POINT DE VUE

Les Français et les pesticides : que penser de l'étude ?

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

7 mai 2013

Les Français et les pesticides : réaction du le Dr Spiroux de Vendômois

Une étude de l'InVS montre que les français sont plus imprégnés de pesticides et de PCB que la plupart des habitants des autres pays industrialisés. Réaction du Dr Spiroux de Vendômois.
7 mai 2013

Saint Maurice, France -- La publication par l'Institut de Veille Sanitaire (InVS) du second tome du rapport « Exposition de la population française aux substances chimiques de l'environnement» montre que les taux d'imprégnation des français à certains pesticides et PCB sont parmi les plus élevés des pays industrialisés.

Medscape France a recueilli la réaction du Dr Joël Spiroux de Vendômois (médecin généraliste et de l'environnement, co-auteur de l'étude sur le maïs transgénique NK603, Pôle Risques, Qualité et Environnement Durable - MRSH-CNRS Université de Caen, Président du Committee for Research and Independent Information on Genetic Engineering/le comité de recherche indépendant/CRIIGEN).


Medscape : Que pensez-vous des résultats de l'étude ?

Dr. J.-M. Spiroux de Vendômois—En préambule, je dirais que cette étude a le mérite d'exister. En revanche, ces données sont partielles et encore insuffisantes. Concernant les résultats, ils ne me surprennent pas du tout. D'autres études ont montré la forte imprégnation par les pesticides dans différentes populations.

Globalement, il semble que les concentrations de pesticides et de PCB-NDL aient baissé même si elles sont encore fortes. Est-ce un bon début ?

Que les doses diminuent, c'est bien, mais les différents types de pesticides qui ont été analysés sont des perturbateurs endocriniens pour lesquels la problématique des quantités n'est pas pertinente. Avec les perturbateurs endocriniens, des faibles doses peuvent parfois être plus toxiques que des fortes doses. On ne peut donc pas se satisfaire d'avoir une diminution des doses.

Voyez-vous d'autres limites à ce travail ?

Oui. La toxicologie actuelle ne dose que ce qui est dans le sang circulant, dans les urines, dans les cheveux ou dans les selles. Or, la majeure partie de ces produits sont lipophiles donc se stockent dans les graisses. Par conséquent, il y a une bioaccumulation dans le corps et il y a un risque de relargage dans l'organisme. Quelques publications ont montré, par exemple, que faire maigrir les patients obèses ou en surpoids trop vite entraine ce type de relargage. Ce relargage pourrait aussi avoir lieu lors de stress, de stress cellulaire mais, pour l'instant, nous n'en savons rien.

Aussi, il ne faut pas oublier que la partie la plus grasse de notre corps est le cerveau ; ces produits y sont donc stockés. Il n'est peut-être pas étonnant que depuis 50 ans nous voyons une augmentation des maladies neurodégénératives…Il faudrait faire des travaux pour étudier la question en analysant, par exemple, les produits présents dans le cerveau de patients Alzheimer décédés.

Enfin, dans cette étude, les chercheurs n'ont étudié que les PCB qui ne sont pas dioxine-like. Il faudrait analyser les dioxines et beaucoup d'autres toxiques …

Est-il réaliste de penser pouvoir un jour changer la donne ?

Il est possible de mettre des ceintures de sécurité, des ABS sur l'utilisation de tous ces produits. Avant tout, il faut réaliser que 30 millions de tonnes de xénobiotiques étaient déversés sur la planète en 1930, contre 420 millions de tonnes en 2010, selon l'OMS. Désormais, des mélanges de produits chimiques entraînent des kyrielles de pathologies différentes en fonction de I'organisme dans lequel ils se situent.

Il est possible de développer tout un nouveau pan de la toxicologie pour mieux évaluer l'impact de ces produits chimiques. D'une part, il faut prendre en compte l'impact des petites quantités. D'autre part, il ne faut plus rechercher et étudier uniquement les molécules actives des produits mais les formulations commercialisées dans leur globalité, c'est à dire le mélange de l'agent actif avec ses adjuvants. Il en va ainsi pour les pesticides mais aussi pour toute la chimie mondiale (produits qui contiennent du formaldéhyde, dioxines etc.). L'augmentation des cancers, des allergies, des malformations néonatales est le coût à payer de tous les bénéfices que font les grands groupes de la chimie mondiale. D'ailleurs, ce sont les mêmes qui ont les groupes de pharmacie. Enfin, il faut aussi être vigilant sur les produits de remplacement…

Rappel des résultats de l'étude


Estimés à partir d'un échantillon d'environ 400 personnes âgées de 18 à 74 ans représentatives de la population française en 2006-2007, les résultats de ce volet « environnement » de l'étude nationale nutrition santé (ENNS) portent sur l'exposition de la population française aux PCB-NDL et à trois familles de pesticides : organochlorés, organophosphorés et pyréthrinoïdes, dosés dans le sang ou l'urine. Il s'agit de la première étude d'imprégnation de la population adulte par plusieurs substances chimiques en France.

Si la concentration de PCB a fortement baissé en 20 ans, « environ 13% des femmes en âge de procréer (18-45 ans) et moins de 1% des adultes ont une concentration de PCB totaux supérieure aux seuils critiques définis par l'Anses (700 ng/g de lipides pour les femmes en âge de procréer et 1800 ng/g de lipides pour les autres adultes) », note l'institut.

Concernant les pesticides, les niveaux français des pesticides organophosphorés (chlorophénols, DDT…) et pyréthrinoïdes (fruits, légumes, anti-puces) sont parmi les plus élevés en référence à des pays comparables.

Globalement, les concentrations urinaires de métabolites (produits de dégradation) des pesticides organophosphorés sont inférieures à celles de la population allemande (en 1998) et similaires à celles de la population israélienne mais supérieures à celles des Américains ou des Canadiens.


Quelle toxicité ?

Les pesticides mesurés appartiennent à la famille des organochlorés, dont la plupart sont interdits aujourd'hui mais persistants dans l'environnement et dans l'organisme humain (ex. : DDT, lindane), ainsi que des organophosphorés et des pyréthrinoïdes, encore utilisés aujourd'hui majoritairement pour leur propriétés insecticides.

En termes d'effets sanitaires, les pesticides organochlorés sont considérés comme potentiellement cancérigènes et susceptibles d'engendrer des perturbations endocriniennes. Globalement, les pesticides organochlorés ont été principalement associés à des effets cutanés, neurologiques, endocriniens, hépatiques, rénaux, immunitaires, pulmonaires, et à une foetotoxicité / tératogenicité (mortalité, troubles immunitaires chez le nouveau-né, malformations).

L'exposition chronique aux pesticides organophosphorés entraîne des troubles de la reproduction chez l'animal (toxicité testiculaire, malformations squelettiques), des anomalies du développement de l'enfant, et une cancérogénicité (dichlorvos).

La toxicité des PCB non dioxine-like est essentiellement liée à leur accumulation dans l'organisme au cours du temps. Des expositions chroniques pendant la grossesse et l'allaitement sont associées à des effets neuro-comportementaux (diminution du quotient intellectuel, des capacités mnésiques et d'apprentissage, des fonctions neuromusculaires, des capacités visuelles), des effets sur le système immunitaire et troubles de l'audition. Chez l'adulte, l'exposition chronique peut induire des perturbations métaboliques (métabolisme du glucose notamment), des effets sur le système endocrinien (en particulier sur la thyroïde). Il s'agit de cancérigènes probables chez l'homme (groupe 2A du Circ).


Le Dr Spiroux de Vendômois n'a pas déclaré de liens d'intérêts en rapport avec le sujet.

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