HTA en France : 50% à l'objectif, pas d'amélioration depuis 2007

Vincent Bargoin

17 décembre 2012

Paris, France - Les résultats de la dernière enquête FLASH (French League Against Hypertension Survey) viennent d'être présentés en conférence de presse [1]. Ces enquêtes, réalisées chaque année depuis 2001 par le Comité Français de lutte contre l'HTA, visent à mieux cerner le mode de vie et la prise en charge des hypertendus en France. La cuvée 2012 se focalisait sur les modalités de traitement, l'automesure, les génériques, et la couverture sociale - vaste programme.

On retient que l'HTA reste bien sûr en tête des maladies chroniques en France, que les bloqueurs su système rénine-angiotensine sont les premiers traitements prescrits, qu'environ 50% des patients possédant un appareil d'automesure sont contrôlés (<135/85 mm Hg), que l'automesure est très mal utilisée, que l'observance est plutôt meilleure que dans le diabète, par exemple (ce qui ne console qu'à moitié) et enfin, que les génériques ne font pas l'objet d'un rejet massif de la part des patients, comme des rumeurs insistantes le suggèrent.

11,4 millions d'hypertendus en France

En ce qui concerne la prévalence, les réponses de 3462 personnes de 35 ans et plus, montrent des chiffres relativement stables par rapport à 2010. L'HTA reste la maladie chronique la plus fréquente, avec, en projection, 11,4 millions d'hypertendus traités en France (11,2 millions en 2010), et 30,4% de la population de 35 ans et plus qui déclare prendre au moins un médicament anti-HTA. Ce chiffre est équivalent dans les deux sexes. Il augmente naturellement avec l'âge (6% de la population de 35-44 ans est traitée, 19% des 45-54 ans, 41% des 55-64 ans, 50% des 65-74 ans, et 58% des 75 ans et plus). La fraction de population traitée est par ailleurs plus importante parmi les inactifs que parmi les actifs (45% vs 16%).

Par comparaison, 22,4% de personnes déclarent prendre au moins un médicament pour dyslipidémie (8,3 millions de personnes), et 7,8% un traitement du diabète (2,6 millions). Quatre pourcents de la population sont traités simultanément pour HTA, dyslipidémie et diabète.

Les bloqueurs du système rénine-angiotensine arrivent en tête

En ce qui concerne la classe thérapeutique, les bloqueurs du système rénine-angiotensine sont les antihypertenseurs les plus prescrits en 2012, en monothérapie et en association dans les combinaisons fixes.

Un ARA II figure dans 45% des ordonnances, un bêta-bloquant dans 36% des cas, un diurétique dans 35% des cas, un inhibiteur calcique dans 28% des cas, et un IEC dans 22%, des cas (à quoi s'ajoutent la spironolactone dans 4% des cas, un antihypertenseur central dans 4% également, et un alpha-bloquant dans 2% des cas, et un inhibiteur direct de la rénine dans moins de 1% des cas).

On note que 47% des patients sont sous monothérapie antihypertensive, 35% sous bithérapie, et 4% sous quadrithérapie, ou plus, et que les associations fixes, présentes dans 30% des cas, sont légèrement en recul depuis 2007.

Contre l'HTA, quelle couverture sociale ?

Selon l'enquête FLASH 2012, 72 % des hypertendus ont une prise en charge à 100 % :

  • 40% par leur mutuelle,

  • 14% par l'Assurance maladie pour cause d'hypertension artérielle sévère (ALD 12) *

  • 10% par l'Assurance maladie pour cause d'autres ALD,

  • 6% par l'Assurance maladie pour cause de diabète (ALD 8)

  • 2% par la CMU.

Par ailleurs, 21 % des hypertendus déclarent avoir renoncé à certains soins (consultation médicale, achat de médicament ou recours à une mutuelle) pour des raisons financières au cours de l'année. On note que les réponses en ce sens sont plus fréquentes chez les femmes, et chez les personnes inactives et/ou cumulant plusieurs facteurs de risque.

*Rappelons qu'en octobre dernier, le Conseil d'Etat a confirmé la suppression de l'hypertension artérielle sévère de la liste des affections de longue durée, décidée par la sécurité sociale le 27 juin 2011. Le plan B pourrait être de créer une nouvelle ALD pour l'HTA résistante. A ce propos, le Comité Français de Lutte contre l'HTA rappelle que lors de la discussion des crédits de la santé du projet de loi de finances (PLF) pour 2013 à l'Assemblée Nationale, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, s'est dit prête à réexaminer le dossier.


50% de patients < 135/85 mm Hg

Un appareil d'automesure tensionnelle est présent au domicile de 7 millions de sujets, soit 41% de la population d'hypertendus. En 2010, ce chiffre était de 36%.

Disposer de l'appareil n'implique toutefois pas de s'en servir correctement. Quatre pourcents des patients traités déclarent s'en servir tous les jours, 11% plusieurs fois par semaine, 49%, « une fois de temps en temps », 15%, uniquement en cas de symptômes, 2% avant une consultation chez le médecin, et 19% reconnaissent ne pas avoir mesuré leur PA « depuis un long moment ».

Au total, seulement 2% des hypertendus traités possédant un appareil d'automesure savent prendre leur pression artérielle correctement avant une consultation. « Ce constat s'explique par le mauvais usage de l'appareil d'automesure acheté par les hypertendus qui ont besoin de plus amples informations et conseils prodigués par le médecin ou le pharmacien », souligne le Dr Bernard Vaïsse (hôpital de La Timone, Marseille, nouveau président du CFLHTA).

Automesure : la règle des 3

Dans la semaine qui précède une visite médicale pour le suivi de l'HTA, il est conseillé d'effectuer au calme, après un repos de quelques minutes, en position assise :

  • 3 mesures avant le petit-déjeuner

  • 3 mesures le soir avant le coucher

  • 3 jours de suite.


En ce qui concerne le contrôle tensionnel de ces patients, le constat n'est pas fameux, puisque les chiffres n'ont pas évolué depuis 2007 : 50% des patients présentent une PAS<135 et une PAD<85 mmHg (sur une moyenne de 3 mesures au domicile). Dans les mêmes conditions de mesure, 69% des sujets sont par ailleurs en dessous de 140 / 90 mm Hg.

Evolution de la proportion de patients traités pour HTA et contrôlés (<135/<85 mmHg au domicile) entre 2004 et 2012


2004 (n=558)
2007 (n=424)
2009 (n=537)
2010 (n=566)
2012 (n=569)
Patients contrôlés (%)
38
50
53
49
50

Près d'un patient sur quatre estime devoir prendre trop de médicaments

En ce qui concerne l'observance, la situation est clairement perfectible, mais grosso modo dans la norme. Des problèmes minimes d'observance sont ainsi constatés chez 38% des patients traités pour HTA, contre 42% des patients traités pour hypercholestérolémie, et 50% des sujets traités pour diabète. L'HTA arrive en revanche en tête pour le taux de mauvaise observance, avec 8% des cas, contre 2 et 3% respectivement pour le cholestérol et le diabète.

L'enquête ne peut évidemment pas entrer dans le détail des causes. On note toutefois que 23% des patients hypertendus estiment avoir eu « trop de médicaments à prendre » durant le dernier mois, et que cette polymédicamentation est compliquée par des défauts de mémoire, reconnus par 7% des patients. Il n'est donc pas surprenant que 22% des patients déclarent des prises avec retard par rapport à l'heure habituelle.

Génériques : une perception âge-dépendante ?

La place des génériques, enfin. Un générique est inscrit sur 29% des ordonnances. Les bêta-bloquants arrivent en tête, avec 37%, suivis des IEC (32%), des anticalcique (20%), de la spironolactone (10%), des centraux (6%), des ARA II (5%), et enfin des diurétiques (4%).

Par rapport aux princeps, les génériques sont perçus comme équivalents du point de vue de la PA par 80% des patients, et comme équivalents du point de vue des effets secondaires par 75% des patients (14 % des patients ne répondent pas à la question de l'équivalence des effets secondaires des génériques).

Par ailleurs, 92% des sujets de 35-44 ans déclarent n'avoir jamais constaté de différence d'effets indésirables entre princeps et génériques. Mais ce taux passe à 74% pour les 45-54 ans, à 83% pour les 55-64 ans, 74% pour les 65-74 ans, et 68% au-delà. La perception positive des génériques est donc inversement proportionnelle à l'âge, sans que l'on puisse dire s'il s'agit d'une perception subjective, ou si les effets secondaires des génériques versus les princeps sont plus fréquents chez les personnes âgées.

Les enquêtes FLASH sont réalisées par Kantar Health à la demande du Comité français de Lutte contre l'HTA.
L'enquête 2012 a été menée auprès de 4500 individus de 35 ans et plus, représentatif de la population, interrogés par voie postale de mai à juin 2012. L'échantillon final est de 3462 individus, qui ont répondus au questionnaire auto administré de 4 pages.
Des redressements ont été effectués en fonction de la région, de l'habitat, de la profession et de la catégorie socio-professionnelle, du sexe et de l'âge.

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