Overdoses aux nouvelles drogues de synthèse : un défi pour les réanimateurs

Aude Lecrubier, Pam Harrison

Auteurs et déclarations

28 décembre 2012

Greenville, Etats-Unis - La prise en charge aux urgences des délires psychotiques consécutifs à l'usage des nouvelles drogues de synthèse de la famille des cathinones dites « sels de bain » est un véritable défi.

Les cathinones se sont propagées depuis quelques années aux Etats-Unis. Elles sont facilement accessibles par internet sous des appellations commerciales diverses type NRG, engrais pour plantes ou sels de bain. Ces substances : méphédrone, méthylenedioxypyrovalérone (MDPV)… ont attiré l'attention des médias en raison de décès survenus en Suède et au Royaume Uni, et après plusieurs actes de cannibalisme rapportés sous leur emprise aux Etats-Unis. Apparues depuis peu en France, elles ont été classées comme stupéfiants par arrêté publié au Journal Officiel du 2 août 2012.

A travers trois cas cliniques d'usagers de méthylenedioxypyrovalérone (MDPV) transportés aux urgences par la police ou le SAMU, le Dr Thomas Penders et coll. (Brody School of Medicine, East Carolina University, Greenville, Etats-Unis) décrivent un syndrome incluant agitation et délire aigus, déshydratation, rhabdomyolyse et insuffisance rénale [1].

Ils notent que la prise en charge de ce syndrome pose un dilemme aux cliniciens car les interventions communément utilisées pour contrôler les comportements violents et désorganisés, les contentions physiques, le TASER ou les antipsychotiques « peuvent exacerber les changements physiopathologiques qui contribuent aux complications médicales sévères.»

Ils recommandent de traiter les patients victimes d'overdose aux sels de bain par des benzodiazépines administrées en parentérale et par des faibles doses d'antipsychotiques car les doses habituelles peuvent contribuer à détruire encore un peu plus le tissu musculaire.

Cas clinique n°1 : paranoïa, hyperkaliémie, rhabdomyolyse

Un homme d'origine caucasienne de 31 ans, agité et violent, nécessite une contention physique lors de son arrivée aux urgences. Une semaine auparavant, il a été admis au service de psychiatrie pour un délire paranoïaque consécutif à la consommation de sels de bain.

Le patient est délirant, paranoïaque et victime d'hallucinations. Il est admis en unité de soins intensifs pour insuffisance rénale aiguë, hyperkaliémie, déshydratation et rhabdomyolyse.

Prise en charge :

Le patient est réhydraté. Il reçoit 5 mg d'haldol par voie intramusculaire puis, la sédation étant trop forte, 1mg par voie orale.

L'insuffisance rénale et la rhabdomyolyse disparaissent en 3 jours avec un traitement d'appoint. Les hallucinations, la paranoïa et l'agitation disparaissent après une seule dose d'halopéridol.

A posteriori, le patient rapporte qu'il a consommé 3 sachets de 1500 mg de sels de bain plus tôt dans la journée puis plusieurs fois au cours de la journée.

Cas clinique n°2 : paranoïa, rhabdomyolyse, insuffisance rénale

Un homme d'origine caucasienne de 30 ans sans antécédent de troubles mentaux est transporté aux urgences dans un état de paranoïa et d'agitation. Son état mental a changé brusquement.

Son comportement violent a conduit la police à l'immobiliser pendant le transport à l'hôpital.

A son arrivée, le patient est intubé pour protéger les voies aériennes.

Sa fréquence cardiaque est de 150 bpm et son taux de créatine phosphokinase (CPK) est de 6599 U/L avec une créatinine sérique de 2,1.

Le patient a été admis aux urgences avec une insuffisance rénale aiguë et une rhabdomyolyse comme dans le premier cas clinique.

Lors de son séjour aux urgences, le patient est victime d'un dysfonctionnement de plusieurs organes et notamment d'un syndrome de détresse respiratoire aiguë compliqué d'atteintes pulmonaire et rénale. Le patient reste très agité.

Prise en charge:

Le patient est réhydraté mais son taux de CPK monte à 32 889 U/L avant de redescendre à des valeurs normales.

Son état neurologique s'améliore et il est extubé ultérieurement.

A posteriori, le patient reconnaît qu'il a utilisé des sels de bain de façon répétée dans les deux jours précédant l'admission aux urgences.

Cas clinique n°3

Un homme d'origine caucasienne de 26 ans doit être immobilisé pendant le transport aux urgences du fait de son comportement violent.

Sa mère indique qu'il a utilisé des sels de bain à répétition pendant les 3 jours précédents l'hospitalisation et qu'il en a consommé auparavant.

A l'admission, la fréquence cardiaque du patient est de 170 bpm et sa température est de 41°C. Il transpire énormément.

Il a une hémoglobinurie franche (3 croix sur le test) et un taux de CPK de 6599 U/L,

Les cathinones sont plus puissantes que la cocaïne

Les cathinones exercent un effet central en inhibant la recapture des monoamines. Elles facilitent également le relargage direct des monoamines dans des aires du cerveau associées à la récompense de la performance motrice et à la thermorégulation.

Une étude publiée dans le numéro d'octobre de Neuropsychopharmacology montre que la MDPV prolonge les effets de la dopamine et de l'adrénaline, ce qui induit une hyperactivité, une accélération du rythme cardiaque et une augmentation de la pression artérielle.

Comme la cocaïne, la MDPV inhibe la clairance de la dopamine endogène mais son effet est plus puissant.

 

Ce sujet a fait l'objet d'une publication dans Medscape.com

Les auteurs n'ont pas déclaré de liens d'intérêt en rapport avec le sujet.

 

 

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