AVC associés au cannabis, mythe ou réalité ?

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

23 janvier 2013

AVC associés au cannabis, mythe ou réalité ?

Dans Stroke, une équipe strasbourgeoise expose les arguments en faveur d'un risque d'AVC liés à la consommation de cannabis chez des sujets jeunes, et plaide en faveur de travaux plus approfondis.
23 janvier 2013

Strasbourg, France - « AVC associés au cannabis, mythe ou réalité ? » Sous ce titre, l'équipe strasbourgeoise de Valérie Wolff (Unité neuro-vasculaire, CHU de Strasbourg) signe dans Stroke un article de revue concluant d'une part à la réalité très probable du risque, d'autre part, à la nécessité de données plus complètes sur la question, et enfin, à l'utilité de rechercher une éventuelle consommation de cannabis face à un AVC chez un sujet jeune [1].

Un risque d'AVC lié au cannabis ? La question peut effectivement se poser. D'abord, parce que le cannabis a été mis en cause dans les infarctus du myocarde comme facteur déclencheur aigu, même si son rôle chronique semble moins évident [2] [3].

Ensuite parce que s'agissant spécifiquement des AVC, un certain nombre de cas d'association ont été rapportés, et qu'un mécanisme plausible peut être proposé.

Les cas rapportés sont au nombre de 59 : 49 AVC ischémiques, 5 accidents ischémiques transitoires, 1 AVC hémorragique, et 4 AVC suspectés, mais non confirmés à l'imagerie. L'âge moyen des patients était de 33 ans, le ratio hommes/femmes pratiquement de 5.

Il faut également noter que ces cas sont survenus en cours même de consommation ou dans la demi-heure qui suivait, ce qui est en accord avec les observations faisant du cannabis un facteur aigu d'infarctus (risque augmenté d'un facteur 4,8 dans l'heure qui suit la prise [2]).

Naturellement, 59 cas, c'est peu. On peut néanmoins soupçonner une certaine sous déclaration, et même pas de déclaration du tout, faute de question posée.

C'est l'un des aspects soulevés par les auteurs : combien de neurologues s'enquièrent-ils d'une éventuelle consommation de cannabis face à un AVC chez un sujet jeune ? Peu, sans doute.

En outre, venant renforcer l'hypothèse, un mécanisme peut être proposé. La prise régulière de cannabis semble en effet associée à la présence, à l'IRM, de sténoses cérébrales multifocales, qui disparaissent avec l'arrêt de la consommation. Ces sténoses, discrètes, semblent difficiles à visualiser. Mais c'est aussi un aspect qui mériterait d'être étudié.

Chercher une consommation de cannabis en cas d'AVC cryptogénique


Sur le plan épidémiologique, les AVC restent rares chez les sujets de moins de 45 ans : moins de 10%. Néanmoins, cette proportion semble en augmentation. Par ailleurs, si de phénomènes cardio-emboliques ou une dissection de l'artère cervicale sont fréquemment en cause, une proportion de cas, variable selon les procédures diagnostiques mises en œuvre mais non négligeable, restent classés comme AVC cryptogéniques.

Dans une série de l'équipe strasbourgeoise, l'examen minutieux des lésions cérébrales a permis de ramener à 12% la proportion d'évènements « vraiment » cryptogéniques. Mais parmi eux, 30% pourraient être associés au cannabis.

En l'état actuel des choses, il reste difficile d'affirmer scientifiquement le rôle du cannabis dans la survenue d'AVC. L'élimination de facteurs confondants sans doute multiples (facteur déclenchant sur prédisposition génétique, poly consommations,…) exigerait des études d'une certaine envergure.

En attendant, « le cannabis doit être considéré comme toxique, et le risque cérébro-vasculaire lié à la consommation est probablement sous-évalué », estiment les auteurs.

Et de conclure « qu'à titre de recommandation, nous suggérons de se renseigner auprès des patients jeunes, victimes d'un AVC cryptogénique, sur leur consommation de cannabis et de réaliser systématiquement un test de dépistage urinaire dans cette population. Il est par ailleurs nécessaire de mener des investigations systématiques et exhaustives chez ces patients, y inclus par angio-IRM au stade aigu de l'AVC pour rechercher des sténoses intracrâniennes ».

Ceci, à titre de recherche, mais aussi, le cas échéant, de prévention secondaire.

Les auteurs déclarent n'avoir aucun conflit d'intérêt en rapport avec le sujet.

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