POINT DE VUE

Mort subite du sportif : dépistage optimal ?

Pascale Solère

Auteurs et déclarations

20 mars 2013

Mort subite du sportif : dépistage optimal?

Mêmes rares, les pathologies aortiques participent aux cas de morts subites chez les jeunes sportifs. Faut-il renforcer les explorations cardiaques ? Le point de vue du Pr François Carré, cardiologue du sport.
20 mars 2013

San Francisco, Etats-Unis — Une étude rétrospective du registre national américain présentée lors du Congrès de l'American College of Cardiology 2013 montre que les sténoses aortiques mais aussi les dissections aortiques sont associées à des morts subites de jeunes sportifs (17,6 ans d'âge moyen). Les sports les plus pratiqués étaient le football américain, le basketball, suivis du baseball et du softball. Par ailleurs en France, deux morts subites ont frappé de jeunes joueurs amateurs en plein match de football récemment. Medscape a donc demandé au Pr François Carré, cardiologue du sport (Rennes) son avis sur la nécessité et la nature de l'exploration cardiaque chez les jeunes sportifs.

Medscape France - Etes-vous surpris par ces résultats de l'étude américaine qui mettent en avant l'implication de l'aorte dans les morts subites des jeunes sportifs?

Pr Francois Carré - Ce travail soulève deux problèmes importants. Primo, le bilan préalable à la pratique d'un sport intensif (en Europe, il comporte un ECG) qui ne permet pas de tout détecter. En particulier les pathologies ne donnant pas de troubles électriques, ni de signes cliniques comme les dilatations aortiques.

Secundo, manifestement, même les éléments d'alerte (pathologie connue, rétrécissement/souffle cardiaque à l'auscultation ..) n'empêchent pas de pratiquer ou de continuer la compétition. Est-ce parce que les médecins n'interdisent pas celle-ci ou parce que les athlètes ne tiennent pas compte des mises en garde ? Difficile à dire, vu le manque, ici, d'éléments sur les délais entre mise en évidence de l'anomalie/consultation et décès.

Ce travail a, par ailleurs, le mérite de mettre en évidence l'implication de l'aorte dans les morts subites. Sur 26 ans de registre et 2588 morts subites, on retrouve 44 étiologies aortiques. Avec quasiment autant de dissections que de sténoses aortiques.

Medscape - Faudrait-il envisager un dépistage spécifique selon le profil ?

FC - Nous avons eu l'occasion, à Rennes, de mener une étude - présentée en 2012 au congrès de la Société de Médecine du Sport - sur les données ECG et échocardiographiques de 5000 athlètes de haut niveau. Elle montre que l'on a plus de dilatations aortiques chez des jeunes ayant un profil marfanoïde, c'est à dire grands et maigres, un profil sur-représentés dans les sports comme le basketball, le handball, ou le volleyball. Ce qui pose la question d'un éventuel dépistage échocardiographie, seul moyen de dépister une dilatation aortique, ciblé chez ces types de sportif de haut niveau de grande taille, à profil marfanoïde, ainsi que chez les haltérophiles, qui fournissent un effort important.

Medscape - Quid du dépistage de la sténose aortique ?

FC - Les sténoses font partie des causes bien connues de morts subites de l'athlète. Elles sont exceptionnelles comme le montre l'incidence dans ce registre. Mais à l'inverse des dilatations, on peut les dépister à l'examen clinique. Et entendre un souffle cardiaque doit amener à demander une échocardiographie pour évaluer le degré de sténose. Cette évaluation est impérative chez un sportif.

Medscape - Etes-vous étonné par l'âge moyen des victimes ?

FC - Ces jeunes ont 18 ans d'âge moyen, ce qui n'est pas étonnant. Pour rappel, parmi les morts subites touchant les 12-35 ans, un tiers surviennent avant 16 ans. Dimanche dernier encore en France, deux morts subites ont frappé des jeunes joueurs amateurs en plein match : un jeune de 16 ans en région parisienne et un jeune de 32 ans en Corse.

Au total, ce travail rappelle donc une nouvelle fois la nécessité de baser la prévention des accidents sur le TREPIED de la visite de non contre-indication, associant interrogatoire bien fait, examen physique bien conduit et ECG à la recherche d'une pathologie arythmogène à risque pour la pratique du sport, ainsi que sur l'éducation des sportifs qui doivent respecter entre autres, les symptômes liés à l'effort.

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