Cocaïne et héroïne coupées au lévamisole expédient les usagers aux urgences

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

6 février 2013

Cocaïne et héroïne coupées au lévamisole expédient les usagers aux urgences

Aux Etats-Unis, le lévamisole, un vermifuge vétérinaire associé à la cocaïne et l'héroïne, entraine des neutropénies et des lésions nécrotiques qui conduisent les usagers aux urgences.
6 février 2013

Atlanta, Etats-Unis - Des cas inexpliqués de neutropénie sont observés chez des utilisateurs de drogues aux Etats-Unis. L'agent responsable est le lévamisole, un vermifuge antihelmintique à large spectre réservé à l'usage vétérinaire que l'on retrouve, depuis plusieurs années, mélangé à de la cocaïne et plus rarement à de l'héroïne. D'autres symptômes sont mentionnés comme une nécrose cutanée. Une étude américaine s'est penchée sur 23 cas afin de mieux faire connaitre un problème de santé qui prend de l'importance aux Etats-Unis [1].

Un vermifuge avec des effets psychotropes psychostimulants

La principale propriété pharmacologique du lévamisole est un effet antiparasitaire, plus récemment, ses propriétés immunostimulantes ont été soulignées [2].

Mais le lévamisole agit également sur le système nerveux central et au niveau périphérique : effet inhibiteur de la mono amine oxydase (IMAO) et effet inhibiteur de recapture des catécholamines. Le lévamisole a par conséquent des effets psychostimulants via les catécholamines qui peuvent interagir, de manière potentiellement létale, avec les effets de la cocaïne (syndrome sérotoninergique) ou avec les médicaments usuels du patient.

Il présente de nombreux effets indésirables dont les plus fréquemment rapportés sont les éruptions cutanées, l'anorexie, les nausées, vertiges, vomissements, douleurs abdominales, diarrhée et les troubles hématologiques, neutropénie principalement.

En France, la commercialisation de ce médicament a cessé en 1998. Il bénéficie actuellement d'une ATU nominative, donc est dispensé uniquement en pharmacie hospitalière. Le lévamisole est cependant toujours disponible aux États-Unis et en Amérique du Sud pour administration chez les animaux comme vermifuge [3].




52% de pathologies infectieuses et 44% de lésions cutanées


Les chercheurs des centres du CDC ont conduit une étude chez 23 patients qui se sont présentés dans des centres de soins avec une neutropénie, tous avaient rapportés avoir pris de la drogue (cocaïne et héroïne) dans le mois précédant l'admission. La plupart d'entre eux (83%) ont été admis aux urgences. Un des patients est décédé. Plus de la moitié rapportait une pathologie infectieuse et 44% des lésions cutanées. La moitié des patients étaient des utilisateurs réguliers de cocaïne (plus de 2 à 3 fois par semaine), 60 % depuis plus de 2 ans et 60% sous forme de crack.

La plainte la plus fréquente concernait des symptômes (fièvre, mal de gorge, douleurs, abcès et neutropénie) indiquant une pathologie infectieuse (52%). Les autres signes comprenaient des douleurs dans la poitrine (17%), des douleurs (9%), des troubles mentaux (9%), de la fatigue (4%) et une intoxication alcoolique (4%).

La moitié des patients étaient VHC positifs, les autres comorbidités impliquaient le VIH (17%) et le diabète (16%). La plupart des patients ont rapporté n'avoir pris que de la cocaïne dans les 30 derniers jours (83%), 9% avaient pris de l'héroïne et de la cocaïne et 4% seulement de l'héroïne. Près de la moitié des patients (44%) ont mentionné des lésions cutanées pendant l'épisode de neutropénie, décrites par 22% comme nécrotiques ou ulcératives [4].

Lévamisole retrouvé dans 69% de la cocaïne aux Etats-Unis


Aucune des personnes incluses dans l'étude ne savait que sa drogue contenait du lévamisole et seul un cas avait entendu parler de ce contaminant.

Pourtant, « ce n'est pas la cocaïne qui est seule en cause mais bien le lévamisole qui amène les usagers de drogue dans les services d'urgence » a déclaré l'un des auteurs, Sara J. Vagi, PhD, du Centers for Disease Control and Prevention d'Atlanta. On sait en effet que le lévamisole, vermifuge vétérinaire, est susceptible d'entrainer un certain nombre de symptômes, notamment une neutropénie, une agranulocytose et des lésions cutanées.

Le problème n'est pas nouveau et fait régulièrement la Une aux Etats-Unis. Le lévamisole serait retrouvé dans 69% de la cocaïne et 3% de l'héroïne circulant outre-Atlantique, à en croire l'administration en charge de la régulation des substances illicites, l'US Drug Enforcement Administration (DEA). La raison d'un tel mélange n'est pas explicitement connue.

Quid de la France ?


Une note de l'Observatoire français des drogues et de la toxicomanie (OFDT) en date de 2005 indiquait que de la cocaïne contenant du levamisole avait été identifiée dans 4 saisies fin 2004.

Un document plus récent mentionnait lui aussi la présence de lévamisole lors de l'analyse de cocaïne dans le Haut-Rhin, il semble donc que la France soit elle aussi concernée par le phénomène lévamisole mais dans des proportions bien moindres qu'aux Etats-Unis.

Ce sujet a fait l'objet d'une publication dans Medscape.com

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