Allergies respiratoires chez l'enfant : effet protecteur de la vie à la ferme

Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

25 avril 2013

Allergies respiratoires chez l'enfant : l'effet protecteur de la vie à la ferme

De nombreuses études montrent que grandir en milieu rural, voire fermier, protége contre le développement de l'asthme et des maladies allergiques chez l'enfant.
25 avril 2013

Paris, France - Selon plusieurs études, le milieu rural présente des facteurs protecteurs contre le développement de maladies allergiques respiratoires chez l'enfant, d'autant plus efficaces que le contact est étroit et que l'exposition a lieu dès le plus jeune âge et pendant la grossesse, a rappelé le Dr Ericka Von Mutius, responsable du département asthme et allergie de l'hôpital pédiatrique de l'université de Munich (Allemagne), lors d'une présentation [1] au 8e congrès francophone d'allergologie (CFA).

Les études sur les facteurs de protection de l'enfant contre l'asthme et les allergies en milieu rural ont débuté à la suite des observations d'un médecin suisse, qui a remarqué que les enfants du village, où il réside, ne présentent pas de rhume des foins, alors qu'ils vivent en contact direct avec les allergènes, a indiqué, en guise d'introduction, le Dr Von Mutius.

Selon elle, « sur les 28 études menées pour évaluer un effet de l'environnement fermier sur l'asthme de l'enfant, 20 ont montré un effet significatif favorable sur le développement de sifflements. Pour le rhume des foins, une protection a été rapportée dans 15 études sur 19. En ce qui concerne l'eczéma, l'effet est moins évident ».


L'une des plus larges menées sur le sujet est l'étude GABRIEL, dont les résultats ont été publiés en 2012 dans le Journal of Allergy and Clinical Immunology (JACI)[2]. Près de 80 000 enfants vivant dans des villages en Suisse, en Allemagne et en Autriche, ont été inclus. Trois groupes ont été constitués. Ils distinguaient les enfants résidant dans des fermes, ceux en contact régulier avec ces fermes, et ceux vivant dans le voisinage, qui composaient le groupe témoin.

L'évaluation, comprenant des questionnaires et des dosages d'immunoglobulines, a confirmé une prévalence plus faible pour l'asthme, le rhume des foins et la sensibilisation atopique, chez les enfants en contact avec les fermes, par rapport au groupe témoin. La prévalence de l'asthme et du rhume des foins était ainsi respectivement de 6,4% et 14,1% pour les enfants de fermiers, contre 18,2% et 22,2%, pour les enfants du voisinage.

« Deux facteurs protecteurs ont été identifiés : le contact régulier avec l'étable, disposant d'une litière composée de paille et de foin, et la consommation de lait cru », a souligné le Dr Von Mutius, qui a participé à l'étude. « Ces deux facteurs sont associés à une protection, plus significative contre l'asthme allergique, que contre l'atopie », pour laquelle l'effet protecteur est plus difficile à définir.

L'effet protecteur de la consommation de lait cru a été montré dans plusieurs études, a rappelé la spécialiste. L'étude GABRIEL a pu préciser que cet effet était surtout apporté par le lait cru non bouilli, qui est « associé une baisse du risque de développer un asthme de 40% » et une protection également significative contre le rhume des foins.

Après analyse d'échantillons de lait, chauffés ou non, il s'est avéré que, ni les populations bactériennes, ni le taux de protéines, de matières grasses, ou de lactose n'étaient associées à cet effet protecteur. « En revanche, il y avait une association assez significative avec les peptides du petit lait, comme la bêta-lactoglobuline ou l'alpha-lactalbumine », des protéines sensibles au chauffage.

« Il est encore difficile de savoir si c'est un marqueur du petit lait, particulièrement sensible à une élévation de la température, ou un ensemble de ces peptides, qui serait la cause de l'effet protecteur », a précisé le Dr Von Mutius, qui espère une évaluation de l'effet d'échantillons contenant diverses fractions du petit lait.


L'effet protecteur du milieu rural sur l'enfant existe même avant la naissance, puisque l'enfant né d'une mère ayant vécu sa grossesse dans ce type d'environnement aura moins de risque de développer des maladies allergiques. C'est ce qu'a démontré une autre étude, à laquelle a participé le Dr Von Mutius menée auprès de femmes enceintes, sur 800 sites ruraux.

Selon les résultats, « plus la diversité des animaux avec lesquels la mère est en contact est grande, plus l'effet protecteur sera important sur l'enfant ». La baisse des incidences des maladies allergiques est surtout observée pour les dermatites atopiques, sans que ne puissent être identifiées les causes.

Une distinction entre les deux groupes a également été observée en ce qui concerne les résultats de l'analyse du sang de cordon ombilical des nouveau-nés, celui-ci présentant « une réponse immunitaire différente ». Si la mère est exposée aux allergènes, « le nouveau-né produit en effet plus d'interféron-gamma et de TNF-alpha » et davantage de cellules régulatrices T.

Sans que les mécanismes ne soient expliqués, « les expositions maternelles des fermes ont une influence sur le système immunitaire in utéro », souligne le Dr Von Mutius. « Pour ce qui est des effets protecteurs contre les maladies affectant les voies aériennes supérieures, il semble qu'il y ait besoin d'une exposition post-natale ingérée ou inhalée ».

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....