Le staphylocoque, dorénavant numéro 1 dans les endocardites infectieuses

Muriel Gevrey

10 avril 2013

Saint Maurice, France - Désormais, le staphylocoque prend le pas sur le streptocoque dans les causes d'endocardite infectieuse (EI) selon l'étude observationnelle parue dans le Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire (BEH) du 2 avril 2013. La restriction de l'antibioprophylaxie en 2002 n'a pas eu de conséquence défavorable sur l'incidence d'EI à streptocoques oraux, ce qui valide a posteriori le bien-fondé de ces modifications [1].

L'originalité du travail de l'Association pour l'étude et la prévention de l'endocardite infectieuse, publié dans le BEH, est de se baser sur des enquêtes répétées dans le temps (1991, 1999, 2008) et réalisées en population générale selon la même méthodologie. « Ceci nous permet d'obtenir une vision la plus claire possible de l'évolution de l'épidémiologie de l'EI » écrivent les auteurs. « La particularité de nos enquêtes est que chaque cas d'endocardite retenu a été validé par des experts pluridisciplinaires ».

Une pathologie qui reste sévère

L'enquête concerne un bassin de population de 11 millions de personnes, résidants dans sept régions ou départements (Paris et grande couronne, Lorraine, Rhône-Alpes, Franche-Comté, Marne, Languedoc-Roussillon et Ille et Vilaine).

Sur une période de 17 ans, l'incidence reste stable.

Un quart des EI est en rapport avec une infection liée aux soins et il y a une augmentation de l'EI sur cœur sain, soit 53 % des cas en 2008. La sévérité du pronostic est toujours d'actualité : 45 % des cas nécessitent une intervention chirurgicale, et la mortalité hospitalière atteint 23 %.

La nature du germe reste le facteur péjoratif majeur : l'étiologie staphylococcique est de mauvais augure, que l'origine de l'infection soit hospitalière ou communautaire.

Pour les auteurs, « une attention toute particulière doit donc être apportée à la prévention des infections liées aux soins, surtout chez les patients porteurs de valvulopathies cardiaques et de dispositifs intracavitaires, en renforçant les mesures d'hygiène hospitalière ».

 
Une attention toute particulière doit donc être apportée à la prévention des infections liées aux soins, surtout chez les patients porteurs de valvulopathies cardiaques et de dispositifs intracavitaires, en renforçant les mesures d'hygiène hospitalière - Dr Matthieu Revest (CHU de Rennes) et al
 

En 2002, l'antibioprophylaxie a évolué vers une prévention restreinte aux seuls patients porteurs de prothèses valvulaires, de valvulopathies cyanogènes non corrigées et aux patients aux antécédents d'EI devant subir certains gestes dentaires.

Ce changement de l'antibioprophylaxie n'a pas accru la part des streptocoques oraux, tant en population générale que dans le sous-groupe des porteurs indemnes de valvulopathies.

En revanche, l'augmentation d'incidence des EI à Staphylococcus aureus en 15 ans devient significative dans le groupe des patients sans valvulopathie connue.

Une tendance qui se confirme

Si l'on exclut les EI par toxicomanie, qui représentent 5,8 % des cas, l'infection est d'origine nosocomiale dans seulement un quart des cas (26,7 %), et d'acquisition communautaire dans près de trois quarts des cas.

Bien que l'endocardite survienne sur cœur sain dans plus de la moitié des cas (52,7 %), un peu plus de 13 % des patients étaient porteurs d'un dispositif endocavitaire, 20,9 % d'au moins une prothèse valvulaire et 6,8 % d'une cardiopathie congénitale.

Côté prise en charge, près de la moitié des cas (45 %) nécessite une intervention chirurgicale, les conséquences hémodynamiques la motivant dans près de deux tiers des cas.

La chirurgie est statistiquement plus fréquente en cas d'infection communautaire (près de 50 % contre 30 % dans les EI nosocomiales). S'agissant de la mortalité hospitalière, en revanche, on constate des chiffres plus élevés dans les EI liées aux soins que dans les EI communautaires.

Quatre facteurs de risque ont été identifiés dans les EI communautaires : l'âge avancé, l'implication d'un staphylocoque, la complication cérébrale et l'insuffisance cardiaque.

Dans les EI liées aux soins, seul le Staphyloccocus aureus était associé à un doublement du risque de décès (RR de 2,54).

Les auteurs soulignent que d'autres études épidémiologiques ont été publiées, avec des résultats qui diffèrent peu de ceux publiés dans le BEH en termes d'âge de survenue, de bactéries et de facteurs pronostiques.

Beaucoup de ces publications « mettent l'accent sur l'augmentation importante des endocardites liées aux soins », relèvent également les auteurs. « Elles comportent cependant le biais de recrutement des centres référents, alors que notre enquête est réalisée sur un large bassin de population représentatif de la population française ».

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