Enfants diabétiques : suivi insuffisant et complications aiguës trop fréquentes

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

8 avril 2013

Pas assez d'hospitalisations de suivi, trop de séjours liés à des complications évitables : les données du PMSI et de l'Assurance maladie montre un suivi inadéquat des enfants diabétiques. 8 avril 2013

Montpellier, France — Contrairement à ce que recommandaient la Haute Autorité de Santé (HAS) et l'International Society for Pediatric and Adolescent Diabetes (ISPAD) en 2007, moins d'un enfant diabétique sur deux a été hospitalisé pour un bilan annuel de sa maladie par une équipe médicale pluridisciplinaire au cours de cette même année. C'est le résultat de l'étude Entred-Enfant 2007 de l'Institut national de veille sanitaire (InVS) qui a été présenté à l'occasion du congrès de la Société Francophone du Diabète par le Dr Céline Druet (InVS, Saint Maurice) et qui dégage deux grandes tendances : le suivi de ces enfants est insuffisant et près de 13 % des hospitalisations pour complications aiguës du diabète pourraient être en partie évitées par un meilleur contrôle du diabète [1].

Analyse du PMSI et des données de l'Assurance Maladie


L'étude Entred-Enfant, mise en place sur un échantillon de 884 enfants âgés de moins de 18 ans recevant de l'insuline ou des antidiabétiques oraux, avait pour but de décrire les caractéristiques des hospitalisations d'enfants diabétiques à partir de l'analyse de PMSI-MCO et des données de consommation médicale de l'Assurance Maladie.

« Ces patients peuvent être hospitalisés pour 4 grandes raisons : hospitalisation inaugurale pour acidocétose ou mise en place de l'insulinothérapie, complications aiguës, suivi par une équipe pluridisciplinaire ou pathologie autre que le diabète. Notre but était de faire la part des choses entre les hospitalisations obligatoires (inaugurales ou de suivi annuel) et celles potentiellement évitables liées à l'existence de complications aiguës. L'existence d'un suivi régulier et l'absence de complications sont deux déterminants de la bonne prise en charge des patients », explique le Dr Druet.

Une majorité d'enfants sous insuline seule


L'analyse a porté sur toutes les hospitalisations non inaugurales de cette population de 884 enfants (50 % de garçons, âge moyen 12 + 4 ans, 17 % de CMU et 99,9 % d'ALD). Ces séjours hospitaliers ont été classés en 3 catégories : les complications aiguës, le suivi, les hospitalisations non liées au diabète.

La très grande majorité des enfants suivis étaient traités par insuline seule (97,7 %), et 2,3 % par une combinaison d'insuline et d'antidiabétiques oraux. L'insuline était administrée par pompe pour 37,1 % des 0-9 ans, 16,6 % des 10-14 ans et 14 % des 15-17 ans. Les prescriptions spécifiques du diabète (insuline, ADO, bandelettes glycémiques et dosage d'HbA1c) étaient effectuées dans 82 % des cas par un médecin hospitalier, dans 8 % des cas par un endocrinologue libéral, 3 % par un pédiatre libéral et 7 % par un médecin généraliste.

13 % des hospitalisations liées à des complications aiguës


Durant l'année de l'étude, 52 % des enfants ont été hospitalisés au moins une fois (26 % moins de 24 h, 35 % plus de 24 h, 21 % plusieurs fois). La durée d'hospitalisation moyenne était de 2 jours et elle tendait à augmenter avec l'âge.

Les motifs d'hospitalisation variaient avec l'âge : 35,5 % des enfants avaient été hospitalisés au moins une fois pour suivi (37, 9 % pour les 0-9 ans, 39,8 % des 10-14 ans et 28,1 % des 15-17 ans), 12,7 % pour complication aiguë (11,2 % des 0-9 ans, 15,8 % des 10-14 ans, et 9,8 % des 15-17 ans) et 16,4 % pour d'autres causes.

L'incidence des comas céto-acidosiques non inauguraux a été estimée à 9,8 à 11,1 % et celle des comas hypoglycémiques à 2,3 à 3,5 %.

Des facteurs de bon ou de mauvais suivi


Comparés aux enfants diabétiques non hospitalisés, ceux qui bénéficiaient d'un suivi hospitalier étaient plus souvent âgés de 10 à 14 ans, porteurs de pompes à insuline et suivis principalement par un médecin hospitalier.

Parmi les facteurs associés à l'hospitalisation pour des complications aiguës du diabète seul le sexe féminin et l'inscription à la CMU ressortent en analyse multivariée. Enfin, seul le statut CMU apparait comme un facteur d'hospitalisation pour un autre motif que des complications aiguës ou un suivi.

« Si notre étude semble robuste par le choix de la population, l'exclusion des hospitalisations inaugurales et la classification en 3 entités des hospitalisations, il faut reconnaître que nous n'avons pas eu accès aux dossiers et que des erreurs de classification sont possibles. Mais globalement, nous pouvons affirmer que le suivi est insuffisant par rapport aux recommandations ISPAD/HAS et que l'incidence des hospitalisations pour complications aiguës - notamment pour des comas céto-acidosiques - pourrait être en partie évitable par un meilleur contrôle du diabète », conclut le Dr Druet.

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