Autotests de dépistage du VIH : le Conseil National du Sida y est favorable

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

25 mars 2013

Autotests de dépistage du VIH : le Conseil National du Sida est pour

A la demande du gouvernement, le Conseil National du Sida a rendu un Avis sur la commercialisation des autotests de dépistage du VIH. L'organe consultatif a donné son quitus.
25 mars 2013

Paris, France - Le 22 mars 2013, le Conseil National du Sida (CNS) a rendu public sa position sur les autotests de dépistage de l'infection à VIH. L'organe consultatif indépendant, qui jusque-là ne recommandait pas l'usage de ces tests, a, cette fois, donné un Avis favorable [1].

« Pour faire régresser l'épidémie du VIH, les autotests présentent un rapport bénéfices / risques favorable, bien que leur impact attendu soit limité. En conséquence, le Conseil se prononce désormais en faveur de la mise à disposition des autotests de dépistage de l'infection à VIH » indique le CNS.

Réalisé à la demande de la Ministre des affaires sociales et de la santé, le nouvel Avis intervient dans un contexte marqué par l'évolution des stratégies de dépistage en France, avec l'utilisation de tests rapides d'orientation diagnostiques, réglementée depuis 2010, et par l'autorisation de l'autotest salivaire Oraquick® aux États-Unis par la Food and Drug Administration (FDA) en juillet 2012.

Désormais, la pratique de l'autotest peut être réalisée avec des tests sanguins capillaires ou par des tests salivaires. Les tests salivaires sont « peut-être plus faciles à manipuler sans expérience » mais ils présentent néanmoins « l'inconvénient d'une moins grande sensibilité que les tests rapides sanguins », note l'association AIDES qui se félicite de cet avis favorable [2] []  «  Mais, souvenons-nous que pour certain-e-s, il vaut mieux un test moins performant que pas de test du tout, » commente l'association.

Un virage à 180 degrés


En 1998, puis en 2004, le Conseil national du sida a rendu deux Avis défavorables à la mise à disposition des autotests.

Pour rendre son nouvel Avis, l'organisme a tenu compte des évolutions dans le domaine du dépistage et des autotests, a procédé à des auditions et a rencontré le Comité consultatif national d'éthique.

Résultat : le CNS considère désormais « que pour détecter le VIH, les autotests offrent une spécificité satisfaisante » et que « leur usage, pour l'autotest salivaire, peut-être envisagé sans intervention extérieure. »

Il note, que les autotests « constituent une opportunité pour répondre aux enjeux d'augmentation du dépistage et d'amélioration de sa précocité ». Mais aussi, que « leur acceptabilité est forte », et « qu'une demande d'accès intime à un test de dépistage se manifeste,  notamment de la part de certaines populations exposées. »

Un avis sous conditions


Le Conseil National du Sida assortit son avis de conditions du fait « de la moindre sensibilité des autotests » par rapport aux tests classiques et parce que « les conditions d'accès et d'usage doivent être impérativement adaptées aux besoins des personnes. »

Ses recommandations :

  • Les autotests doivent constituer un dispositif additionnel et complémentaire de l'offre existante et ne pas s'y substituer.

  • Des modes d'accès diversifiés et adaptés doivent être organisés : ventre libre (pharmacies, parapharmacies, Internet) et mise à disposition aux populations fortement exposées.

  • Des conditions d'usage garantissant un accompagnement performant des usagers des autotests doivent être mises en œuvre : documents fournis avec l'autotest et services d'assistance à distance.

  • Une mobilisation large, y compris au-delà des acteurs traditionnels de la lutte contre le VIH/sida, doit se manifester pour encadrer la mise à disposition des autotests.

  • Une promotion plus générale du dépistage, de ses enjeux et de son offre doit accompagner la mise à disposition des autotests.

  • Une évaluation doit suivre l'introduction des autotests.

Pour AIDES, « le dispositif d'accompagnement (physique, téléphonique, par Internet) doit être financé par les producteurs de tests et doit s'appuyer sur l'expérience des acteurs associatifs formés à l'usage des tests rapides d'orientation diagnostique (TROD) et des acteurs médicaux déjà présents dans le champ du dépistage du VIH. »

L'association Warning qui, comme AIDES, a fortement milité pour la mise à disposition des autotests, salue cet avis positif [3]. Elle tient à souligner, néanmoins, que dans « la stratégie de diffusion proposée par le CNS, la mise à disposition via des distributeurs automatiques, à l'instar des distributeurs de préservatifs, n'est pas évoquée. Or, comme Internet, ceux-ci représentent une possibilité d'accès pour ceux « qui souhaitent une forte discrétion ». Warning demande à la ministre d'étudier cette possibilité qui serait complémentaire et additionnelle.

Aussi, Warning demande également à la ministre d'être vigilante à la situation de précarité financière de certain(e)s utilisateurs(trices) et à ce que des mécanismes de gratuité soient mis en place, par la distribution via des associations, notamment celles œuvrant au dépistage communautaire, en prévoyant leur financement, et par la création d'un mécanisme de remboursement.

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....