IPP au long cours : le Canada alerte sur le risque d'ostéoporose

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

9 avril 2013

IPP au long cours : le Canada alerte sur le risque d'ostéoporose

Les IPP au long cours sont associés à un risque ostéoporotique, faible mais réel. Alors que les autorités américaines et canadiennes ont lancé des alertes, la France reste muette.

9 avril 2013

Paris, France - Après la FDA, le ministère canadien de la Santé, Santé Canada alerte sur le risque de fractures osseuses liées à l'utilisation au long cours des inhibiteurs de la pompe à protons, les IPP. Rappelons que ces médicaments sont très prescrits dans l'indication « reflux gastro-oesophagien » et sont disponibles en France depuis quelques temps en OTC. Ce risque ostéoporotique, faible mais réel, n'a cependant jamais fait l'objet d'une information de la part des autorités sanitaires de notre pays.

Facteurs de risque d'ostéoporose + IPP : des patients à surveiller de près


« Plusieurs études scientifiques indiquent que le traitement par IPP peut être associé à une faible augmentation du risque de fractures de la hanche, du poignet ou de la colonne en raison de l'ostéoporose, maladie entraînant la fragilisation des os. Le risque de fracture est plus élevé chez les patients qui ont reçu des doses quotidiennes multiples d'IPP et qui ont été traités pendant un an ou plus. Les autres facteurs de risque d'ostéoporose, comme l'âge, le genre et la présence d'autres problèmes de santé, peuvent aussi contribuer au risque accru de fractures" peut-on lire dans le communiqué canadien [1].

À la demande des autorités canadiennes, les laboratoires pharmaceutiques fabriquant des IPP se sont vus imposer de revoir les RCP pour y introduire une information sur ce risque.

Il est cependant demandé aux professionnels de santé de « surveiller de près les patients qui présentent des facteurs de risque d'ostéoporose et qui utilisent des IPP, et déclarer tout effet indésirable à Santé Canada ». Il leur est aussi rappelé « qu'ils doivent prescrire les IPP à la plus faible dose et pendant la période la plus courte en fonction de l'affection traitée. »

En 2010, la FDA alertait déjà sur ce risque


En inhibant la sécrétion gastrique, les IPP inhibent l'absorption de calcium et altèrent ainsi la fonction ostéoclastique. Ce rôle néfaste des IPP sur l'os n'a rien de nouveau. En mai 2010, la US Food and Drug Administration (FDA) alertait déjà sur le lien entre fractures de poignets, hanches et vertèbres et l'utilisation au long cours de ces inhibiteurs de la pompe à protons. En 2012, une analyse de l'étude de cohorte prospective Nurses' Health Study, financée par le National Institute of Health (NIH) et publiée dans le British Medical Journal, venait appuyer les inquiétudes de la FDA. Elle montrait que les femmes ménopausées qui prennent régulièrement des IPP ont un risque accru de 35% de fracture de la hanche (risque relatif ajusté sur l'âge, 1.35; [IC à 95% : 1.13 - 1.62]), celui-ci est, par ailleurs, majoré lorsqu'elles sont fumeuses. Toutefois, s'il existe, le risque reste faible : chez les femmes régulièrement consommatrices d'IPP, seules 2 sur 1000 auront une fracture de la hanche dans l'année. A comparer avec les non-utilisatrices, qui, elles, ont un taux de 1,5 pour 1000. Par ailleurs, dans cette étude, le risque de fracture de hanche était corrélé avec la durée d'utilisation mais revenait à la normale dès que les femmes arrêtaient leur traitement pendant au moins deux ans.

En France, aucun signal du côté de l'ANSM, ni de la Société Française de Rhumatologie


Pas d'alerte, ni de mention d'un éventuel risque fracturaire avec une utilisation prolongé des IPP côté français. Seul le risque d'interaction avec le clopidogrel a fait l'objet d'une lettre aux professionnels en 2009 [4]]. Il faut dire que les recommandations françaises des autorités sanitaires, ANSM et HAS, sur les IPP datent de 2007 et 2009 respectivement [5][6] !

Pourtant le risque est aussi connu chez nous à en croire le résumé d'une intervention du Dr Karine Briot (rhumatologue) qui rapportait en décembre 2007 les résultats de l'étude européenne OPUS, conduite chez 2409 femmes ménopausées ambulatoires. « Les auteurs confirment que l'âge et l'antécédent personnel de fracture vertébrale (FV) sont des facteurs de risque essentiels et classiques de fractures vertébrales. De manière originale, on note aussi que l'antécédent paternel de fracture de hanche et la prise à l'inclusion d'un IPP (oméprazole dans cette étude) étaient associés à une augmentation significative du risque fracturaire vertébral. Cette étude confirme donc les trois récentes études transversales montrant un impact osseux défavorable des IPP pris au long cours » peut-on lire dans le compte-rendu de son intervention figurant sur le site de la Société Française de Rhumatologie. Par ailleurs, des publications françaises font régulièrement mention des effets indésirables des IPP au long cours, évoquant le risque fracturaire [7][8].

IPP et clopidogrel : une association à éviter

Plusieurs études cliniques récemment publiées ont suggérées une interaction possible avec les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) pouvant diminuer l'efficacité du clopidogrel. « La prise concomitante de clopidogrel et d'IPP doit être évitée, sauf en cas de nécessité absolue  » signalait l'ANSM en 2009 [4].


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