Faut-il réserver la prescription des pilules de 3e génération aux seuls gynécologues ?

Jacques Cofard

Auteurs et déclarations

4 janvier 2013

Alors que Marisol Touraine avance le déremboursement des pilules de 3e génération au 31 mars 2013, l'ANSM voudrait restreindre leur prescription aux seuls gynécologues. 4 janvier 2013

Paris, France - Depuis la plainte déposée le 14 décembre dernier contre le laboratoire Bayer et l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) par une utilisatrice de la pilule de troisième génération qui attribue son accident vasculaire cérébral à l'utilisation de cette pilule (Méliane®), la polémique enfle. D'autant qu'une trentaine d'autres plaintes d'utilisatrices de contraceptifs oraux de troisième et quatrième génération devraient suivre. Faut-il pour autant réserver leur prescription aux seuls gynécologues ? Et quel risque fait courir le discrédit de la pilule auprès des utilisatrices ?

Réunions extraordinaires à l'ANSM


Déposée initialement devant le TGI de Bobigny pour « atteinte involontaire à l'intégrité de la personne humaine », la plainte relève désormais du pôle de santé publique du tribunal de grande instance de Paris (TGI) qui s'est saisi officiellement le 31 décembre dernier de cette affaire. Il devra alors décider de l'ouverture d'une enquête préliminaire, d'une information judiciaire ou d'un classement sans suite.

Parallèlement, l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) est en ébullition. Mise en cause, elle se défend. Le député PS Gérard Bapt, membre du conseil d'administration de l'ANSM, a ainsi demandé la convocation d'un conseil d'administration extraordinaire sur la question des pilules de troisième et quatrième génération, à Agnès Jeannet, présidente du conseil d'administration. Par courrier, Gérard Bapt fait part à Agnès Jeannet de sa « stupéfaction qu'il faille une fois de plus que ce soit la presse, à propos du déclenchement de procédures judiciaires, qui informe les victimes d'événements indésirables graves de la cause de leurs maux ». Contacté, l'ANSM a cependant démenti la tenue d'un conseil d'administration extraordinaire uniquement sur cette question. En revanche, une série de réunions de concertation avec les professionnels de santé est en cours de préparation, pour mettre en garde contre le « mésusage » des pilules de 3e et 4e génération. Ces réunions devraient se tenir mercredi prochain et réunir d'un côté les médecins généralistes, de l'autre les autres professionnels de santé habilités à prescrire ces pilules à savoir : les sages-femmes, les infirmières et les gynécologues.

Prescriptions réservées aux gynécologues ?


Ces pilules, indique l'ANSM, sont trop largement prescrites : elles ne devraient être recommandées qu'aux femmes ne supportant pas les pilules de première et deuxième génération. L'ANSM envisage donc de prendre des mesures radicales pour ramener les prescriptions de pilules de 3e et 4e génération à des niveaux raisonnables : elle souhaite restreindre l'autorisation de ces prescriptions aux seuls gynécologues. Avant même qu'une telle décision ne soit prise, le syndicat de médecins généralistes MG France annonce « qu'il est pour le moins paradoxal d'envisager la prescription réservée de la pilule de 3e génération à certains spécialistes ». Et de poursuivre : « les médecins généralistes ont toujours choisi prioritairement les pilules de 2e génération, bien tolérées et bien remboursées ».

Un risque thromboembolique connu


Et rappelle par là même que le risque thromboembolique de ces pilules est connu depuis 2007. Début octobre, l'ANSM avait émis une recommandation à ce sujet[1]]. Et s'était fendue d'une lettre aux prescripteurs en décembre, suite au dépôt de la première plainte. Dans cette lettre adressée à plus de 80 000 prescripteurs [2]] elle rappelait que « l'Agence Européenne du Médicament (EMA) a effectué une revue de la littérature sur le risque de thrombose veineuse chez les femmes qui utilisent un contraceptif oral combiné (COC). Cette analyse confirme le risque de thrombose veineuse (phlébite, embolie pulmonaire), deux fois plus élevé chez les femmes utilisant un COC de 3e génération (contenant du désogestrel ou du gestodène) ou un COC contenant de la drospirénone que chez les femmes utilisant un COC de 2e génération contenant du lévonorgestrel ». L'ANSM privilégiait « la prescription des COC de deuxième génération contenant du lévonorgestrel », et recommandait de rechercher « les facteurs de risque, notamment de thrombose, lors de toute prescription d'un COC à une nouvelle utilisatrice ». Dans un communiqué diffusé mardi, le Collège national des gynécologues et obstétriciens de France (CNGOF) appuyait les recommandations de l'ANSM, et rappelait que « le risque de révélation d'une thrombose veineuse apparait principalement dans les premières semaines de la prescription » [3].

L'accès à la contraception reste une priorité


Le ministère de la santé et des Affaires sociales, dans le même temps, annonçait le déremboursement prématuré de ces pilules de 3e génération au 31 mars 2013. Rappelons qu'en septembre dernier, suite à l'avis de la HAS jugeant le service médical rendu (SMR) de ces pilules insuffisant, la ministre avait alors demandé à ce que ces pilules soient déremboursées à compter du 30 septembre 2013[4]]. Elle a donc décidé d'avancer de six mois la date de ce déremboursement. Dans le même communiqué, elle demande instamment aux professionnels de santé de ne plus prescrire de pilules de 3e génération en première intention. Mais rappelle aussi que l'accès à la contraception reste une priorité. Le planning familial, dans un récent communiqué [5], s'était en effet inquiété des retombées médiatiques de cette polémique « qui, en s'appuyant sur des accidents dramatiques, jettent un discrédit sur toutes les pilules, avec le risque de faire peur aux utilisatrices ». Et tient à rappeler que « ces messages partiels n'évoquent à aucun moment les conséquences d'un arrêt brutal de contraception et de ses effets, et omettent toujours de mentionner les risques thromboemboliques plus importants liés à la grossesse : l'information doit être complète et objective. Le risque zéro n'existant malheureusement pas ».Un message, par ailleurs, repris par certains gynécologues s'inquiétant eux aussi des conséquences d'une « diabolisation » de la pilule et des arrêts intempestifs qui pourraient en résulter.

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