2 façons de faire passer la pilule de chaque côté de l'Atlantique : gratuité et OTC 

Aude Lecrubier, Robert Lowes

Auteurs et déclarations

27 novembre 2012

Deux projets pour favoriser la prise de pilule : OTC aux Etats-Unis, gratuité en France

Alors qu'en France, la gratuité et la confidentialité de la contraception pour les 15-17 ans devraient être votées, les Etats-Unis prônent un accès en OTC de la pilule. Réactions.
27 novembre 2012

Albany, Etats-Unis - Alors qu'en France, la gratuité de la contraception pour les 15-17 ans, et une garantie de confidentialité devraient être votées avec le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) en décembre, l'American Congress of Obstetricians and Gynecologists (ACOG) va plus loin et prône un accès aux contraceptifs oraux en vente libre !

Pour l'association de gynécologues obstétriciens américaine, l'accès à la pilule hors prescription est moins délétère que les grossesses non-désirées.

Le positionnement de l'ACOG, publié dans l'édition de décembre de la revue Obstetrics & Gynecology a, cependant, reçu un accueil mitigé [1].

D'après l'association de médecins, faire sauter la barrière de la prescription des contraceptifs oraux serait une solution raisonnable pour faire baisser « le taux inacceptable  de grossesses non-désirées, qui ont représenté la moitié des grossesses au cours des 20 dernières années. » Pour le groupe d'experts, la contraception orale est sure. Elle est certes associée à un risque « extrêmement faible » de thromboses veineuses, mais ce risque est plus élevé pendant la grossesse et en post-partum.

L'association précise que d'autres médicaments en vente libre comme l'aspirine et l'acétaminophène (paracétamol) comportent leurs propres risques. En outre, plusieurs études ont montré que les femmes pouvaient dépister elles-mêmes des contre-indications, qui pour certains contraceptifs incluent l'insuffisance rénale et un risque élevé de maladie thromboembolique artérielle et veineuse.

D'un autre côté, l'ACOG s'attend à ce que les femmes continuent à consulter pour d'autres raisons : dépistage, prévention, discussions autour de la contraception.

En revanche, les experts nord-américains reconnaissent que la pilule en vente libre pourrait poser des problèmes de remboursement: « toute décision de rendre accessible la pilule sans ordonnance doit prendre en compte la question du coût. »

Attention à la publicité !


Cette recommandation de l'ACOG ne fait pas l'unanimité. Le Pr Diana Zuckerman (Présidente du National Research Center for Women and Families) pense que les contraceptifs oraux en vente libre sont « une idée vraiment risquée ». « Certains de ces médicaments posent plus de risques que d'autres. Sans les conseils d'un médecin, et influencées par la publicité, les femmes pourraient choisir les plus à risque. »

Elle ajoute : « Certaines femmes souhaitent débuter une contraception dans le but de réguler leur cycle menstruel et non pas dans celui d'éviter une grossesse. Un médecin peut indiquer que le risque de thrombose dépasse celui de ce bénéfice hors AMM ce qui n'est pas le cas si la pilule est achetée sans ordonnance.»

Autre sujet d'inquiétudes : les femmes qui auraient accès à la pilule sans avis médical pourraient ne pas rapporter des signes précoces de thrombose, d'hyperkaliémie ou d'autres effets secondaires.

Ce qu'en dit la FDA


Rendre les contraceptifs oraux accessibles en vente libre aux Etats-Unis est une décision qui revient à la Food & Drug Administration (FDA). La procédure d'évaluation débutera si un laboratoire en fait la demande.

En mars dernier, la FDA a tenu une audience publique pour discuter de la possibilité de délivrer les pilules les plus couramment prescrites sans ordonnance. Plusieurs intervenants ont reconnu le faire d'ores et déjà. «  La FDA prend en compte ces commentaires », a indiqué une porte-parole de la FDA, Stéphanie Yao, à l'édition internationale de Medscape.

En France, vers l'anonymat et la prise en charge des contraceptifs des 15-17 ans


En France, l'accès gratuit à la pilule sous couvert d'anonymat est aujourd'hui possible dans les centres de planning familial. Et pour étendre ce principe à l'ensemble du territoire, d'autres initiatives comme le Pass contraception dans des lycées de Poitou-Charentes et en Ile-de-France, ou encore Info Ados, un réseau d'écoles, de médecins de ville et de pharmaciens ont été développées.

Mais, chez les 15-17, la gratuité et l'anonymat devraient bientôt devenir la règle. L'article 43 quater du PLFSS 2013 prévoit la prise en charge intégrale de certains contraceptifs pour les mineures à partir de 15 ans. Un décret précisera les contraceptifs concernés.

L'objectif est de contribuer à diminuer les grossesses non désirées et les interruptions volontaires de grossesses (IVG) chez les jeunes filles de 15 à 17 ans (11 670 IVG en 2009).

Pour garantir l'anonymat, la ministre des affaires sociales et de la santé, Marisol Touraine, a précisé que le remboursement « n'apparaîtra pas sur la feuille de remboursement de sécurité sociale des parents.»

Ce sujet a fait l'objet d'une publication dans Medscape.com

Les auteurs n'ont pas déclaré de liens d'intérêt en rapport avec le sujet.

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