Un nouvel essai pour tester le diurétique bumétanide dans les troubles autistiques
Une petite étude Inserm-CHRU de Brest suggère que le diurétique bumétanide améliore les troubles autistiques de l'enfant, et en particulier chez les moins affectés. 13 décembre 2012Brest, Marseille, France - Une équipe Inserm associée à des chercheurs-cliniciens du CHRU de Brest suggère qu'un diurétique pourrait diminuer la sévérité des troubles autistiques pédiatriques [1].
« Même s'il ne peut pas guérir la maladie, le diurétique diminue la sévérité des troubles autistiques de la plupart des enfants. D'après les parents de ces enfants, ils sont plus présents », commente le Pr Yehezkel Ben-Ari, co-auteur de l'étude (fondateur et directeur honoraire Inserm de l'Institut de neurobiologie de la méditerranée, U901, Marseille) dans un communiqué de presse de l'Inserm [2].
De l'épilepsie à l'autisme…
Tout est parti du constat que, dans le tissu épileptique, le chlore s'accumule anormalement à l'intérieur des neurones. Or ces concentrations élevées de chlore intracellulaire inversent les effets de nombreux antiépileptiques, anxiolytiques et analgésiques. Dans le cas de l'épilepsie, par exemple, le diazépam, aggrave parfois les crises au lieu de les améliorer. Yehezkel Ben-Ari et coll (Unité Inserm 901, Marseille) ont donc eu l'idée d'administrer un diurétique connu pour diminuer les concentrations en chlore à des enfants épileptiques et ils ont montré une baisse de la sévérité des crises infantiles et un prolongement de l'effet des traitements [3].
Par la suite, c'est en constatant que le valium entraînait une agitation chez les enfants autistes que le Dr Eric Lemonnier (clinicien spécialiste de l'autisme au CHRU de Brest), co-auteur de la nouvelle étude, a fait l'hypothèse que, dans l'autisme, comme dans l'épilepsie, le chlore intracellulaire pourrait être plus élevé et qu'un diurétique pourrait, de la même manière que pour l'épilepsie, améliorer les troubles autistiques.
Eric Lemonnier et Yehezkel Ben-Ari ont donc, conjointement, lancé un essai clinique en double aveugle pour évaluer l'intérêt du diurétique dans le traitement de l'autisme.
Amélioration des troubles autistiques chez les trois-quarts des enfants
En tout, 60 enfants autistes et Asperger de 3 à 11 ans ont été randomisés pour recevoir pendant 3 mois soit du bumétanide 1 mg/j, un diurétique couramment utilisé dans le traitement de l'hypertension, soit un placebo. Les enfants ont été suivis pendant 4 mois.
Après 90 jours de traitement, le score moyen au test CARS (Childhood Autism Rating Scale) des enfants traités au bumétanide s'est amélioré de façon significative. La sévérité des troubles autistiques du groupe traité passe du niveau élevé (>36,5) à moyen (<36,5). Aucune différence significative de score n'est observée dans le groupe ayant reçu le placebo. Au total, 77% des enfants ayant reçu le traitement ont une amélioration du diagnostic clinique (test CGI : Clinical Global Impressions).
« Avant le traitement, l'enfant avait de faibles capacités de langage, une faible interaction sociale, une hyperactivité et un comportement en constante opposition. Après trois mois de traitement, ses parents, ses professeurs, le personnel de soin de l'hôpital et ses amis à l'école ont attesté qu'il participait mieux, notamment aux jeux proposés par le psychologue. Son attention et le contact visuel se sont également améliorés », décrit le Dr Lemonier, concernant le cas d'un petit garçon de 6 ans.
Les effets secondaires observés étaient attendus, et notamment l'hypokaliémie nécessitant une supplémentation en potassium.
Au cours du dernier mois de suivi, les chercheurs ont constaté qu'à l'arrêt du traitement, certains troubles réapparaissaient.
Vers un essai européen
L'équipe a supposé que le traitement pourrait agir différemment selon l'importance des troubles autistiques et ont ré-analysé les groupes en fonction de la sévérité. Les résultats suggèrent que le traitement serait plus efficace chez les enfants les moins affectés.
Les chercheurs ont déposé une demande d'autorisation pour réaliser un essai multicentrique à l'échelle européenne afin de mieux déterminer la population qui pourrait être ciblée par ce traitement et à terme obtenir une AMM pour cette indication.
En pratique
Sur le terrain, si les spécialistes de la maladie jugent cette nouvelle voie de recherche intéressante, ils appellent à ne pas tirer de conclusions trop hâtives à partir de cette étude préliminaire.
« Il est toujours intéressant d’avoir de nouvelles pistes de réflexion, mais il faut attendre d’en savoir plus. Les auteurs de l’étude émettent des hypothèses sur les mécanismes qui expliqueraient l’intérêt d’un traitement de ce type mais, les liens entre l’action du médicament et les observations comportementales doivent être approfondis. Ce type d’étude suscite beaucoup d’espoir auprès des familles mais, il faut rester prudent. Ce ne sont peut-être pas les symptômes les plus ennuyeux qui sont améliorés et les populations les plus en difficultés qui sont concernées », a commenté le Dr Richard Burferne (pédo-psychiatre, Centre Hospitalier Interdépartemental de Psychiatrie de l'Enfant et de l'Adolescent Fondation Vallée, Gentilly) pour Medscape.fr.
| L'essai européen est piloté par une entreprise créée par le Pr Ben-Ari et le Dr Lemonnier (Neurochlore). Ces travaux ont fait l'objet d'un dépôt de brevet et d'une concession de licence accordée à la start-up Neurochlore. Neurochlore a reçu un financement de l'ANR (RPIB, projet "Cure Autism"). |
Citer cet article: Sur la piste d'un diurétique dans les troubles autistiques - Medscape - 13 déc 2012.
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