L'utilité des réunions pluridisciplinaires en oncologie remise en cause

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

21 janvier 2013

L'utilité des réunions pluridisciplinaires en oncologie remise en cause

Les Réunions Multidisciplinaires en oncologie que personne ne conteste sont-elles vraiment utiles ? Une étude menée dans les hôpitaux américains des anciens combattants répond négativement.
21 janvier 2013

Boston, Etats-Unis - Plébiscitées par les autorités sanitaires et désormais incontournables en termes de bonne pratique, les réunions de concertation pluridisciplinaires (RCP) ont-elles une utilité ? Favorisent-elles le suivi des bonnes pratiques de soins, ont-elles au final un impact sur la survie des patients ? Pour le savoir, Barbara J. McNeil et ses collègues (Havard Medical School) ont mené une étude dans 138 centres de soins américains pour les Anciens combattants (Veterans Affairs) [1]. Et les résultats sont édifiants : il y a peu voire pas de liens entre la tenue de ces RCP et la qualité des soins, voire la survie des patients. Un résultat obtenu sur la base des 27 critères retenus, donc pas exhaustifs, loin s'en faut. L'étude a été publiée le 28 décembre dernier dans le Journal of the National Cancer Institute.

75% des établissements organisent des RCP


En pratique, les chercheurs ont colligé les données de 138 hôpitaux américains dédiés aux anciens combattants (où les soins prodigués sont similaires ou meilleurs que dans les hôpitaux publics, est-il précisé). Ils se sont intéressés à l'existence de RCP dans ces établissements et ont rapporté les données administratives et cliniques de patients atteints de cancers colorectaux, pulmonaires, prostatiques, hématologiques et du sein diagnostiqués entre 2001 et 2004 et suivis au long de l'année 2005.

Ils ont ainsi établi que 75% des établissements de soins organisaient des RCP. Soixante-deux avaient une équipe dédiée aux différents types de cancer et 41 établissements disposaient de plusieurs équipes pluridisciplinaires fonction de la localisation des tumeurs. Les RCP comprenaient la plupart du temps des oncologues (95%), des anatomopathologistes (97%), des chirurgiens (92%) et des radiologues (76%). Les autres intervenants, comme les assistantes sociales (31%), les spécialistes de soins palliatifs (31%) et les nutritionnistes (21%) pouvaient aussi être présents mais plus rarement.

1 seul critère de qualité des soins associé à la présence de RCP


Au final, pour l'ensemble des cancers, 7 critères sont apparus associés à la présence de RCP dans l'établissement mais après ajustement avec la méthode de Bonferonni, 1 seul critère de qualité des soins sur les 27 testés a été retrouvé : il s'agit de la mise en route d'une chimiothérapie et de radiothérapie dans le cancer du poumon à petites cellules localisé.

C'est peu quand on sait que sur les 7 critères, certains allaient plutôt à l'encontre de ce que l'on aurait pu attendre : ainsi les facteurs de croissance des globules rouges dans les protocoles CHOP dans les lymphomes non hodgkinien (LNH) à cellules T étaient moins fréquemment donnés dans les établissements disposant d'une RCP spécifique à ce type de cancer que dans les hôpitaux sans RCP spécifique ou sans RCP tout court.

L'analyse par type de cancer est plus nuancée, mais ne change pas véritablement la donne. Pour les patients atteints de cancer colorectal, par exemple, aucune association n'a pu être mise en évidence. Pour le cancer de la prostate, 1 des 5 critères recherchés a pu être relié à la présence de RCP : les patients métastatiques étaient plus susceptibles de recevoir un traitement anti-androgène avant une thérapie de castration chimique avec les agonistes de la GnRH (hormone libératrice des gonadotropines).

Tenir compte des limites de l'étude


Ces résultats ont de quoi surprendre tant il est admis que les réunions de concertation pluridisciplinaires jouent un rôle important dans la formation des médecins et les soins des patients, en partant du principe qu'une meilleure coordination des soins entre spécialistes conduira à une meilleure qualité de ceux-ci. Ces réunions font d'ailleurs désormais partie intégrante des préconisations des sociétés savantes et Autorités sanitaires en termes de bonne pratique en oncologie, tant aux Etats-Unis qu'en France. Elles sont mises en place dans la plupart des établissements hospitaliers.

De précédentes études américaines, plus petites et se limitant souvent à un établissement, avaient semble-t-il confirmé ce bénéfice des RCP. Ici, tout l'intérêt de ce travail tient à son ampleur et à sa relative homogénéité sur tout un système de soins mais les auteurs ne sont pas sans pointer des limites. Ils mentionnent des inconnues sur la fréquence des RCP, l'individualisation de la discussion pour chaque patient, ou encore sur le fait que le médecin suive le patient dont il est question en RCP. Par ailleurs, les auteurs reconnaissent que les RCP peuvent avoir favorablement amélioré des aspects du soin, non pris en compte par les critères choisis. Enfin, cette étude n'a pas tenu compte de l'appréciation des patients sur leurs soins ou le type de soins, ce qui, bien sûr, peut avoir de l'importance.

Garder les RCP mais les améliorer


Alors au final, « les maigres bénéfices obtenus sont-ils à la hauteur de l'énergie, en temps et en compétence investis dans ces RCP ? Le jeu en vaut-il la chandelle ? interroge le Dr Douglas Blayney (Stanford Cancer Institute) dans un éditorial accompagnant l'article [2]. Oui, indéniablement, pas question d'abandonner les RCP car la prise en charge du cancer aujourd'hui est nécessairement multidisciplinaire, répond l'oncologue. En revanche, il est possible de l'améliorer : l'utilisation de la vidéo et donc de la télémédecine pour augmenter la présence des médecins, la spécificité et la multidisciplinarité de ces réunions est une piste. Mettre en place un « feedback » afin de comprendre pourquoi certaines recommandations n'ont pas été appliquées en est une autre.

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