En 2015, le cancer du poumon pourrait tuer plus d'Européennes que le cancer du sein

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

13 février 2013

En 2015, les européennes décèderont plus souvent du cancer du poumon que du cancer du sein

Selon une étude épidémiologique, le cancer du poumon pourrait devenir la 1ère cause de mortalité par cancer chez les européennes en 2015, devant le cancer du sein.
13 février 2013

Milan, Italie et Lausanne, Suisse --D'ici 2015, le cancer du poumon pourrait devenir la première cause de mortalité par cancer des européennes, devant le cancer du sein, d'après une étude publiée dans Annals of Oncology [1]. Une situation déjà observée au Royaume-Uni et en Pologne en 2013, notent les chercheurs.

L'étude, menée par des équipes italienne et suisse a eu pour objectif d'estimer les taux de mortalité par cancer pour les 27 pays de l'Union Européenne et plus spécifiquement pour 6 pays : la France, l'Allemagne, l'Italie, la Pologne, l'Espagne et le Royaume-Uni pour les cancers pris dans leur ensemble mais aussi pour le cancer de l'estomac, de l'intestin, du pancréas, du poumon, de la prostate, du sein, de l'utérus et les leucémies. Il s'agit de la troisième année consécutive de publication de ces estimations.

L'étude prédit que près d'1,3 millions de personnes (737 747 hommes et 576 489 femmes) devraient décéder d'un cancer dans les 27 pays de l'Union Européenne en 2013.

Bien que le nombre de cas de cancers ait augmenté depuis 2009 (année pour laquelle l'OMS a des données de mortalité pour la plupart des pays européens), les chercheurs rapportent que la proportion de personnes décédées d'un cancer a décliné de 6% chez les hommes et de 4% chez les femmes depuis 2009.

Cette donnée corrobore la récente publication des données de survie nette à 1, 3, 5 et 10 ans des personnes atteintes de cancer en France qui montre une amélioration de la survie au cours du temps pour la majorité des cancers diagnostiqués entre 1989 et 2004 et suivis jusqu'à la fin de l'année 2007 [2].

Augmentation de la mortalité par cancer du poumon chez les femmes depuis 2009


Aussi, si la mortalité par cancer décline dans l'ensemble, la mortalité par cancer du poumon chez les femmes continue d'augmenter dans tous les pays (+7% depuis 2009), alors que celle associée au cancer du sein est en baisse. En 2013, le nombre de décès estimés est de 88 836 (14,6 pour 100 000 femmes) pour le cancer du sein et de de 82 640 (14 pour 100 000 femmes) pour le cancer du poumon.

« Si ces tendances opposées se poursuivent pour le cancer du poumon et le cancer du sein, alors, en 2015, le cancer du poumon deviendra la première cause de mortalité par cancer chez les européennes. C'est déjà le cas au Royaume-Uni et en Pologne, les deux pays avec les taux de mortalité par cancer du poumon les plus élevés : 21,2 et 17,5 pour 100 000 femmes, respectivement », a indiqué l'un des auteurs de l'étude, le Pr Carlo La Vecchia (directeur du département d'épidémiologie, institut Mario Negri et professeur à la faculté de médecine de Milan, Italie).

D'après l'épidémiologiste italien, l'augmentation du taux de mortalité par cancer du poumon au Royaume-Uni est le reflet de l'augmentation du tabagisme chez les jeunes femmes à la fin des années 60 et au début des années 70 pour des raisons socio-culturelles. En revanche, il précise qu'aujourd'hui, les jeunes femmes, au Royaume-Uni et ailleurs en Europe, sont moins nombreuses à fumer et que par conséquent, la mortalité par cancer du poumon pourrait amorcer une baisse autour de 15 pour 100 000 femmes après 2020.

En parallèle, les décès par cancer du sein ont décliné régulièrement depuis 2009 en Europe (-7%). « Ceci est la conséquence des avancées importantes et nombreuses sur le plan thérapeutique, mais aussi du dépistage et du diagnostic précoce de la maladie, » a expliqué le Pr La Vecchia.

Concernant, les hommes, l'étude précise que bien que le cancer du poumon reste la première cause de mortalité par cancer, avec près de 187 000 décès prédits pour 2013 (37,2 pour 100 000 hommes), le taux de mortalité associé à ce type de cancer a baissé de 6% depuis 2009.

Lutter contre le tabagisme sert aussi à prévenir le cancer du pancréas


Continuer à lutter contre le tabagisme est une priorité pour espérer un déclin de la mortalité par cancer du poumon chez les hommes comme chez les femmes. Et, il en va de même pour d'autres cancers, et notamment le cancer du pancréas, qui est le seul pour lequel les prévisions de mortalité sont stables voire à la hausse pour les deux sexes en 2013 par rapport à 2009.

Le nombre de décès associés au cancer du pancréas est estimé à 40 069 (8 pour 100 000) chez les hommes et à 40 197 décès (5,5 pour 100 000) chez les femmes en 2013. Ces taux de mortalité sont très légèrement supérieurs à ceux enregistrés en 2009 (7,9 pour 100 000 hommes et 5,4 pour 100 000 femmes). Les français détiennent le triste record européen de 8,7 décès pour 100 000 hommes.

« La meilleure façon de prévenir le cancer du pancréas est d'éviter de fumer et de ne pas être en surpoids afin de ne pas avoir un sur-risque de diabète. Cela pourrait prévenir près d'un tiers des cancers du pancréas dans l'Union Européenne. Aucun autre facteur de risque majeur n'est connu, et rien de nouveau ne semble pouvoir influencer les taux de mortalité nationaux en ce qui concerne le diagnostic ou le traitement, » a souligné le Pr La Vecchia.

Que peut faire l'Union Européenne?


« Le message clé de cette étude pour les Etats membres européens est la lutte contre le tabagisme, particulièrement chez les hommes et les femmes dans la force de l'âge qui sont les générations les plus exposées au tabagisme. Si les gens pouvaient être aidés et encouragés à arrêter de fumer ou à ne pas commencer à fumer, des centaines de milliers de décès par cancer pourraient être évités chaque année en Europe.

Les autres mesures qui pourraient contribuer à prévenir la mortalité par cancer sont le contrôle de la surcharge pondérale et de l'abus d'alcool, mais aussi l'optimisation du diagnostic et du traitement des cancers. La plupart de ces mesures sont applicables dans les états membres. En particulier, le retard sur le plan du diagnostic et de la prise en charge est difficile à justifier en Europe centrale et en Europe de l'Est, surtout au regard des récents progrès de pays comme le Brésil ou l'Argentine, qui ont désormais des produits intérieurs bruts similaires à beaucoup de pays d'Europe centrale, » a commenté le Pr Fabio Levi (chef du département d'épidémiologie, Institut de médecine sociale et préventive, CHU Vaudois et Université de Lausanne, Suisse).

Les auteurs n'ont pas déclaré de liens d'intérêt en rapport avec le sujet.

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