Allergie respiratoire : l'éviction partielle des allergènes est décevante

Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

2 mai 2013

Allergie respiratoire : l'éviction partielle des allergènes est décevante

En prévention secondaire des allergies respiratoires, seule l'éviction totale des allergènes est vraiment utile. L'éviction partielle pourrait néanmoins intéresser des populations ciblées.
2 mai 2013

Paris, France - Les mesures d'éviction globales des allergènes, lourdes et coûteuses, ont fait leur preuve en prévention secondaire des allergies respiratoires, en particulier avec le recours d'un conseiller médical en environnement intérieur. Ce n'est pas le cas des mesures de réduction partielle des allergènes aériens, objet d'une industrie florissante pour lesquelles «  il est nécessaire de définir des populations cibles, qui répondront mieux à cette stratégie », a affirmé le Dr Fréderic de Blay du service de pneumologie du CHRU de Strasbourg, lors d'une intervention [1] au Congrès francophone d'allergologie (CFA).

Une méta-analyse des études sur l'éviction partielle


Les programmes de contrôle intensif de l'environnement des lieux de vie des patients atteints d'allergies respiratoires, et précisément de la chambre à coucher, ont fait l'objet de nombreuses études pour évaluer leur capacité à réduire les symptômes. L'éviction consiste notamment en une diminution de l'humidité des pièces, un dépoussiérage et une utilisation de housses anti-acariens pour le linge.

L'éviction partielle s'avère peu efficace comme a pu le démontrer une méta-analyse [2], qui a rassemblé 49 études ayant porté sur un total de 2700 patients, a rappelé le Dr de Blay. Toutes les études ciblaient un allergène. Malgré une réduction significative de l'exposition allergénique dans près d'un tiers des études ayant exploré ce facteur, elle a conclu à une absence de résultat significatif des méthodes d'éviction.

Une autre étude [3] a évalué une éviction partielle auprès d'un millier d'adultes, comprenant une utilisation de linge anti-acarien. A 12 mois, la réduction de la concentration des allergènes ne s'est finalement pas avérée significative, contrairement à ce qui était observé à six mois, d'où « une inefficacité sur l'amélioration clinique des patients ».

Des visites aux urgences beaucoup moins fréquentes avec l'éviction globale


« Le recours à un conseiller médical en environnement intérieur (CEMI) pour atteindre une éviction globale a pu améliorer les résultats », a expliqué l'allergologue. Le CEMI agit généralement après un bilan allergologique. Il se rend au domicile du patient, enquête, réalise des prélèvements et donne des conseils pour la mise en œuvre de mesures d'éviction de l'allergène.

L'efficacité d'une éviction globale a pu être observée lors d'une récente méta-analyse américaine [4] référençant une vingtaine d'études menées auprès d'enfants et adolescents asthmatiques, pour lesquelles des CEMI ont été impliqués. « Des réductions moyennes de 21 jours avec symptômes et de 12 jours de classe manqués pour asthme par an ont été rapportés. Le nombre de visites aux urgences a également baissé de 80% », a indiqué le Dr de Blay.

Des résultats significatifs ont également été rapportés pour un protocole incluant une désensibilisation et une éviction [5]. L'étude a inclus 120 patients. « Après l'éviction, 32 d'entre eux n'ont finalement pas pu être randomisés pour une désensibilisation, en raison d'un effet clinique satisfaisant », a précisé le médecin. Malgré ces résultats, « la désensibilisation n'inclue plus l'éviction », rappelle-t-il.

Une éviction partielle adaptée au phénotype de l'asthme


Désormais, pour améliorer l'efficacité de l'éviction, il faudrait, selon lui, être capable d'identifier des populations cibles et de « déterminer le phénotype qui répondrait le mieux » à cette stratégie, en tenant compte également de l'environnement du patient.

Pour l'adulte, il semble par exemple « moins logique de proposer l'éviction des allergènes pour des phénotypes associés à un asthme éosinophilique d'apparition tardive, un asthme relié à l'obésité ou un asthme neutrophilique », estime-t-il.

D'autre part, « les enfants et les adultes, pour lesquels le rôle des allergènes dans l'apparition des symptômes serait démontré, représenteraient des patients de choix pour la mise en place d'un programme d'éviction efficace », ajoute l'allergologue.

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