Cocaïne : un cocktail médicamenteux prometteur pour décrocher

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

12 décembre 2012

Amphétamine + topiramate : une piste pour soigner la dépendance à la cocaïne

La combinaison d'un stimulant et d'un anti-convulsivant augmente le pourcentage d'abstinents à la cocaïne après 3 semaines de traitement. Encourageant mais à confirmer.
12 décembre 2012

New York, Etats-Unis - Une étude randomisée contre placebo montre un doublement du nombre de patients abstinents dans le groupe ayant reçu une combinaison de sels d'amphétamine plus topiramate après 3 semaines de traitement versus placebo (33,3% vs 16,7%, respectivement). Ce résultat prometteur fait l'objet d'une publication dans Biol Psychiatry[1].

Tabler sur l'association de 2 molécules aux mécanismes distincts

Il y a, selon les auteurs de l'article, environ 1,6 million de consommateurs de cocaïne aux Etats-Unis - en France, l'Office français des drogues et des toxicomanies évoque le chiffre de 400 000 - mais aucun traitement efficace pour lutter contre la dépendance à cette substance. D'où l'idée des chercheurs de tester des options thérapeutiques originales pour contrer la dépendance comme, par exemple, l'association d'un stimulant, une amphétamine, et d'un anti-convulsivant, le topiramate.

Le rationnel est le suivant : de précédentes études ont déjà suggéré que les stimulants, comme les amphétamines, le méthylphénidate, et le modafinil pouvaient réduire la dysfonction du circuit de la récompense et les déficits des mécanismes de contrôle cognitifs et exécutifs associés à la dépendance. D'un point de vue biochimique, les amphétamines agissent en bloquant la recapture de la dopamine. En parallèle, le neuromédiateur GABA module le système dopaminergique et les effets de la cocaïne. De fait, les anticonvulsivants qui facilitent l'activité du GABA ont focalisé l'attention des chercheurs sur leur rôle potentiel dans l'addiction à la cocaïne. En tant que classe, les anticonvulsivants ne se sont pas révélés efficaces sur cette dépendance, néanmoins, des substances comme le topiramate et la vigabatrine ont, elles, montré des effets bénéfiques dans des études préliminaires sur la dépendance à la cocaïne mais aussi celles à l'alcool et au tabac.

A l'instar de ce qui se fait dans d'autres pathologies en combinant plusieurs molécules pour obtenir l'effet requis, les chercheurs ont imaginé que l'association de ces deux molécules aux mécanismes d'action distincts, additifs ou synergiques, pourraient agir de concert pour accroître les niveaux de base de transmission dopaminergique tout en réduisant la libération de dopamine induite par la cocaïne afin de réduire simultanément le manque et la dépendance.

Double du nombre d'abstinents à 3 semaines avec l'association

L'essai a inclus 81 patients âgés de 18 à 60 et ayant consommés de la cocaïne au moins 4 jours au cours des 28 derniers jours. Ils ont été séparés en 2 groupes et ont reçu soit un mélange de sels d'amphétamine et du topiramate (n = 39 ; 84,6% d'hommes ; âge moyen = 41,5 ans) ou du placebo (n = 42 ; 88,1% d'hommes ; âge moyen = 42,4 ans). Tous les participants ont bénéficié d'une prise en charge comportementale. Les troubles psychiatriques (dépression sévère, trouble bipolaire, schizophrénie…), les traitements par psychotrope autre que pour l'insomnie, faisaient partie des critères d'exclusion.

Le critère primaire était une abstinence de 3 semaines, démontrée par une toxicologie urinaire.

Au final, les résultats montrent que plus de patients du groupe traités par la combinaison ont atteint le critère primaire que ceux du groupe placebo (33,3% vs 16,7%). Par ailleurs, il semble que le traitement combiné ait été d'autant plus efficace que les personnes étaient dépendantes.

Concernant les effets secondaires, 2 participants ont présenté un effet indésirable grave, 1 dans chaque groupe. Les effets les plus fréquemment rapportés concernaient une diminution ou une augmentation de l'appétit (44% du groupe combiné versus 10% du groupe placebo), l'insomnie (41% vs 17% respectivement), la fatigue (28% vs 14%), le trouble gastro-intestinal (28% vs 12%) et le mal de tête (28% vs 12%).

Des résultats qui, au final, « fournissent la preuve que le traitement combiné sels de l'amphétamine et topiramate pourrait être efficace pour lutter contre la dépendance à la cocaïne à un niveau individuel » concluent les auteurs « Aussi prometteurs qu'ils soient, ces résultats demandent nécessairement à être confirmés par des études cliniques multicentriques et incluant plus de patients » ajoutent-ils prudemment.

Dans un éditorial, Phil Skolnick et Nora D. Volkow rappellent de leur côté que, bien qu'encourageantes, les données sont en deçà des exigences de la FDA en ce qui concerne l'efficacité d'un traitement contre une addiction, l'Agence américaine du médicament demandant une durée d'abstinence qui s'étende à toute la durée du traitement. Ainsi, une période de 6 mois, comme cela est exigé dans les études sur l'alcool, semble un « délai raisonnable pour les traitements contre les troubles addictifs ».

Nourriture et cocaïne : même cause, même effet, même traitement ?

La nourriture : une addiction au même titre que la cocaïne ? Récemment, un médicament approuvé aux Etats-Unis contre l'obésité (mais retoqué par l'Europe) montre une formulation somme toute assez proche de celle utilisée pour lutter contre la dépendance à la cocaïne. En effet, Qsymia®, est une association en un comprimé de phentermine, d'un dérivé d'amphétamine, utilisée pour réduire l'appétit, et du topiramate, un anti-épileptique. Quant à la lorcasérine (Belviq), aussi autorisée récemment comme traitement anti-obésité aux Etats-Unis, il s'agit d'un agoniste 5-hydroxytryptamine-2c, qui a montré une certaine efficacité dans plusieurs types d'addiction, comme la nicotine et la cocaïne, rappellent Phil Skolnick et Nora D. Volkow dans leur éditorial.


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