Médiator : l'ancien patron de la commission de l'AMM mis en examen

Jacques Cofard

Auteurs et déclarations

22 février 2013

Mediator : l'ancien patron de la commission de l'AMM mis en examen

Deux anciens pontes de l'Afssaps (nouvellement ANSM) ont été mis en examen mi-février dans l'affaire du Mediator car soupçonnés d'avoir perçu des subsides du laboratoire Servier.
22 février 2013

Paris, France - Deux anciens pontes de l'Afssaps (désormais nommée Agence nationale de sécurité du médicament, ANSM) ont été mis en examen mi-février dans l'affaire du Mediator. On les soupçonne, en effet, d'avoir perçu des subsides du laboratoire Servier. Leur mise en examen était attendue, depuis que Le Figaro avait révélé le 24 janvier dernier qu'ils avaient été convoqués par les juges instructeurs du pôle de santé publique du tribunal de grande instance de Paris.

5 mises en examen


Maintenant, c'est quasi officiel : le Pr Jean-Michel Alexandre et le Dr Eric Abadie ont été mis en examen, d'après l'agence Reuters, qui cite une source judiciaire. Le Pr Alexandre a été président de la commission d'autorisation de mise sur le marché (AMM) au ministère de la Santé de 1985 à 1993, puis directeur de l'évaluation du médicament de l'Agence du médicament de 1993 à 2000. Le Dr Abadie a été directeur des affaires médicales du syndicat national de l'industrie pharmaceutique, puis directeur de l'évaluation à l'Afssaps, et président du comité des médicaments à usage humain (CMUH) de l'agence européenne du médicament (EMA) de 2007 à 2012. Le Pr Alexandre est mis en examen pour « participation illégale d'un fonctionnaire dans une entreprise précédemment contrôlée » et Eric Abadie pour « prise illégale d'intérêt ». Toujours selon Le Figaro, l'ANSM devrait se porter partie civile contre ses anciens cadres, qui auraient reçu des rétributions de Servier. Selon l'Agence de presse médicale (APM), ce sont cinq personnes qui ont été mises en examen entre les 12 et 14 février derniers : parmi elles, outre le Pr Alexandre et le Dr Abadie, May Garnier, ancienne salariée de Servier, et Christian Bazantay, secrétaire général du groupe Servier.

Un manque de réactivité face à des alertes successives


Ce qui leur est reproché ? Pour le Pr Alexandre, c'est son activité de conseil, à sa retraite, en 2001, dans le cadre de la société Jean-Michel Alexandre SARL, dont l'un des principaux clients n'était autre que les laboratoires Servier. La responsabilité du Pr Alexandre, dans la crise du Médiator, avait par ailleurs été mise en lumière dans le rapport de l'IGAS sur la question [2]. De manière à peine voilée, les rapporteurs lui reprochaient son manque de réactivité, suite au signalement de nombreux risques d'hypertension pulmonaire (HTAP), pouvant être associés au Médiator. Les différentes alertes débutent dès 1997 :

Février 1997 : Un courrier du 24 février 1997 de l'assurance maladie - service médical de Saint-Etienne - alerte le département de pharmacovigilance sur le mésusage du benfluorex : « Il apparaît clairement que le benfluorex est utilisé dans la majorité des cas comme coupe faim ou amaigrissant chez des patients n'ayant ni hypercholestérolémie ni DNID ». Ce même courrier précise « le MEDIATOR® benfluorex parait apparenté aux amphétamines anorexigènes » et demande si une parenté est établie au plan biochimique et pharmacologique."

Septembre 1998 : une autre alerte sur le mésusage du benfluorex survient. Il s'agit d'un courrier émanant des trois médecins conseils nationaux des principales caisses d'assurance maladie (CNAMTS, CANAM et MSA). Ce courrier fera l'objet d'une dépêche AFP que le conseiller médical en charge du médicament au cabinet du ministre de la santé adressera au directeur de l'Agence du médicament [...] Ce courrier des médecins conseils nationaux adressé au directeur de l'agence du médicament, l'informe qu'une enquête de l'Union régionale des caisses d'assurance maladie (URCAM) de Bourgogne montre qu'environ un tiers des prescriptions de Mediator® se situent hors du champ des indications thérapeutiques prévues par l'autorisation de mise sur le marché. Ils alertent l'agence sur « l'utilisation non contrôlée d'un produit de structure amphétaminique, dans un but anorexigène » ajoutant « il est en effet assez paradoxal de constater que la prescription de MEDIATOR® est tout à fait libre tandis que celle des médicaments du groupe des amphétaminiques est strictement encadrée depuis mai 1995 ».

Le médiator aurait pu être suspendu dès 1999


Décembre 1998 : Le 5 décembre 1998, un médecin de Montpellier interroge le service de pharmacovigilance du CHU de Montpellier sur le benfluorex. Il en « confirme l'utilisation massive, hors AMM, comme anorexigène en ville », (ces termes sont soulignés). Ce médecin, précise qu'il sait que l'Agence du médicament ne classe pas le benfluorex parmi les anorexigènes, ce qui contredit le classement de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et demande que l'OMS soit interrogée ».

Dès 1998, des cas de valvulopathie ont été signalés au professeur Alexandre, es qualité de directeur de l'agence : Le 10 février 1999 (cf. annexe 3-56), un cas de valvulopathie aortique est notifié au CRPV de Marseille qui l'inclut dans la base nationale le 16 février 1999. Malgré la masse de données à traiter, l'importance de ce cas ne va pas échapper à l'unité de pharmacovigilance de l'Afssaps. Le 19 février 1999, elle rédige une note interne à l'attention du Pr Alexandre sur ce cas de valvulopathie aortique [...] La mission insiste sur les nombreuses anomalies que comporte cette séquence de 1999. L'unité de pharmacovigilance de l'Afssaps attire très clairement l'attention du Pr Alexandre sur la nécessité d'accélérer l'évaluation du dossier benfluorex dans une note où elle fait bien le lien entre parenté avec les fenfluramines, l'inquiétude des cliniciens, l'HTAP et l'insuffisance aortique. Il n'est pas retrouvé de réponse à cette note ».

Selon la mission de l'Igas, le Mediator aurait pu être suspendu dès 1999. Le professeur Alexandre s'est défendu devant la mission de l'IGAS, en affirmant que les preuves des méfaits du Mediator étaient trop faibles.

Intermédiaire allemand


Pour en revenir à la mise en examen du professeur Alexandre, sa société créée en 2011, ne pouvait travailler directement avec un laboratoire pharmaceutique, du fait des activités antérieures du professeur Alexandre. Le groupe Servier, aurait alors eu recours à un intermédiaire, la société allemande CRIS (centre de recherche internationale pour la santé), fondée par May Garnier, ancienne salariée de Servier, rapporte Mediapart. Elle est également mise en examen, tout comme le secrétaire général de Servier, Christian Bazantay. Toujours selon Mediapart, la société Jean-Michel Alexandre SARL a facturé à la société CRIS entre 2001 et 2009 des services « développement du médicament et maitrise de leurs effets secondaires » pour un montant de 1 163 188 euros. Le docteur Eric Abadie est également soupçonné d'avoir reçu des rétributions des laboratoires Servier. Les avocats de Jean-Michel Alexandre et Eric Abadie « estiment que les faits sont totalement ou en partie prescrits ».

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