Botox en urologie : deux nouvelles indications potentielles

Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

26 novembre 2012

Toxine botulique pour l'hyperactivité vésicale idiopathique et l'HBP

Après l'hyperactivité de la vessie d'origine neurologique, le Botox® attend une AMM dans l'incontinence par hyperactivité idiopathique. Une utilisation pour l'hypertrophie bénigne de prostate est aussi à l'étude.

26 novembre 2012

Paris, France - La toxine botulique A (Botox®, Allergan) se montrant efficace dans le traitement de l'incontinence urinaire par hyperactivité idiopathique de la vessie, une autorisation de mise sur le marché (AMM) pour cette indication a été demandée, près d'un an après celle obtenue pour le traitement de l'hyperactivité de la vessie d'origine neurologique, a annoncé le Dr Xavier Gamé (Hôpital Rangueil, Toulouse), lors d'une intervention à la 106ème édition du congrès de l'Association Française d'Urologie (AFU), à Paris [1].

Connue pour son action myorelaxante sur les muscles striés, la toxine botulique A est depuis quelques années également proposée pour traiter les fibres musculaires lisses sous commande parasympathique, comme celles qui provoquent la contraction de la vessie. Son utilisation en seconde intention dans le traitement de l'incontinence urinaire d'origine neurologique donne des résultats très satisfaisants, ce qui devrait en faire un traitement de référence pour cette indication.

Une demande d'AMM pour l'incontinence idiopathique


Des études ont été lancées pour vérifier si la toxine a également une efficacité sur l'incontinence urinaire par hyperactivité vésicale idiopathique. Dans l'étude VESITOX, dont les premiers résultats ont été publiés en novembre 2011 [2], 99 patients présentant ce trouble ont été randomisés entre deux groupes, l'un recevant un placebo, l'autre la toxine botulique, à 50, 100 ou 150 unités, injectée dans les parois de la vessie sur 15 sites.

A trois mois, l'incontinence avait disparue pour près de la moitié des patients recevant 100 unités (55%) ou 150 unités (50%) de toxine botulique. Le taux d'incontinence était réduit de plus de 50% pour 68% et 56% des patients recevant respectivement 100 et 150 unités. « Des résultats tout à fait comparables à ce qui a été montré avec l'hyperactivité neurologique », commente le Dr Gamé, qui précise que le risque de rétention restait limité.

Les résultats de l'étude de phase II, qui a inclus 311 patients, ont montré « un meilleur rapport bénéfice risque avec la dose de 100 unités, avec une diminution du nombre d'épisodes d'incontinence par semaine de l'ordre de 20 », ajoute le médecin. Cette dose a également été associée à un faible taux de rétention, « comparable à ce qui a été montré avec l'étude VESITOX ».

Les résultats de la phase III, qui « n'ont pas encore été publiés », rapportent « une diminution du nombre d'épisodes de fuites de 2,95 par jour ». Le taux de réponse des patients « est de l'ordre de 75% après injection ». Pour le moment, « les résultats concernant la continence ne sont pas connus. En revanche, le taux de patients présentant une rétention est de 5,8%, en considérant un résidu vésical post-mictionnel supérieur à 200 ml. »

« Un dossier de demande d'AMM a été déposé pour cette indication. L'évaluation de l'ANSM est désormais attendue », a indiqué le Dr Gamé.

Dans l'incontinence d'origine neurologique, l'efficacité de la toxine se maintient


En ce qui concerne le traitement de l'incontinence urinaire par hyperactivité détrusorienne neurologique, également non contrôlée par traitement anticholinergique, «  les derniers résultats des évaluations montrent que l'efficacité de la toxine se maintient après les réinjections, et ce jusqu'à cinq injections, espacées de huit mois.» 

Depuis l'obtention d'une AMM en août 2011, le Botox® 50, 100 et 200 unités est indiqué dans le traitement de l'incontinence urinaire par hyperactivité détrusorienne neurologique, non contrôlée par un traitement anticholinergique, chez les patients blessés médullaires ou atteints de sclérose en plaque.

La dose recommandée pour inhiber l'hyperactivité de la vessie induite par les troubles neurologiques est de 200 unités, injectées par voie cytoscopique dans la paroi de la vessie sur 30 sites. L'intervention nécessite cinq à dix minutes. Botox® est actuellement la seule toxine botulique de type A autorisée dans cette indication en France.

Dans une lettre d'information de l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), destinée aux professionnels de santé pour diffuser les caractéristiques du produit (RCP), il est précisé qu' « une nouvelle injection doit être envisagée uniquement lorsque les bénéfices de l'injection précédente s'estompent (en général, 9 mois après) et en respectant un intervalle minimum de trois mois ».

« L'effet est très rapide puisque l'hyperactivité vésicale est réduite au bout de quatre jours », indique le Dr Gamé. « A long terme, les études ont montré que les injections répétées n'ont pas d'impact sur la paroi vésicale. Il n'a été observé ni fibrose, ni trouble de compliance », ajoute-t-il.

Traitement de l'hyperplasie bénigne de la prostate


Un autre volet dans le développement de l'utilisation de la toxine botulique A en urologie concerne le traitement de l'hyperplasie bénigne de la prostate, qui pourrait représenter une alternative thérapeutique intéressante.

Menée sur 380 hommes de plus de 50 ans présentant une hyperplasie bénigne de la prostate, une étude a été récemment publiée [3]. Les patients inclus avaient un score International Prostate Symptom Score (IPSS) supérieur à 12, un volume prostatique compris entre 30 et 100 mL et un flux urinaire compris entre 5 et 15mL par seconde.

Ils ont été randomisés entre un groupe témoin et un groupe recevant des doses de toxines de 100, 200 ou 300 unités, injectées dans la prostate par voie transpérinéale ou transrectale. A deux semaines, une amélioration significative a été observée autant pour le score IPSS que pour le volume prostatique ou le flux urinaire, et ce, pour tous les groupes, y compris pour le placebo.

Cette absence de différence significative avec le groupe témoin n'a pas permis de poursuivre avec une étude de phase III. Une nouvelle évaluation de phase IIb a toutefois été lancée, a indiqué le chirurgien.

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