AVC associés au cannabis, mythe ou réalité ?

Vincent Bargoin

25 janvier 2013

Strasbourg, France - « AVC associés au cannabis, mythe ou réalité ? » Sous ce titre, l'équipe strasbourgeoise du Dr Valérie Wolff (Unité neuro-vasculaire, CHU de Strasbourg) signe dans Stroke un article de revue concluant d'une part à la réalité très probable du risque, d'autre part, à la nécessité de données plus complètes sur la question, et enfin, à l'utilité de rechercher systématiquement une éventuelle consommation de cannabis face à un AVC chez un sujet jeune [1].

Le cannabis a déjà été mis en cause dans l'infarctus du myocarde comme facteur déclenchant aigu (avec un risque augmenté d'un facteur 4,8 dans l'heure qui suit la prise), son rôle chronique semblant, lui, moins évident[2][3].

Dans l'AVC, c'est en revanche une première. Au demeurant, une revue de la littérature n'a permis de colliger que 59 cas : 49 AVC ischémiques, 5 accidents ischémiques transitoires, 1 AVC hémorragique, et 4 AVC suspectés, mais non confirmés à l'imagerie.

Un certain nombre d'éléments suggestifs retiennent néanmoins l'attention.

D'abord, l'âge moyen des patients était de 33 ans, et le ratio hommes/femmes pratiquement de 5. Ensuite, ces cas sont survenus en cours même de consommation ou dans la demi-heure qui suivait, ce qui est en accord avec les observations faisant du cannabis un facteur aigu d'IDM.

Enfin, il est bien évident que ces 59 cas ne sont aucunement indicatifs d'une proportion : la question de la consommation de cannabis n'étant simplement pas posée, la découverte ne peut être que quasi fortuite.

En l'état actuel des choses, donc, on peut retenir, pour l'association cannabis-AVC, le statut d'hypothèse.

Un consommation associée à des sténoses des artères cérébrales

Dr Valérie Wolff

Interrogée par heart wire, le Dr Wolff raconte l'origine des travaux de l'équipe strasbourgeoise. « De 2005 à 2007, nous avons mené une étude prospective, portant sur 48 AVC survenus chez des sujets de moins de 45 ans [4]. Parmi ces sujets, 10 se sont révélés consommateurs chroniques de cannabis, avec confirmation par test urinaire ».

Le point important est que chez ces sujets, des sténoses cérébrales multiples, touchant plusieurs artères de la circulation postérieure, ont été mise en évidence. L'observation de ces sténoses n'est pas triviale. Le Dr Wolff raconte ainsi que les premiers cas, observés à l'angio-IRM, ont été discutés de manière approfondie avec le radiologue, et qu'il a fallu une confirmation par artériographie.

Clairement, donc, même à supposer que l'on procède à une exploration par IRM ou scanner ce qui n'est pas toujours le cas, si on ne cherche pas spécifiquement ces sténoses, on ne les trouvera pas.

Leur présence pourrait pourtant être une sorte de signature. Ainsi, on ne les retrouve pas chez les fumeurs de tabac, et on ne les retrouve plus après cessation du cannabis. Enfin, elles apparaissent associées au haschich, et non à l'herbe, ce qui peut peut-être suggérer le rôle d'un produit de coupage.

Rechercher une consommation de cannabis face à un AVC du sujet jeune

En l'état actuel des choses, il reste difficile d'affirmer scientifiquement le rôle du cannabis dans la survenue d'AVC. L'élimination de facteurs confondants sans doute multiples (facteur déclenchant sur prédisposition génétique, poly consommations,…) exigerait des études d'une certaine envergure.

En attendant, « le cannabis doit être considéré comme toxique, et le risque cérébro-vasculaire lié à la consommation est probablement sous-évalué », estiment les auteurs strasbourgeois.

Et de conclure « qu'à titre de recommandation, nous suggérons de se renseigner auprès des patients jeunes, victimes d'un AVC cryptogénique, sur leur consommation de cannabis et de réaliser systématiquement un test de dépistage urinaire dans cette population. Il est par ailleurs nécessaire de mener des investigations systématiques et exhaustives chez ces patients, y inclus par angio-IRM au stade aigu de l'AVC pour rechercher des sténoses intracrâniennes ».

Ceci, à titre de recherche, mais aussi, le cas échéant, de prévention secondaire.

Le Dr Wolff signale par ailleurs une réflexion en cours sur un projet de registre colligeant les cas qui pourront être rapportés, et permettant d'approfondir l'hypothèse.

Les auteurs déclarent n'avoir aucun conflit d'intérêt en rapport avec le sujet.

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