Le Plan Canicule 2013 a-t-il zappé les médecins de ville ?

Jacques Cofard

Auteurs et déclarations

23 avril 2013

Le Plan Canicule 2013 a-t-il zappé les médecins de ville ?

Le syndicat d'urgentistes SUDF dénonce l'absence de prise en compte de la permanence des soins ambulatoires et l'absence de réorganisation des urgences dans le Plan Canicule 2013.
23 avril 2013

Paris, France - Le Plan Canicule 2013 est officiellement lancé, via une instruction interministérielle du 10 avril dernier [1], dix ans après l'été qui avait vu les grosses chaleurs emporter quelque 15000 personnes. A peine publié, ce nouveau plan Canicule suscite déjà les critiques de certains professionnels de santé, Samu Urgences de France (SUDF).

Plan Canicule 2013

Le plan Canicule 2013 débute le 1er juin et se termine le 31 août. Il comprend quatre axes.

  • Axe 1 : la prévention. Des mesures spécifiques doivent être mises en oeuvre pour les populations isolées et à risque, pour les personnes en situation de précarité, pour les jeunes enfants et pour les travailleurs. Dans les établissements médicosociaux, des plans bleus devront être programmés et dans les établissements sanitaires, la permanence des soins devra être assurée ;

  • Axe 2 : protéger les populations par la mise en place de mesures de gestion adaptées aux niveaux de vigilance météorologique. Quatre niveaux de veille météorologiques ont été identifiés : vigilances verte, jaune, orange et rouge ;

  • Axe 3 : informer et communiquer ;

  • Axe 4 : capitaliser les expériences.


«En cas d'urgence, appeler le 15 »


Avec d'infinies précautions, le patron de ce syndicat, Marc Giroud, reconnait la constance de l'action des autorités dans ce domaine, l'attention portée à la permanence des soins en médecine ambulatoire et l'intention de réaliser une programmation anticipée et coordonnée au niveau régional. Mais relève de « grosses lacunes » dans le dernier plan Canicule.

Ainsi, pour SUDF, le Plan ne prend aucun compte « de la coordination des fermetures des cabinets médicaux pendant la période estivale ». SUDF rappelle que, lors des périodes estivales, « de nombreux médecins libéraux partent en congés, laissant pour seule consigne à leur clientèle d'appeler le 15 en cas d'urgence ». Samu Urgences de France n'en reste pas là. Il note qu'une enquête sera diligentée par les Agences régionales de santé (ARS) sur les EHPAD mais les résultats de ces études - qui seront connus trop tard - ne permettront pas de s'assurer de la continuité médicale et soignante. Idem au sujet de l'enquête conduite par les mêmes ARS sur les prévisions de fermeture de lits dans les établissements de santé : « Ce n'est en rien la garantie d'une bonne organisation », plaide SDUF. Et de rappeler : « L'insuffisance de la gestion des lits hospitaliers est la principale faiblesse de l'organisation des urgences en France ».

Des critiques injustifiées ?


SUDF noircit-il trop le tableau ? Pourtant, dans le plan Canicule, des mesures ont été prises pour s'assurer de la bonne coordination des soins ambulatoires. Les ARS devront en effet s'assurer de l'organisation des soins ambulatoires, en coordination avec le Comité départemental de l'aide médicale urgente et de la permanence des soins (CODAMUPS), avec l'aide des conseils départementaux de l'ordre des médecins. Objectif : s'assurer en période de canicule que la demande est en adéquation avec l'offre de soins, « en prenant en compte les congés des médecins libéraux et la fermeture de cabinets médicaux ». Ce que n'a pas relevé SUDF.

Au sujet des EHPAD, des mesures spécifiques sont actées dans le plan Canicule. Un plan bleu a été instauré dans ce type de structures, « fixant pour chaque institution publique, privée, associative ou commerciale, le mode d'organisation général pour répondre à une situation de crise. Ce plan détaille les modalités d'organisation à mettre en œuvre en cas de crise sanitaire ou météorologique, en application du décret n° 2005-76 8 du 7 juillet 2005 ».

SUDF s'inquiète surtout du transfert des données de santé d'un patient, vers un hôpital, en cas d'urgences médicales. Là aussi, SUDF agite le chiffon rouge de manière inopinée. La direction générale de la cohésion sociale (DGCS) a élaboré en 2008 un dossier de liaisons d'urgence (DLU) « pour les EHPAD ne disposant pas de dossiers médicaux accessibles 24 heures/24 à un médecin intervenant en urgence ». Ce document synthétique sur la prise en charge médicale et paramédicale de chaque résident est à mettre en place obligatoirement, et doit être mis à jour par le médecin coordonateur.

Les urgences pourront-elles faire face ?


Mais Marc Giroud a raison de s'inquiéter de l'engorgement probable des urgences en cas de canicule. Car dans le domaine de la réorganisation des services d'urgences, rien n'a été fait depuis la dernière Canicule de 2012. Alors qu'en août dernier, dans le centre de régulation médicale du Samu 75, Marisol Touraine déplorait la désorganisation des urgences et promettait un vaste plan de réformes, les choses n'ont pas ou peu avancé. La ministre a confié il y a un mois une mission au Pr Pierre Carli, président du Conseil national de l'urgence hospitalière (CNUH), sur la réorganisation des urgences. Ce dernier formulera une série de propositions en octobre, soit bien après un possible épisode caniculaire.

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