Télémédecine : l'Ile-de-France élargit l'expérimentation après les EHPAD et la néonatologie

Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

10 avril 2013

Télémédecine : l'ARS d'Ile-de-France élargit l'expérimentation après les EHPAD et la néonatologie

Lancé en 2012 en EHPAD et en néonatologie par l'ARS d'Ile-de-France, de nouvelles prises en charge en télémédecine sont annoncées en 2013, visant d'autres populations fragilisées.
10 avril 2013

Paris, France — Dans le cadre de son programme régional de télémédecine (PRT), l'Agence régionale de santé (ARS) d'Ile-de-France a annoncé, pour juin 2013, un second appel à projets consacré au handicap, avec une enveloppe de 2,5 millions d'euros. Lancé en 2012, le premier appel à projets a permis le financement de 14 projets de télémédecine en Ile-de-France, dans des thématiques variées, comme la prise en charge des accidents vasculaires cérébraux (AVC), l'expertise dermatologique de détenus, le dépistage de la rétinopathie des prématurés ou les consultations spécialisées en établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad).

Après avoir été sélectionnés en avril 2012, les premiers projets soutenus par l'ARS Ile-de-France ont été initiés en janvier dernier. « Les efforts vont continuer », a assuré, lors d'un point presse à Paris [1], Laurent Tréluyer, responsable du pôle systèmes d'information de l'agence. En plus de l'appel à projets sur le handicap, qui vise à améliorer l'accès aux soins des personnes polyhandicapées et des autistes dans les centres spécialisés,  un troisième « sera probablement lancé pour une application de la télémédecine dans la prise en charge des maladies chroniques ».

Parmi les systèmes informatiques partagés mis en œuvre, quatre sont actuellement représentatifs, selon l'ARS, du rôle de la télémédecine dans le maintien de la continuité des soins, car ils concernent « des populations fragiles, peu mobiles et difficilement transportables », ce qui leur vaut d'être « particulièrement soutenus ».

L'un est au service des grands prématurés pour le dépistage de la rétinopathie, les trois autres visent à améliorer la prise en charge des personnes âgées en Ehpad, en limitant notamment le recours aux urgences.

Le dépistage DITE-ROP pour éviter le transfert des prématurés


Baptisé DITE-ROP, le dépistage par télé-expertise de la rétinopathie des prématurés en Ile-de-France a été mis en place au centre périnatal de médecine néonatale du centre hospitalier sud francilien de Corbeil (CHSF), qui accueille les grossesses à haut risque.

« Les difficultés rencontrées par le service de médecine néonatale du CHSF pour recruter un ophtalmologiste expert ont conduit à envisager le dépistage par télé-expertise » et éviter ainsi des transferts coûteux et traumatisants pour le nouveau-né, a indiqué le Dr Michèle Granier, chef du service de néonatologie du CHSF.

La rétinopathie du prématuré est une anomalie de la vascularisation de la rétine, due à l'immaturité et à l'arrêt du développement des vaisseaux de la rétine chez le prématuré. C'est une complication responsable de 6 à 20% des cas de cécité chez l'enfant, par décollement de la rétine. Le dépistage est recommandé pour tout enfant né avant 32 semaines d'aménorrhée. Il permet d'obtenir une guérison dans 90% des cas, sans séquelle, en déterminant le moment adéquat pour un traitement au laser.

Le financement de l'ARS a permis au centre périnatal de s'équiper d'une caméra Retcam, permettant de photographier le fond de l'œil. « Les clichés sont pris dans la couveuse puis transférés par informatique, de façon sécurisée, à la fondation Rothschild », basée à Paris, dont le service d'ophtalmopédiatrie est spécialisé dans la prise en charge de la rétinopathie des prématurés, explique le Dr Granier. Le résultat de l'analyse est donné dans les 72 heures. Si la décision de traiter est prise, la Fondation organise le transfert entre le centre et son service.

« Le dispositif, s'il reste expérimental, est extrêmement prometteur, affirme le Dr Granier. Une extension aux autres unités néonatales du réseau périnatal Ile-de-France, ne disposant pas d'ophtalmologistes formés à ce dépistage, est à espérer. A terme, il pourrait s'étendre à toutes les unités de néonatologie d'Ile-de-France, afin d'assurer à l'ensemble des prématurés les mêmes chances de dépistage et de traitement ».

650 Ehpad pourraient être équipés d'ici 2017


Dans le cas des Ehpad, les trois projets en cours de déploiement mettent en relation cinq centres hospitaliers et une cinquantaine d'établissements d'Ile-de-France, pour un soutien financier de 3,2 millions d'euros sur deux ans. « Il s'agit notamment de diminuer les transports inappropriés aux urgences, aux effets délétères sur le patient âgés, et améliorer l'accès aux consultations spécialisées, en offrant une consultation et une expertise » par télémédecine, explique Marc Bourquin, directeur du pôle médico-social de l'ARS.

Le projet Télégéria implique l'hôpital européen Georges Pompidou (AP-HP, Paris) et le centre hospitalier de Gonesse (Val d'Oise), reliés à 30 Ehpad répartis à Paris et dans le Val d'Oise. Egalement associé à une activité de télésurveillance pour la permanence des soins, le projet TMG 91 assure une coordination des soins entre l'hôpital privé des Magnolias (Balainvilliers, Essone) et cinq Ehpad de l'Essone. Quant au projet e-Vline, il offre un accès une expertise en cardiologie et psychiatrie, grâce à une interconnexion entre le groupe Olea-clinea et 17 Ehpad.

« Avec un effectif de 120 000 personnes âgées dépendantes recensées en Ile-de-France, en hausse de 3 000 personnes chaque année, ces dispositifs tentent de répondre à une augmentation des besoins, d'autant plus perceptible que le nombre de médecins spécialistes tend à diminuer », souligne Marc Bourquin. « Ils permettent de réduire les dysfonctionnements dans le parcours de soins et assurent également des économies, une journée d'hospitalisation coutant 800 euros à l'assurance maladie, contre 30 euros pour une journée en Ehpad », ajoute-t-il.

Si l'évaluation médico-économique est satisfaisante, « le dispositif pourra être généralisé aux 650 Ehpad de la région à l'horizon 2017 ». Une évaluation est notamment envisagée en comparant les dispositifs s'appuyant sur la télémédecine à une organisation des soins impliquant la présence d'une infirmière de nuit en Ehpad, une permanence associée à « une baisse des 25% des hospitalisations », précise Marc Bourquin.

La pérennité des projets dépendra en effet du résultat de l'évaluation médico-économique menée par l'ARS. Elle portera sur l'impact de la télémédecine sur le fonctionnement des équipes médicales et paramédicales, les coûts de mise en place et de fonctionnement, ainsi que sur la qualité des soins, la satisfaction des patients et l'amélioration des paramètres médicaux.

26 millions d'euros pour un déploiement national

La télémédecine a été reconnue comme une pratique médicale par la loi « Hôpital, patients, santé et territoire » (HPST) en 2009. Une stratégie nationale de déploiement de la télémédecine a été mise en œuvre par décret en octobre 2010. Cinq domaines prioritaires ont été identifiés : la permanence des soins en imagerie médicale, la prise en charge des AVC, la santé des personnes détenues, la prise en charge des maladies chroniques (insuffisance rénale, insuffisance cardiaque, diabète, etc.) et les soins en structure médico-sociale ou en hospitalisation à domicile (HAD).

L'Etat a alloué en 2011 une enveloppe de 26 millions aux ARS dans le cadre du fonds de modernisation des établissements de santé publics et privés (FMESPP), dont 13 millions d'euros qui sont consacrés spécifiquement au développement des usages de la télémédecine dans la prise en charge de l'AVC. En Ile-de-France, le projet Télé NEURO prévoit ainsi de connecter près de 90 services d'urgences à 19 unités neuro-vasculaires (UNV) pour réduire les délais de traitement par thrombolyse.


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