des comportements en matière de contraception ? L'affaire des pilules de 3ème et 4ème génération aura-t-elle cela de positif qu'elle renouvelle et modernise la qualité de l'information des professionnels de santé et des femmes sur le sujet ? Et diversifie le champ des possibles ? Peut-être bien.

A la demande de la ministre Marisol Touraine [1], la Haute Autorité de Santé (HAS) édite une série de 8 fiches didactiques à type fiche mémo sur 8 situations différentes (ado, post-partum..) [2] et l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (INPES) lance une campagne d'information sur la contraception sur les ondes et le web [3]. Avec un message-clé : il existe de nombreuses méthodes, choisissez la plus adaptée, résumé dans le slogan « la contraception qui vous convient existe ».

Rappelons qu'en septembre 2012, l'enquête Inserm/Ined Fecond constatait que les Françaises n'avaient pas changé de modèle de contraception en 10 ans, la pilule restant numéro 1, bien qu'avec avec un léger recul.

« La bonne contraception, pour la bonne personne, au bon moment »


Ce principe simple arrêté par Marisol Touraine constitue la base du travail de la HAS.

« Toutes les méthodes devaient être explorées » avaient préconisé la ministre. Son souhait a été exaucé et le référentiel de bonnes pratiques prend aujourd'hui la forme de huit fiches mémo et constitue un répertoire de tous les moyens contraceptifs en focalisant sur les plus efficaces (moins de 1% d'échecs de contraception).

Objectif : être un outil pour le professionnel de santé afin de mieux aider les femmes/les hommes - qui n'ont pas été oubliés - à trouver la méthode de contraception qui leur convient le mieux à une période donnée de leur vie. L'idée étant « d'apporter une réponse complète mais aussi simple et claire » selon les propos du Pr Jean-Luc Harousseau, qui préside la HAS.

8 fiches HAS pour 8 situations différentes


Au final, ces documents, qui se veulent didactiques, « font un état des lieux des prescriptions possibles, des modalités de prescription, de l'accès mais aussi des freins à l'accès et de l'utilisation de telles ou telles méthodes» a indiqué le Pr Harousseau. Et ce dans 8 situations particulières :

  1. Contraception chez l'adolescente

  2. Contraception : prescriptions et conseils aux femmes

  3. Contraception chez la femme adulte en âge de procréer (hors post-partum et post-IVG)

  4. Contraception chez la femme après une interruption volontaire de grossesse (IVG)

  5. Contraception chez la femme en post-partum

  6. Stérilisation à visée contraceptive chez l'homme et chez la femme

  7. Contraception chez l'homme

  8. Contraception d'urgence

Une nouvelle fiche mémo viendra s'ajouter en juin consacrée aux femmes présentant des risques cardiovasculaires. Par ailleurs, la HAS évalue actuellement l'intérêt du dépistage des troubles de la coagulation avant la prescription d'une méthode de contraception.

Ici, « pas de démarche unique, pas de règle, ni de norme, a précisé le Pr Harousseau. Il s'agit pour le professionnel de santé d'éclairer la décision dans le respect du choix de la personne ».

Autre objectif : réactualiser les connaissances sur la contraception des professionnels de santé, qui, il faut bien le dire, « restent parfois sur des notions anciennes, en sur-estimant les risques liés au DIU, par exemple, et en sous-estimant les risques thrombo-emboliques. Mais aussi, lutter contre les idées fausses que peuvent avoir les femmes du type, le stérilet rend stérile. »

Vers un changement de comportement ?

« Suite aux inquiétudes liées à l'utilisation des pilules de 3ème et 4ème génération, le changement d'habitude a été prompt, s'est félicité le Pr Dominique Maraninchi, pour l'Agence nationale des produits de santé (ANSM). Le report vers les pilules de 1ère et 2ème génération a été rapide et efficace. Peu de femmes ont renoncé à la contraception hormonale au cours du premier trimestre de l'année. En revanche, le report vers les autres moyens contraceptifs a été notable, notamment pour le stérilet. La baisse sur la contraception (hors préservatif) a été modérée. Nous ne disposons pas d'information sur les interruptions volontaires de grossesse, mais il ne semble pas y a eu de recrudescence, de même pour la contraception du lendemain ».

Les chiffres (par rapport à la même période l'année dernière) :

- 1,9 % des ventes globales de contraceptifs (hors préservatifs) entre décembre 2012 et mars 2013 ;

- 37 % de ventes de contraceptifs oraux combinés (COC) de 3ème et 4ème génération en mars 2013 ;

+ 22 % de vente de COC de 1ère et 2ème génération en mars 2013

- 11 % de ventes d'estroprogestatifs non oraux (dispositifs transdermiques et anneaux vaginaux) en mars 2013 ;

+ 28 % de ventes d'autres dispositifs contraceptifs (implants, dispositifs intra-utérins)


Campagne d'information grand public de l'Inpes jusqu'au 9 juin


Implant, patch, anneau vaginal…si les méthodes contraceptives se sont beaucoup diversifiées ces dernières années, on ne peut en dire autant du discours, ni des habitudes.

« Malgré la diversité des méthodes, le schéma contraceptif reste le même : on entre dans la sexualité avec le préservatif, la pilule prend le relais lorsque la relation s'installe, un stérilet est proposé quand le nombre d'enfant(s) désiré est atteint, confirme Thanh Le Long, directrice de l'INPES. Pourtant, l'entrée dans la sexualité, un changement de mode de vie, des contre-indications médicales, l'arrivée d'un enfant, après une IVG ou encore la reprise du tabac…sont autant de moments de la vie à l'occasion desquels la contraception peut être interrogée. »

D'où la campagne d'information grand public que lance l'INPES dès le 18 mai sur les ondes nationales et le web. Intitulée « la contraception qui vous convient existe », elle promeut la diversité des moyens contraceptif (12 au total) et encourage chaque personne concernée - en priorité les femmes entre 15 à 30 ans - mais aussi les hommes (préservatifs, stérilisation définitive sont abordés) à choisir la contraception la plus adaptée à son mode de vie, ses antécédents médicaux et ses besoins.

Quatre spots (sous forme de témoignages du quotidien de femmes et d'hommes) de 35 secondes pour la métropole et deux spots de 35 secondes pour les DOM seront diffusés du 18 mai au 9 juin sur les principales radios féminines et généralistes.

A destination des professionnels de santé, l'INPES diffuse dans la presse professionnelle un publi-rédactionnel « la contraception : comment mieux la personnaliser ? » et édite une brochure « Choisir sa contraception ».

Le site www.choisirsacontraception.fr reste, par ailleurs, une référence pour tous les internautes désirant s'informer.

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