Epidémiologie des cancers du poumon dans les hôpitaux généraux

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

11 février 2013

Epidémiologie des cancers du poumon dans les hôpitaux généraux : l'étude KBP-2010-CHG

Par rapport à l'année 2000, les cancers du poumon pris en charge en CHG touchent des patients plus âgés, plus souvent des femmes et les adénocarcinomes explosent. Résultats de l'étude KBP-2010-CHG.
11 février 2012

Lille, France — Le Collège des Pneumologues des Hôpitaux Généraux (CPHG) a mené, 10 ans après l'étude KBP-2000-CPHG, une nouvelle étude épidémiologique sur le cancer broncho-pulmonaire (CBP) primitif afin d'évaluer les modifications survenues pendant ce laps de temps et de tenter de les interpréter. Au total : plus de femmes, des patients plus âgés, un meilleur état physique au moment du diagnostic, davantage de non-fumeurs chez les hommes, un diagnostic toujours aussi tardif, une explosion des adénocarcinomes. Telles sont les conclusions de l'étude KBP-2010-CHG qui fait le point sur les patients pris en charge en France pour cancer broncho-pulmonaires dans des centres hospitaliers généraux (CHG). Elles ont été présentées par le Dr François Goupil (Le Mans) à l'occasion du 17e Congrès de Pneumologie de Langue Française [1].

Mobilisation exceptionnelle des pneumologues des hôpitaux généraux


La population prise en charge dans les CHG français diffère-t-elle de celle qui est traitée en centre hospitalier universitaire (CHU) ou centre régional de lutte contre le cancer (CRLC) ?

« Ces centres de proximité accueillent chaque année environ un tiers des cancers broncho-pulmonaires soit 13 000 patients dont 9 000 décèdent de cette affection », précise le Dr Goupil.

« Afin de mieux recenser les patients suivis en CHG, une étude a été mise en place en 2000 (KBP-2000-CHG). La mobilisation des pneumologues qui avaient été invités à participer a été exceptionnelle, signe qu'une recherche épidémiologique de qualité peut aussi être effectuée dans des centres hospitaliers de taille limitée ».

Au total, dans cette première étude, 5 667 patients avaient été inclus dans l'un des 148 centres hospitaliers participants. Outre des données épidémiologiques, ce travail a permis de préciser que le taux de survie dans cette population s'établissait à 10,4 % à 5 ans. Il a aussi contribué à valider un index composite pronostic de survie à 4 ans pour les CBNPC prenant en compte l'âge, le sexe, l'histologie, l'état physique et la classification TNM.

Objectif : comparer 10 ans après


Alors, pourquoi se lancer dans une nouvelle étude en 2010 ?

Pour le Dr Goupil, « cette nouvelle étude permet de comparer les données épidémiologiques de l'époque avec celles obtenues 10 ans après, alors que des changements significatifs sont intervenus : modifications comportementales (diminution du tabagisme masculin), évolution et développement de nouvelles technologies de diagnostic (TEP, TTF-1, recherche des mutations EGFR), avancées thérapeutiques (nouvelles stratégies et thérapeutiques ciblées) et mise en place d'une nouvelle classification TNM ».

L'objectif principal de cette étude prospective, nationale, observationnelle et multicentrique ne sera atteint que dans 5 ans puisqu'il porte sur la mortalité à cette date chez les patients atteints de CBP primitif en 2010 et de l'analyse des facteurs de risque de cette mortalité. Mais, déjà, certains objectifs secondaires ont pu être réalisés : description et comparaison de la population avec celle de 2000, analyse de la prise en charge diagnostique et thérapeutique, estimation de la survie à un an.

7 051 patients issus de 104 centres


Au total, les pneumologues de 119 centres hospitaliers repartis dans toute la France et les DOM-TOM ont répondu à l'appel. En raison de déviations majeures d'inclusion ou de défaut d'exhaustivité, 15 centres ont été exclus et l'analyse a porté sur 7 051 patients issus de 104 centres distincts.

Globalement, les patients étaient plus âgés en 2010 : 65,5 +/- 11,5 ans contre 64,3 +/- 11,5 en 2000.

La tranche des moins de 50 ans ne représentait plus que 8,7 % des inclusions contre 13,8 % auparavant.

Le sexe féminin était, comme attendu, plus représenté : 24,3 contre 16 %.

Au moment du diagnostic, les patients étaient considérés comme en meilleur état physique puisqu'ils n'étaient que 12,7 % à être actifs moins de 50 % du temps ou invalides en 2010 contre 17,7 % en 2000.

La proportion de non-fumeurs a augmenté par ailleurs puisqu'elle est passée de 7,2 à 10,9 %, cette tendance a été plus marquée chez les hommes (4,7 contre 2,5 %).

Des diagnostics tardifs et une explosion des adénocarcinomes


« En 2010, la classification TNM utilisée avait été modifiée par rapport à 2000 mais cette donnée ne suffit pas à elle seule à expliquer le retard au diagnostic des cancers puisqu'en 2010, 58,3 % des tumeurs ont été diagnostiquées au stade IV contre 42,6 % en 2000. Cette augmentation s'est faite au détriment des cancers précoces (stade 0 à IIB) et moyennement avancés (stade IIIB) », continue le Dr Goupil.

Enfin, la proportion d'adénocarcinomes diagnostiqués a explosé puisqu'elle est passée de 30 à 46,2 %, avec une baisse des cancers épidermoïdes (26,8 contre 40 %) et une relative stabilité des cancers à petites cellules et des cancers broncho-alvéolaires.

TEP, analyse génomique, RCP, thérapeutiques ciblées


Comment ces patients étaient-ils traités ? Bénéficiaient-ils des mêmes avancées diagnostiques et thérapeutiques que leurs congénères traités dans des centres de plus grande taille ?

« Oui, puisque 47,5 % d'entre eux ont été explorés par une TEP, 71,3 % par une analyse immunohistochimie (TTF-1) et 30,5 % ont bénéficié d'une recherche de mutation génomique (10,5 % d'EGFR muté).

Cette tendance est similaire pour la stratégie thérapeutique : les dossiers de 93,3 % des patients ont été discutés en RCP et 3,2 % d'entre eux ont été inclus dans un protocole de recherche. Au total, 63,4 % des patients ont été traités par chimiothérapie, 16,6 % par chirurgie, 17,8 % par radiothérapie, 8,8 % par radio-chimiothérapie et 11% n'ont reçu que des soins palliatifs et 6,6 % ont reçu une thérapie ciblée (anti-angiogénique ou TKI EGFR) », continue le Dr Goupil.

44 % de survie à un an mais 25 % de décès précoces


A un an, la survie a été estimée à 44 % environ contre 38 % en 2000.

Un patient sur 10 décède dans le premier mois qui suit le diagnostic (693 sur 7 051) et un quart dans les 3 mois (1 628 sur 7 051).

« Pour mieux préciser les déterminants de la survie, une nouvelle phase d'étude (ESCAP 2011) a été mise en place pour 5 ans dans 53 des centres participants », conclut le Dr Goupil.

L'étude KPBC-2010-CHG a été rendue possible grâce à la participation de partenaires institutionnels et privés : Fonds de dotation « Recherche en santé publique », AstraZeneca, Boerhinger Ingelheim, Chugai, GSK, Institut de recherche Pierre Fabre, Lilly, Pfizer, Pneumologie Développement, Roche, Sanofi Aventis.

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