Les infections ostéo-articulaires coûtent cher aux malades et à l'hôpital

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

7 février 2013

Les infections ostéo-articulaires coûtent cher aux malades et à l'hôpital

L'INVS publie la première étude épidémiologique sur les infections ostéo-articulaires. Graves et lourdes de conséquence pour le budget de l'hôpital, elles pourraient augmenter avec le nombre d'arthroplasties et prothèses.
7 février 2013

Saint-Maurice, France - Le bulletin épidémiologique hebdomadaire (Beh) a publié mardi, la première étude épidémiologique nationale sur les infections ostéo-articulaires (IOA): arthrites septiques, ostéomyélites et spondylodiscites, natives ou sur prothèses, survenant à l'hôpital [1].

Une enquête particulièrement importante alors que les IOA sont une cause fréquente de handicap très lourd, qu'elles peuvent parfois mettre en jeu le pronostic vital, qu'elles sont difficiles à traiter et que leur prévalence « risque d'augmenter encore, parallèlement au nombre d'arthroplasties », soulignent le Dr Leslie Grammatico-Guillon et coll (CHRU de Tours, France).

Un taux comparable aux autres pays développés


L'analyse, réalisée à partir des données médico-administratives 2008 du PMSI, rapporte une prévalence des IOA de 54/100 000, comparable aux estimations partielles observées dans d'autres pays développés et confirme le fort impact médico-économique de ces infections : 0,2% des séjours, 1% des journées et 0,5% de la mortalité hospitalière.

Le total des dépenses est estimé à 259 millions d'euros. Une sous-estimation probable car n'ont été mesurés que les coûts directs d'hospitalisation de soins aigus. « Or, il a été estimé que seulement 10% des coûts totaux proviennent des soins directs liés à l'hospitalisation », indiquent les auteurs.

Des infections sur matériel prothétique plus longues et plus coûteuses


Ils précisent que les infections ostéo-articulaires sur matériel prothétique (IMOA) ont un coût financier plus important que les infections natives (surcoût pour les IOA sur matériel de 1 500 euros/séjour) « du fait de durées moyennes de séjour plus longues et d'une prise en charge chirurgicale plus fréquente. » En effet, les IOA sur matériel, peu fréquentes (moins de 2,5% après une première intervention orthopédique) sont pourvoyeuses de complications sévères, pouvant nécessiter de multiples reprises chirurgicales.


D'après les résultats de l'enquête, les IOA ont concerné 28 453 patients (36 091 séjours) en 2008. L'âge moyen était de 63,1 ans (sexe-ratio H/F 1,54) et la prévalence augmentait avec l'âge. Elle était 6 fois plus élevée chez les plus de 70 ans. Les IOA sur matériel représentaient un tiers des cas.

Pas d'identification du germe dans…61% des dossiers !


Quand un germe était codé (dans seulement 39% des résumés de sortie), Staphylococcus spp. représentait deux tiers des cas. L'importante proportion de séjours sans germe codé peut être partiellement expliquée par la difficulté d'isoler les agents pathogènes dans l'os (30 à 40% des cas) et le manque de motivation pour les rechercher.

Notons, à ce titre, que depuis 2009, une tarification incitative (avec valorisation) du codage des germes et de leur résistance a été instaurée.

Sans surprise, une comorbidité était signalée dans 47% des cas. L'obésité, Staphylococcus spp, le sexe masculin et un âge supérieur à 64 ans étaient fortement associés aux infections sur matériel, alors que le diabète et les ulcères étaient associés à des infections sur articulation native.

Une forte létalité hospitalière


Le taux de létalité hospitalière des IOA était de 4,6%, bien supérieur au taux de létalité hospitalière toutes pathologies confondues (3,4%).

Globalement, la mortalité hospitalière pour IOA (2,5/100 000) représentait 0,5% de la mortalité hospitalière totale.

Les patients décédés étaient âgés, avec des comorbidités multiples. Les taux de létalité et de mortalité étaient plus élevés chez les hommes à tout âge.

En 2009, en France, les centres de référence pour le traitement et la prise en charge des infections ostéoarticulaires complexes ont été créés « dans l'objectif d'une amélioration de la qualité de la prise en charge des personnes concernées, mais leur impact n'a pas encore été évalué », note le rapport.

Dans sa discussion, l'équipe tourangelle rappelle que d'après la littérature «  les patients ayant une arthroplastie dans un hôpital où ce geste est fréquemment réalisé ont moins de risque de contracter une IMOA, et possiblement moins de risques de ré-hospitalisation, engendrant un moindre coût pour l'assurance maladie. »

Les auteurs n'ont pas déclaré de liens d'intérêt en rapport avec le sujet.

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