L'urgence vasculaire a changé, les USIC doivent s'adapter

Muriel Gevrey

30 novembre 2012

Paris, France - Une enquête est en cours sur les USIC (Unités de Soins Intensifs de Cardiologie), menée par le Pr Elbaz Meyer (CHU de Toulouse). Lors des 18èmes assises du Collège National des Cardiologues des Hôpitaux, il a souligné deux nécessités, dans cette enquête : mieux apprécier les pathologies prises en charge, et assurer une meilleure répartition géographique de ces unités.

Pr Meyer Elbaz

Les dernières recommandations de la Société Française de Cardiologie
concernant les USIC datent de 1999. Dans ce document, il est noté que les USIC sont spécifiques et bien distinctes des structures de réanimation polyvalente en termes de compétence cardiologique, de présence de matériels spécialisés, d'urgence des décisions notamment en matière de coronarographie, et de disponibilité d'un personnel spécialisé. Ces aspects sont la caractéristique distinctive des USIC, et font leur spécificité par rapport aux autres structures de réanimation.

« Ces recommandations sont parcellaires et ne couvrent pas les champs d'activité actuels des USIC », estime le Pr Elbaz. « Les changements de pratique ne sont pas intégrés dans les soins continus. Par exemple, la mortalité par SCA a énormément diminué : elle a été divisé par 3 entre 1995 et 2010 selon l'étude FAST-MI », a-t-il rappelé.

 
Ces recommandations [sur les USIC] sont parcellaires et ne couvrent pas les champs d'activité actuels des USIC - Pr Meyer Elbaz (Toulouse)
 

« L'USIC a été créée en 1970, l'urgence vasculaire n'est plus du tout la même », a expliqué le Pr Elbaz.

La prévention primaire de l'infarctus a porté ses fruits et réduit ipso facto l'incidence de SCA ST+ de 150/100 000 habitants à 50/100 000 habitants actuellement. Parallèlement, le vieillissement de la population a augmenté le nombre d'admissions en aigu et le nécessité de recourir à de nouvelles technologies.

 
L'USIC a été créée en 1970, l'urgence vasculaire n'est plus du tout la même -Pr Elbaz.
 

Ainsi, les coronariens représentent 30 % des admissions, 2/3 sont hors coronaires mais ne relèvent pas non plus des soins continus. C'est le cas par exemple des patients en insuffisance cardiaque que l'on veut traiter par aphérèse par cathétérisme veineux périphérique et que l'on veut éviter de transférer trop tard.

Différents niveaux d'USIC

Les résultats de l'enquête menée le groupe USIC serviront de base à la réflexion à la SFC pour l'élaboration de nouvelles recommandations.

Les causes d'admission ont notablement changé. Par exemple, l'insuffisance cardiaque aigüe en Midi-Pyrénées occasionne la même mobilisation des SAMU et les urgentistes que les SCA 10 ans auparavant.

Concrètement, ces prises en charges lourdes des IC passent par la mise en place d'assistance circulatoire (Impella®, ECMO) et la pose d'un à deux Heartmate® par mois.

Selon le Pr Elbaz, différents niveaux d'USIC seraient nécessaires, distribués sur le territoire de manière adéquate.

« On voudrait se fonder sur le modèle italien qui a gradé en trois niveaux ses USIC. Le niveau 1 correspond à des soins continus, alors que l'USIC de niveau 3 correspond à la réanimation cardiologique lourde pour les insuffisances cardiaques, les tamponnades ou les troubles du rythme » a-t-il indiqué.

Répartition inégale

Pour le spécialiste, il faut sortir d'une vision figée. Le cadre légal des USIC a été fixé et destine ces unités à recevoir les défaillances aiguës d'un organe, les défaillances multiviscérales devant être prise en charge en réanimation.

« L'USIC n'est pas obligatoirement adossée à un plateau de cardiologie interventionnelle, mais doit se situer à proximité d'un plateau technique », a précisé le spécialiste.

Les USIC comportent 6 lits minimum avec une permanence médicale assurée par un médecin senior spécialisé en cardiologie et affections vasculaires. Les internes qui peuvent assurer la permanence des soins doivent avoir fait l'objet d'une autorisation du directeur de l'établissement. Ils doivent avoir accompli plus de trois années d'internat, 2/3 des semestres en spécialités dont 1 en USI.

Les recommandations de l'European Society of Cardiology préconisent 4-5 lits pour 100 000 habitants, soit 10 lits pour 100 000 passages. Or, la moitié des départements ne sont pas à ce niveau d'équipement, et 15 départements sont dépourvus d'USIC.

Fort de son expérience régionale, le Pr Elbaz a précisé qu'en Midi-Pyrénées soit 11 départements, 111 lits d'USIC étaient disponibles dont 52 à Toulouse. L'offre est quantitativement suffisante mais déséquilibrée en termes de répartition territoriale. Actuellement, trois départements sont complètement dépourvus d'USIC, deux USIC sont menacées, un regroupement est prévu sur Toulouse, et trois centres de cardiologie interventionnelle ne sont pas aux normes USIC.

Un travail de recensement et d'analyse

Plus généralement, la situation quantitative des USIC est mal cernée, faute de chiffres officiels. En regroupant les informations des différents annuaires et des appels auprès des différentes structures, le Pr Elbaz a recensé 341 USIC dont 224 en CHG et 9 CHRU, et près de 90 cliniques comportant un centre de cardiologie interventionnelle. Par ailleurs, 123 centres auraient des problèmes de permanence de soins.

En somme, il existe 2036 lits d'USIC en France, ce qui représente une couverture insuffisante pour 66 millions de français. Seulement la moitié des USIC a une permanence séniorisée, telle que le définissent les recommandations.

 
Nous avons l'ambition de mieux apprécier les pathologies prises en charge car le classique SCA ST + est en voie de disparition - Pr Elbaz
 

Conclusion du Pr Elbaz : avant d'émettre des recommandations, il faut un énorme travail d'amont, et ne pas sous-estimer les exigences réglementaires. « Nous avons l'ambition de mieux apprécier les pathologies prises en charge car le classique SCA ST + est en voie de disparition» a-t-il souligné.

Le Pr Meyer Elbaz a reçu des subventions de recherche de Abbott et Boston Scientific, et a participé à des études ou des symposium pour les laboratoires Bayer, Johnson et Johnson, Astra Zeneca, GSK, Takeda, Roche Novartis, Merck et Sanofi.

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