La supplémentation calcique associée à une surmortalité chez les hommes

Aude Lecrubier

19 février 2013

Bethesda, Etats-Unis - Les effets bénéfiques de la supplémentation calcique pour préserver l'os, en particulier chez les femmes ménopausées, sont régulièrement vantés. Cependant, depuis quelques années, des études suggèrent que des apports trop importants en calcium pourraient s'avérer délétères sur le plan cardiovasculaire.C'est le cas d'une nouvelle étude épidémiologique prospective menée dans plusieurs états américains qui montre que des supplémentations calciques importantes sont associées à un risque accru de décès cardiovasculaires chez les hommes mais pas chez les femmes [1].

Jusqu'ici, il a été suggéré que la supplémentation calcique améliorait le profil cholestérolémique, et la pression artérielle. Néanmoins, aucun bénéfice cardiovasculaire n'a jamais été démontré.

Dans un éditorial accompagnant l'article du JAMA, le Dr Susanna Larson (Karolinska Institute, Stockholm, Suède) rappelle que des apports excessifs en suppléments calciques ont été associés à des hypercalcémies à l'origine d'insuffisance rénale, de calcifications vasculaires ou des tisssus mous, d'hypercalciurie et de calculs rénaux.

Elle note également que récemment, plusieurs méta-analyses ont même suggéré que les suppléments calciques pourraient être associés à un risque accru d'IDM. Une méta-analyse de 8 essais randomisés publiée dans le BMJ a montré que les suppléments calciques avec ou sans vitamine D augmentaient les risques d'infarctus du myocarde et d'AVC de respectivement 24% et 15% [2]. Et, dans la cohorte allemande d'Heidelberg participant à l'étude EPIC (European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition), comparés aux non-utilisateurs, les utilisateurs de suppléments avec calcium ont un risque d'IDM significativement augmenté (RR=1,86% ; IC 95%, 1,17-2,96). Enfin, ceux qui ont consommé des suppléments ne contenant que du calcium ont un risque d'IDM d'autant plus accru (RR= 2,39 ; IC 95%, 1,12-5,12) [3].

Des résultats qui diffèrent en fonction du sexe

Au total, dans la nouvelle étude, 388 229 hommes et femmes âgés de 50 à 71 ans participants à l'étude National Institutes of Health-AARP Diet and Health Study ont été questionnés sur leurs apports calciques (alimentaire et supplémentation) à l'entrée dans l'étude entre 1995 et 1996. Le risque de décès cardiovasculaire a ensuite été calculé à partir du registre national des décès. Les données ont été ajustées pour les données démographiques, le mode de vie, et les comportements alimentaires.

Après un suivi moyen de 12 ans, les auteurs ont dénombré 7904 décès cardiovasculaires chez les hommes et 3874 décès cardiovasculaires chez les femmes. Une supplémentation calcique était utilisée chez 51% des hommes et 70% des femmes.

Dans l'étude, les apports alimentaires importants en calcium ne sont pas associés à une mortalité cardiovasculaire accrue chez les hommes comme chez les femmes.

En revanche, chez l'homme, une forte supplémentation calcique, sans autres vitamines ajoutées, augmente significativement la mortalité cardiaque de 37% mais sans augmenter significativement la mortalité cardiovasculaire.

En parallèle, toujours chez les hommes, la supplémentation calcique associée à d'autres vitamines est associée à une augmentation du risque de décès cardiovasculaire de 20% avec une supplémentation de 1000 vs 0 mg/j. Plus spécifiquement, le décès par maladie cardiaque augmente de 19%. Le risque relatif de décès cérébrovasculaire n'est pas significatif (RR=1,14, IC 95%).

Etonnamment les résultats ne sont pas superposables chez les femmes où la supplémentation calcique n'est pas associée au risque de décès cardiovasculaire (RR=1,06, IC 95%), de maladie cardiaque (RR=1,05) ou de maladie cérébrovasculaire (RR=1,08).

Pour le Dr Larson, cette différence homme/femme « laisse perplexe » car dans la méta-analyse de Bolland, une forte supplémentation calcique ou en vitamine D est associée à une augmentation significative des infarctus du myocarde chez les femmes.

Les auteurs, Xiao Q et coll, concluent en soulignant que de nouvelles études sont nécessaires pour mieux comprendre les effets de la supplémentation calcique en dehors des effets osseux et pour évaluer la réalité de cette différence homme/femme.

Les auteurs n'ont pas déclaré de liens d'intérêt en rapport avec le sujet.

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